Le Medef rongé par un conflit interne
France-Guyane
France-Guyane
19.11.2010
Alain Chaumet et Adrien Aubin, président du Medef, donnent leur version de la crise qui perdure au sein de l'organisation patronale malgré l'intervention de la justice en septembre. Le conseil d'administration, réuni le 3 novembre, a de nouveau retiré les mandats d'Alain Chaumet à la Médecine du travail et à l'IGRC.
Alain Chaumet : Je dois faire de l'ombre
FACE A FACE.
Vous parlez d'acharnement contre vous dans cette affaire...
Je parle d'acharnement et de harcèlement. Cette histoire rocambolesque a démarré en juin suite à un article publié par la Semaine guyanaise, journal que je dirige, sur l'un des membres du conseil d'administration du Medef. Un conseil d'administration est convoqué dès le lendemain. J'étais alors à Paris. À ce conseil, ils ont demandé à ce que je sois entendu sur les interférences entre mon poste dans le conseil d'administration et celui de directeur de publication. J'ai été contraint de faire un référé au tribunal. À la suite de ce jugement, j'ai reçu une avalanche de courriers. Des courriers de la part du président du Medef, aussi stupides les uns que les autres. Des courriers qui dénotent d'une méconnaissance des rouages administratifs, réglementaires. Que les mandataires doivent rendre compte de leur mandat à leur organisation, c'est normal. Mais on ne peut pas faire fi des statuts de chaque institution. Visiblement, il cherchait à démontrer que je ne respecte pas mes engagements, que je ne rends pas compte.
Vous avez l'impression qu'on veut casser Alain Chaumet ?
Je dois faire de l'ombre. Je dois gêner. La ligne éditoriale gêne probablement des gens, certaines personnes ont peur. Les fonctions que j'occupe me donnent accès à des informations confidentielles sur des chefs d'entreprise, certains doivent craindre que je puisse utiliser ces informations dans mon journal. Je n'ai jamais fait ça.
Ne craignez-vous pas que cette querelle donne une mauvaise image des patrons guyanais ?
L'image donnée est déplorable, indigne. J'ai été pendant douze ans président des patrons, jamais la dignité du monde patronal n'a été mise en cause. J'ai attiré plusieurs fois l'attention des membres du conseil sur les dérives du président. Je regrette que certains n'aient pas prêté attention. La vérité éclatera un jour.
Pourquoi Adrien Aubin et vous, deux hommes intelligents, n'êtes pas arrivés à régler ce problème, en interne ?
L'expression « hommes intelligents » me choque car là, vous insultez mon intelligence. J'aurais espéré qu'à l'issue du jugement du tribunal il m'appelle, qu'on se voit afin de discuter. Depuis le mois de juin, je n'ai jamais eu Monsieur Aubin au téléphone. Je l'ai appelé trois fois et ai laissé trois messages. Silence radio! Manque de pot, pendant le mois de juillet, je me suis fait opérer. Mes excuses de santé, justifiées à chaque fois, ont été interprétées comme si je fuyais mes responsabilités. Pourtant, j'aurais été très heureux de me retrouver en face de mes collègues pour répondre, avec des documents.
Vous venez d'être privé à nouveau de vos mandats...
J'ai reçu une convocation pour le 3 novembre alors que j'avais averti que je partais en France me faire opérer. Dans la transparence la plus totale, j'avais même donné le mail de mon médecin qui me donnait le rendez-vous à Paris. J'ai eu des complications postopératoires, donc j'ai dû repousser mon retour trois fois. J'avais aussi donné les dates auxquelles je serai disponible et j'avais espéré qu'on m'aurait convoqué cette semaine. J'ai reçu lundi un document, une fois de plus non motivé, du conseil d'administration. Tout cela me fatigue. Je vais bien sûr consulter mon conseil mais je ne veux pas me précipiter. Aujourd'hui j'ai d'autres préoccupations, je ne sais pas encore ce que je vais faire.
Adrien Aubin : Personne au-dessus des règles
Alain Chaumet parle d'acharnement dans ce dossier...
Le Medef avait pris acte de la décision du tribunal qui l'avait débouté, sur la forme mais pas sur le fond. C'est donc la forme que nous avons revue, ce qui a entraîné la mise en place d'une autre procédure qui a trouvé son aboutissement le 3 novembre dernier. Le conseil d'administration a pu, avec les éléments qui nous ont été fournis par Alain Chaumet, prendre une décision. Nous lui avons retiré les mandats qu'il occupe au titre du Medef, c'est-à-dire à l'IGRC et à la Médecine du travail.
Vous n'avez pas l'impression d'avoir contourné la décision de justice ?
On nous a fait le reproche d'avoir procédé à l'éviction de Monsieur Chaumet sans lui avoir donné la possibilité, selon la décision de justice, du contradictoire. Nous avons pris en compte cette décision de justice scrupuleusement et nous avons appliqué les recommandations. Nous avons offert à Monsieur Chaumet la possibilité de venir s'expliquer à plusieurs reprises, ce qu'il n'a pas fait. Nous lui avons aussi donné la possibilité de nous envoyer des éléments de réponse aux questionnements. Je rappelle que nous sommes dans l'attente de réponses aux questions précises qui ont été posées à Monsieur Chaumet dans le cadre de la gestion des mandats qui lui ont été confiés par le Medef. Nous n'avons eu aucun retour.
Les postes retirés à Alain Chaumet vont-ils rester vacants longtemps ?
La décision du conseil d'administration du 3 novembre a été soumise à l'approbation du national. Le Medef national a déjà validé les nouvelles listes du Medef Guyane au sein de l'IGRC et de la Médecine du travail. Nous avons pris toutes les précautions d'usage pour que nous ne soyons plus dans cette situation qui est une situation que l'organisation patronale n'a jamais connue et qui affecte l'ensemble des membres au Medef.
N'avez-vous pas peur que cette crise ternisse l'image du Medef ?
Il n'y a aucune situation de crise. Cette décision réfléchie est l'émanation et l'aboutissement d'un processus qui est long. Le comportement de Monsieur Chaumet vis-à-vis du Medef ne date pas d'hier. Depuis au moins dix-huit mois, nous avons demandé une remontée d'informations. Demandes qui sont restées sans retour. Il n'y a pas d'administrateur au-dessus des règles.
Avez-vous fait appel de la décision de justice ?
La possibilité de faire appel dure jusqu'à janvier 2011. Nous allons faire appel de cette décision de justice. Mais pour nous, l'action la plus urgente était de traiter des mandats.
Mais étiez-vous satisfait du travail d'Alain Chaumet ?
Si les règles ne sont pas respectées, la mission ne peut pas être remplie. Nous ne sommes pas satisfaits, donc nous changeons de mandataire.
Pourquoi Alain Chaumet et vous, deux hommes intelligents, n'êtes pas parvenus à régler ce différend en interne ?
Monsieur Chaumet a été l'objet d'invitations autour de cette table, de convocations même ; mais depuis le mois de juin, je n'ai jamais pu m'entretenir avec lui. Je ne peux pas aller chercher les gens pour discuter avec eux. J'ai accepté que des personnes tierces puissent intervenir pour aplanir les choses en bonne intelligence, Alain Chaumet a toujours refusé.
Portalinus — 06.12.2010 recommander (0)
KJV ?
Cette histoire, c'est panier de crabes & compagnie...
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