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Le casse-tête énergétique

Arnaud SAINT-MAXENT Vendredi 01 juillet 2016
Le casse-tête énergétique
C'est ici, au poste de Margot, que Nordgold souhaite se connecter sur le réseau EDF (photo d'archives)

La fourniture d'énergie est un des grands défis de la montagne d'Or, selon les porteurs du projet. Mais cela pourrait devenir son principal handicap.

S'il est un sujet sensible à aborder avec les acteurs du projet de la montagne d'Or, c'est l'énergie dont la mine a besoin pour fonctionner dès 2020. Plus encore que l'emploi ou que l'impact environnemental, ce sujet gêne aux entournures. Et pour cause : personne, à ce jour, n'est capable de dire précisément comment seront fournis les 20 MW nécessaires d'ici quatre ans. Pire, selon un de nos interlocuteurs, « tout le monde sait que ce ne sera pas possible, mais personne ne peut le dire sans risquer d'être le vilain petit canard » . Éloquent!
Nordgold a donc besoin de 20 MW en continue pour faire fonctionner ses installations 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Cela représente la consommation tout compris de la ville de Cayenne. Ce besoin s'ajoute à celui de l'Ouest, estimé pour les années à venir à 20 MW également. Ce qui nous fait 40 MW à assurer pour l'Ouest, sans compter l'énergie nécessaire à d'autres projets miniers prévus d'ici 2030.
UNE PPE QUI SE FAIT DÉSIRER
Le projet de Nordgold est de relier le site minier au poste EDF de Margot, entre Saint-Laurent et Mana. Chez EDF, on explique qu'il ne s'agit que du « souhait » de Nordgold mais que rien n'est acté. En fait, ce n'est ni à Nordgold, ni à EDF que revient la décision mais à la CTG. La collectivité a d'ailleurs intégré les 20 MW de Nordgold dans sa PPE (Programmation pluriannuelle de l'énergie) dont l'objectif est d'augmenter la production d'électricité de 125 MW d'ici 2023 avec une révision en 2018.
Le problème, c'est que cette PPE, qui fait la part belle aux énergies renouvelables, vient seulement d'être envoyée au ministère de l'Environnement et de l'Énergie et que le processus de validation est encore long, entre avis d'experts et enquête publique. Ce n'est qu'une fois la PPE définitivement adoptée que l'on entrera réellement dans le concret des projets, à commencer par les études et autres appels d'offre. Autant dire que les unités de production prévues dans le document ne sortiront pas de terre dans un futur très proche.
ET AUSSI - Éviter les calculs simplistes
Actuellement, selon les chiffres d'EDF, le parc de production d'électricité, hors énergies renouvelables, est de 240 MW. Ces 240 MW ne sont pas disponibles à temps complet ; il faut tenir compte de l'entretien et des avaries. La consommation de pointe est de 133,7 MW en soirée. A priori, on en conclut que les 20 MW demandés par Nordgold sont disponibles. Mais ce n'est pas si simple. Chez EDF, on explique qu'il est impossible de l'affirmer mais qu'il est tout aussi incorrect de prétendre le contraire. De nombreux facteurs pas encore déterminés sont à prendre en compte comme l'origine de cette électricité et son acheminement.
Hélène Sirder : « Ne pas vivre sous cloche »
Première vice-présidente de la CTG, Hélène Sirder est déléguée au développement durable, aux mines et à l'énergie. Elle représente la collectivité lors des réunions avec Columbus et Nordgold.
Quelle est votre vision du projet de la montagne d'Or ?
Nous avons une vision globale du territoire et une vision territorialisée. L'ouest est pour nous une préoccupation. Ce projet minier, c'est le développement de la Guyane. Il faut que sa mise en place soit intégrée au développement du territoire. Par exemple, il ne s'agit pas d'alimenter juste un site en énergie mais tout un secteur. Columbus est le projet minier le plus avancé à l'ouest mais d'autres s'annoncent. Lundi, je rencontre les opérateurs miniers pour voir quels sont les problèmes et les besoins et leur faire partager cette vision globale.
Est-on capable de fournir les 20 MW nécessaires dès 2020 ?
Le timing est serré. Les plans qui se sont succédé n'ont pas prévu le développement démographique et économique qu'on connaît dans l'ouest. Il y a des projets pour ces 20 MW et plus. La PPE se fait à l'horizon 2023 mais devrait être révisée en 2018, donc on ne s'interdit pas d'accompagner davantage de porteurs de projets.
Dans vos discussions, avez-vous obtenu des garanties pour l'emploi local ?
Nous abordons l'ère industrielle minière aurifère et de nombreux métiers sont compatibles avec cette industrialisation. Nous avons une population jeune qui doit être formée. On se met en place pour pouvoir assurer cette formation. Nous visons aussi l'international car il existe des mines sur tout le plateau des Guyanes. Il y a l'or, mais il y a d'autres ressources naturelles qu'il nous faudra bien exploiter. Total est aussi susceptible d'exploiter du pétrole en mer. Il faut se préparer à tout cela. Je n'oublie pas l'environnement. Il faut que nous ayons des spécialistes dans ce domaine.
