Le pied à peine posé sur le maxi-catamaran Guyavoile, le ton de l'expédition est donné. Les participants chargent à bord le matériel qui sera leur outil de travail lors des quelques jours qu'ils vont passer sur les rives de l'Oyapock. La deuxième mission maritime du programme Oyana (pour Oyapock Nature) est lancée.
La première étape consiste à mettre le cap sur la Montagne d'Argent, située dans l'estuaire du fleuve. Il s'agit pour les responsables du Parc naturel régional de Guyane (PNRG) et son directeur Pascal Gombauld, présent à bord, de « réaliser des études préliminaires pour la rédaction d'un plan d'action concernant la préservation et la valorisation du site » .
Impossible d'accès autrement que par voie maritime, la Montagne d'Argent, au caractère confidentiel, est protégée par le Conservatoire du littoral et revêt un intérêt touristique évident.
Chasse nocturne
Une fois sur place, tous s'activent. À chacun sa spécialité. Le site abrite les vestiges d'un des premiers bagnes de Guyane, rapidement fermé en raison d'épidémies de fièvre jaune. Aujourd'hui, les bâtiments toujours debout et la végétation intense qui reprend le contrôle peuvent susciter une curiosité pour d'éventuels touristes. Jean-Paul Leclercq, conservateur régional de l'inventaire général du patrimoine culturel, cartes d'époque en main, recense les bâtiments et leur état.
Mais sa casquette est double. La nuit tombée, on le retrouve en compagnie de Jean-Philippe Champenois, en leur qualité d'entomologistes. Spécialistes de la collecte et de l'étude des insectes, ils profitent de leur passage sur la Montagne d'Argent pour procéder à l'installation de piégeages lumineux. La tâche semble simple mais nécessite un certain savoir-faire : un drap tendu dans une zone dégagée, deux lampes, et une grosse dose de patience sont nécessaires. La chasse est intéressante, et variée selon les sites. Pour Jean-Philippe Champenois cependant, « difficile de juger de l'intérêt des insectes pris avant leur analyse au retour, qui peut prendre plusieurs semaines » .
L'Oyapock en fête de Saint-Georges à Ouanary
Après deux journées sur le site, l'expédition appareille pour Ouanary. Peu avant l'arrivée, Alexandre Renaudier, l'ornithologue de l'expédition, laisse échapper sa joie. Il vient de recenser la 702e espèce d'oiseau de Guyane. Observé à la longue-vue, son chant enregistré, le « viréon gorge grise » est, comme le souligne son découvreur, « une énorme et bonne surprise » .
Le PNRG souhaite réaliser à Ouanary diverses prospections, avec l'idée d'adjoindre la commune à la seconde édition de la fête de l'Oyapock qui aura lieu du 9 au 15 août. Les villes de Saint-Georges, côté guyanais, et d'Oiapoque pour le Brésil sont les figures de proue du projet. Cependant, Ouanary, ses sentiers de découverte, ses criques et sa nature préservée constitueraient une base arrière intéressante. Et la participation de la commune au programme contribuerait à son développement. Selon Pascal Gombauld, cette idée permettrait de « gérer la sous-fréquentation des zones touristiques en Guyane » et par conséquent de répondre à une demande de plus en plus forte « pour du tourisme vert et culturel » .
Oyana, un projet à finalités multiples
Le programme Oyana, né en 2008 du protocole d'accord entre le PNRG et le Parque Nacional do Cabo Orange du Brésil, s'intéresse aux diverses problématiques de la bande frontalière Guyane-Brésil.
Une réflexion et une action communes. L'idée fondatrice du programme Oyana marque la volonté conjointe des protagonistes, le Parc naturel régional de la Guyane et le Parque Nacional do Cabo Orange, d'agir pour le développement et la protection de l'environnement dans la région de l'estuaire de l'Oyapock. Car les rives du fleuve, qui matérialise la frontière entre la Guyane et le Brésil, connaissent une augmentation de la population, et avec elle un risque de détérioration de la nature, relativement bien préservée.
Mais au-delà de l'environnement, les deux partenaires ont l'ambition d'assurer un développement culturel et économique de cette zone. Selon Sarah Giraud, chargée de mission Oyapock Nature à Saint-Georges, le projet est à « finalités multiples, et les thématiques abordées sont nombreuses » .
Le programme Oyana vise à développer l'ensemble de la Région Guyane, au travers du tourisme vert et de l'exploitation de la biodiversité de la zone. C'est la raison d'être des expéditions maritimes organisées sur l'Oyapock, qui permettent, en plus d'améliorer les connaissances scientifiques sur l'estuaire, d'élargir son riche potentiel.
3 QUESTIONS À Violaine Machichi-Prost : Chargée de mission du Pôle interrégional Antilles-Guyane pour la Fondation du Patrimoine
Quelles étaient les motivations de la Fondation du Patrimoine pour participer à cette expédition ?
La mission qui m'était fixée était essentiellement centrée sur la Montagne d'Argent. La Fondation du Patrimoine souhaite étudier la mise en place d'un plan d'action qui réunirait différents partenaires afin de valoriser le site. Pour y parvenir, il faut mettre en oeuvre une levée de fonds, car c'est un projet qui a un coût.
En quoi la Fondation du Patrimoine s'inscrit-elle dans le cadre du programme Oyana ?
Nous intervenons de concert dans plusieurs domaines. En premier lieu, il convient d'agir pour la valorisation du développement durable, et de participer au développement des communes rurales. La Fondation du Patrimoine s'intéresse tout particulièrement aux sites présentant un intérêt patrimonial. Nous agissons pour la sauvegarde du patrimoine et du bâti rural, privé et public, sur l'ensemble des Antilles-Guyane.
Quels ont été les apports de l'expédition ?
Pouvoir se rendre compte des capacités du site, et commencer à envisager son avenir. À nous désormais de réunir les partenaires autour d'un plan d'action viable. On va avoir un rôle de locomotive. De nombreux partenaires peuvent être intéressés par le projet : évidemment le Conservatoire du littoral, qui est propriétaire de la Montagne d'Argent, mais également certaines associations d'insertion, qui pourraient envoyer des jeunes contribuer aux travaux de réhabilitation. Et pour la sauvegarde du site, des établissements d'archéologie pour prévenir toute dégradation. Enfin, on pense à faire venir les jeunes des communes environnantes, comme Saint-Georges et Ouanary.