Les coqueleurs guyanais ont du mal à entendre l'appel lancé par une cinquantaine de députés français, qui ont déposé mi-juillet une proposition de loi visant à punir les sévices graves envers les animaux, donc les combats de coqs. « Je ne vois pas en quoi les combats de coqs les gênent. Les coqs de combat sont nés pour ça » , explique Georges Dersion, mieux connu sous le sobriquet Siro.
Son premier coq de combat, il l'a eu avant même d'aller à l'école. « Je suis né dedans » , confie fièrement ce natif de Fonds Saint-Denis « la plus petite mais la belle commune de Martinique » .
Devant l'attaque des députés, l'homme se retranche derrière cette tradition séculaire, arrivée en Guyane via les Antilles et Sainte-Lucie, entre autres. « Mon père avait un pitt. Je me demande si je n'ai pas été conçu dans un pitt » , poursuit Siro, qui redoute que les combats clandestins se développent si la proposition de loi des députés devenait une réalité. « Qu'il veuille ou non, les coqs se battront naturellement » , lâche-t-il, un brin philosophe.
L'argent, question taboue
Après un premier pitt à Saint-Laurent, Siro s'est installé à Matoury avec son association folklorique, le Saint-Georges Club. « Si on interdit les combats de coqs, il faudra interdire aussi les combats de boxe, au même titre » , reprend le coqueleur, qui a une écurie d'une quarantaine de coqs de combat. Ces animaux sont entretenus comme des sportifs, avec un traitement particulier. « En dehors des périodes de compétition, je leur donne du maïs, de la carotte, tomate et de la sardine » , explique-t-il, comme pour balayer de la main les accusations de mal-traitance. « Je vais à la pêche pour moi et pour mes coqs » , confie-t-il dans un éclat de rire.
Quant aux sévices pendant le combat, Siro n'y croit pas non plus, indiquant qu'il ne s'agit pas d'un combat à mort. « Je le fais comme un sport » , explique-t-il, ajoutant que les coqueleurs ont l'habitude de jeter l'éponge dès que l'animal est en difficulté, dès que le sang coule. Les coqs blessés sont ainsi soignés, remis sur pattes pour un prochain combat.
« Ils sont soignés, notamment avec des produits vendus en pharmacie » , indique Clément, 78 ans, coqueleur de grand-père en petit-fils. « Mon grand-père a fait ça jusqu'à sa mort, à 100 ans » , explique cet autre amateur, qui présente le combat de coqs comme son « unique distraction » .
« Il faut 18 mois pour obtenir un bon coq de combat » , reprend Siro, qui s'attarde sur la reproduction. « Tu peux avoir un coq champion du monde, mais si tu le mets avec n'importe quel poulet, ça te donnera une pintade » . Les coqueleurs guyanais s'échangent ainsi les meilleurs spécimens pour la reproduction.
Et l'argent dans les combats de coqs ? « On ne parle pas de ça » , répondent en choeur Siro et Clément. Les deux hommes comptent sur les parlementaires guyanais pour que la tradition perdure.
LE FAIT DU JOUR - Repères
Trois pitts « déclarés »
Il existerait en Guyane trois associations folkloriques dédiées aux combats de coqs : une à Saint-Laurent, une à Matoury et une à Cayenne. Selon Siro, il y a plusieurs pitts à coqs clandestins un peu partout en Guyane. Dans ces lieux connus seulement de certains amateurs, des combats clandestins se déroulent, mais difficile de dire s'ils respectent les règles de l'art.
La saison.
Le pitt à coqs de Matoury baigne actuellement dans un silence perturbé uniquement par les poulets de la basse-cour voisine. Les coqs sont désormais au repos. Comme les sportifs de haut niveau, ils ont aussi une période sans compétition. Selon Siro, la saison officielle ouvre en décembre pour prendre fin en juin, voire juillet. Les pitts sont, en période de compétition, très fréquentés par les amateurs mais aussi par les touristes avides de découvrir cette tradition.
Le combat des députés.
Le 13 juillet dernier, cinquante-deux députés, parmi lesquels le Vert Yves Cochet et le socialiste Julien Dray, ont cosigné une proposition de loi visant « à punir les sévices graves envers les animaux domestiques, apprivoisés ou tenus en captivité, sans exception » . Ce n'est que la troisième fois que des députés s'attaquent à cette question. La première fois, c'était en juin 2004. Christian Vanneste, député UMP, cosignataire de cette proposition de loi, estimait que « le fait de faire souffrir de manière publique un animal, un être sensible, manque pour le moins de dignité. C'est une activité qui est appelée à disparaître avec le temps » . Toutefois, il a reconnu que cette proposition de loi a peu de chance d'être examinée. « L'avantage est donné aux projets de loi, les propositions n'arrivent qu'en deuxième ligne » . « Le véritable débat, c'est la corrida » , a aussi reconnu le député.
LE FAIT DU JOUR - C'est dit!
Giovanna : Les combats de coqs, ça ne me dérange pas
Je ne suis pas contre les combats de coqs. Ça ne me dérange pas du tout.
Il est vrai que je n'ai jamais assisté à un combat de ce genre mais si on m'invite, j'irai volontiers.
Athys : C'est trop cruel
Je suis contre. Je suis contre tout ce qui est tauromachie, combat de coqs. Contre ces spectacles où les animaux se battent et les hommes regardent.
Je suis donc favorable à la proposition de loi des députés. Je trouve que c'est trop cruel. On ne peut pas comparer ce spectacle à la boxe. Les boxeurs ne se tuent pas. C'est un sport.
Ibrahim : Chacun trouve son compte
Je suis neutre. Chacun peut trouver son compte dans les combats de coqs. Certaines personnes trouvent leur subsistance, vivent grâce à ça. Et comme les temps sont difficiles... Je suis contre si on laisse mourir les animaux. Il ne faut pas que l'animal agonise après. Mais comme j'ai appris qu'ils mangent les coqs après, c'est bien.
Oxime : Trop violent
Je suis opposée parce que les combats de coqs sont trop violents. Violents parce que les animaux meurent. Et j'estime qu'on ne peut pas les manger après, il faut les jeter.
J'ai vu des combats de coqs plusieurs fois auparavant. Et s'il le faut, je suis d'accord pour qu'on l'interdise.
Yves : On ne dérange personne
Je n'ai rien contre. Il y a toujours ceux qui n'aiment pas et ceux qui aiment. On ne peut pas nous interdire ça, c'est notre tradition. Et il faut nous laisser avec nos coutumes.
Ceux qui n'aiment pas n'ont qu'à aller voir ailleurs car on ne dérange personne.