Justement, vous êtes déléguée au développement durable. On a des exemples de digues rompues au Guyana et au Brésil, il y a aussi une grande inconnue quant à la durée de vie du géotextile...
Je ne vais pas plaquer en Guyane un modèle qui se fait à l'extérieur alors que nous n'avons pas les mêmes réglementations. Sur les impacts environnementaux, c'est l'État qui contrôle et qui accorde les autorisations nécessaires. Peut-on tout prévoir ? Non. Le risque zéro existe-t-il ? Non. Mais tout est réuni pour que nous puissions passer à l'ère industrielle avec le moins d'impact environnemental possible. Nous sommes les premiers soucieux de la conservation du patrimoine naturel mais il s'agit pour nous de ne pas vivre sous cloche.
Où en sont les discussions autour des retombées fiscales ?
Un texte prévoit que, s'il y a des retombées fiscales, elles seront de 50% pour nous et 50% pour l'État. Nous sommes aussi en train de réfléchir à une nouvelle fiscalité pour le territoire, donc les réflexions sont en cours. Le code minier lui-même est en train d'être revu.
Je voudrais finir avec un chiffre : avec une teneur en or d'1,5 gramme par tonne de roche et l'objectif d'exploiter 95 tonnes d'or, Nordgold va devoir extraire plus de 63 millions de tonnes de roche. Ne trouvez-vous pas ce chiffre vertigineux ?
Les chiffres peuvent être vertigineux. Mais si je vous dis qu'on a 13 000 habitants entre Papaïchton et le Haut-Maroni et qu'en 2023, on passe à 73 000, c'est aussi vertigineux. Tous les chiffres chez nous sont vertigineux car nous sommes en train de construire un pays. Il faut s'attacher au progrès, à la modernité et mettre en place notre propre modèle économique adapté à notre territoire.
Propos recueillis par A.S.-M.
Le projet de raccordement
Plutôt qu'une production sur place, Nordgold privilégie le raccordement à EDF, au poste Margot. Cela nécessite de tirer une ligne aérienne de 80 kV (kilovolts) sur environ 120 km le long de la piste Paul-Isnard. « C'est la meilleure solution en termes de faisabilité technique, de coût d'investissement, de délai de réalisation, d'impact environnemental et de contribution au développement territorial » , argumente Rock Lefrançois, directeur des opérations de Columbus.
Projet ligne haute tension : Trois options ont été envisagées pour relier le poste Margot au site minier : une « green line » , c'est-à-dire une ligne enterrée, une ligne aérienne directe à travers la forêt et une ligne aérienne suivant la piste Paul-Isnard. C'est cette dernière qui a été choisie (document Columbus - Nordgold)
Montagne d'Or : la mine à grande échelle
Porté par le canadien Columbus Gold et le russe Nordgold, le projet de la montagne d'Or est le premier projet minier industriel qui pourrait voir le jour en Guyane. Soutenu par de nombreux élus, il est pointé du doigt par les organisations environnementales. France-Guyane vous propose un dossier en six parties pour mieux comprendre les enjeux de ce projet qui pourrait ouvrir la voie à une nouvelle ère minière en Guyane. Dernière partie : les besoins en énergie et entretien avec Hélène Sirder.

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3 commentaires

Vos commentaires

Alaingill973 03.07.2016
Vers l'Auriculture!

Il est temps que les Guyanais s'approprient leurs ressources, dont l'or qui en est une historique voir quasi fondamentale. A quand une consultation de la population, une compagne sondant les aspirations des gens qui vivent dans ce pays?Et si ce secteur aurifère était celui qui sauvait la Guyane de l'ensemble de ses maux!

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joko973 04.07.2016

Arrête de rêver. Tu connais beaucoup de jeunes guyanais prêts à travailler douze heures/jour dans la boue pendant des semaines? Les seuls guyanais orpailleurs sont patrons et font travailler les brésiliens et autres immigrés.Quand la Guyane sera un grand trou, il restera quoi ? les notables et les fonctionnaires.

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joko973 02.07.2016

Aucune surprise, les multinationales de l'or et les autres attendent que l'état leur prépare tout, l'énergie, les routes, le carburant détaxé, avec une fiscalité minime, contre des promesses d'emploi. A quel prix ? et pour quels guyanais ? les patrons et ceux qui auront des cartes de séjour. Ils nous laisserons un gros trou et des résidus polluants pour des années, comme partout ailleurs.

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