La Bouvet Guyane passe aussi par l'école
A. S.-M.
France-Guyane
25.01.2012
Pour Indira (à gauche), se retrouver seule en mer ce serait « l'horreur » mais pour Lourhya (à droite), ce serait « beaucoup d'aventure » (ASM)
À l'occasion de la transatlantique à la rame qui s'élancera dimanche de Dakar, 80 classes sont investies dans un grand projet académique, comme les CE2 d'Henri-Agarande, à Cayenne.
Dimanche, les 23 skippers de la Bouvet Guyane 2012 s'élanceront de Dakar, au Sénégal. Mais un vingt-quatrième participant surprise pourrait bien les accompagner dans leur traversée de l'Atlantique à la rame : un géant aux commandes d'une simple barque de pêcheur. Après avoir volé des écogestes à Cayenne pour les emmener au Sénégal, celui-ci serait en effet pris de remords et compterait rapporter son larcin en Guyane. C'est l'histoire qu'ont imaginée les élèves d'une classe de CE2 de l'école Henri-Agarande à Cayenne. « Durant son trajet, le géant va rencontrer des animaux marins et ce sont ces rencontres que les enfants vont écrire » , raconte leur institutrice, Étiennette Lacomme, qui est aussi directrice de l'école. Au bout du compte (ou du conte), un spectacle naîtra de cette histoire, mélangeant chant, danse, conte et marionnette, aboutissement d'un travail réalisé toute l'année dans toutes les matières dans le cadre d'un projet pédagogique Rames Guyane. « Avec un fil rouge comme celui-là, les élèves montrent beaucoup plus d'intérêt, explique Étiennette Lacomme, ils travaillent mieux en pédagogie de projet et retiennent mieux les leçons. » Cap sur la biodiversité
En tout, ce sont 80 classes guyanaises de maternelle, primaire et collège qui suivront ainsi l'épreuve à leur manière et qui, surtout, s'appuieront sur cette aventure pour développer un projet pédagogique. « Au niveau académique, le projet est axé sur l'écologie et le développement durable » , explique Sébastien Gourlé, directeur départemental de l'Usep qui coordonne le projet académique. « L'objectif est de parler de choses comme les déchets, le littoral, le traitement de l'eau ou la biodiversité. » Les CE2 d'Henri-Agarande, eux, ont choisi pour thème la biodiversité marine et en classe, tout est prétexte à se rapporter au sujet. Les lectures, par exemple, se font sur ce thème ainsi que les exposés, même si les élèves ont encore un peu de mal à trouver le mot « biodiversité » . Des sorties, à la plage ou au Mir, leur permettent de mieux appréhender cette biodiversité marine ainsi qu'une rencontre avec un conservateur de l'île du grand Connétable qui leur a permis de découvrir la vie trépidante des oiseaux marins. « L'objectif, c'est aussi de faire des citoyens, poursuit Étiennette Lacomme, et de susciter chez eux des gestes de bonne conduite écologique. » Un bateau à l'école
Mais parmi les grands moments du projet, la rencontre avec un skipper de la Bouvet Guyane tient une place particulière et permet une large adhésion des élèves. « Pour eux, c'est l'aventure, se réjouit Sébastien Gourlé. Être au contact avec un skipper leur permet d'entrer dans le projet. Quand ils viennent dans les écoles, ils ont toujours droit à un tas de questions. » A Henri-Agarande, c'est Pascal Vaudé qui a fait le déplacement fin novembre. Mais pas seul puisque le skipper, qui en est à sa deuxième participation à l'épreuve, est venu avec son bateau. De cette rencontre, les enfants ont retenu de tout : « -son bateau a été peint par un artiste! - Il s'appelle « Marine et Loisirs » ! - Il y a des équipements de sécurité! - Il y a une chambre... enfin une cabine! - Et des panneaux solaires! - Oui, des panneaux solaires... relève immédiatement l'institutrice. » Et l'évocation de cet équipement est l'occasion de quelques mots sur les énergies renouvelables. Tout comme la découverte de l'animal fétiche de Pascal Vaudé, la sirène, a été l'occasion d'un travail sur Mama Dilo.
Pascal Vaudé a rendu visite aux élèves d'Henri-Agarande en novembre, accompagné de son bateau (ASM, Usep)« Beaucoup d'aventure! »
La rencontre avec le skipper a aussi permis à la classe de mieux comprendre ce qu'était la Bouvet Guyane : une course entre Dakar et Cayenne oui, mais à la rame. Et en solitaire en plus! Alors, lorsqu'on leur demande si, à leur tour, ils se lanceraient dans une telle aventure, les réponses sont partagées mais bien affirmées : un « oui » fort et enthousiaste pour les uns, un grand « noooon » pour les autres. Et même un « oh non quelle horreur! » pour Indira, 8 ans et demi : « J'ai le mal de mer et si je faisais cette course, je vomirais! Et même sans le mal de mer, j'aurais peur, il faudrait quelqu'un de plus courageux avec moi! » Plus téméraire, Lourhya, 8 ans, n'hésite pas une seconde : « Moi j'aimerais bien parce que c'est beaucoup d'aventure! Et puis je pourrais rencontrer des animaux, des dauphins, des requins et des tortues luths. Cela me rendrait un peu triste d'être seul mais je n'aurais pas vraiment peur. » En attendant d'avoir l'âge de se lancer dans l'aventure, Lourhya, comme ses camarades et les élèves des 80 classes qui participent au projet pédagogique Rames Guyane, suivra le périple des skippers quotidiennement sur internet et placera chaque jour la position de son héros sur une carte marine. L'occasion de faire un peu de géographie. - Repères
- L'Usep aux manettes. Le projet académique Rames Guyane a été mis en place par le rectorat dès la première édition de l'épreuve en 2006. Il est coordonné par l'Usep, l'Union sportive de l'enseignement du premier degré. L'Usep participe aussi financièrement en fournissant une carte marine en toile à chaque classe participante.
- 80 classes investies. Cette année, 80 classes sont inscrites réparties sur tout le littoral et Saint-Georges. Sont concernées des classes de maternelle, élémentaire et collège mais aussi de l'Imed et la quasi-totalité des classes de Segpa. Si tous les milieux sont représentés, un des objectifs affichés de l'Usep est « de permettre à des gamins des écoles des quartiers difficiles de s'évader un peu » .
- Des rencontres. Outre les rencontres avec des skippers, les classes participantes bénéficient aussi d'animations proposées par des organisations qui oeuvrent dans la protection de la nature telle que Kwata ou Sepanguy. Quelques classes ont aussi la chance d'avoir trouvé une classe au Sénégal pour organiser des échanges par internet.
- Un spectacle pour finir. En partenariat avec l'association des Amis de Rames Guyane, un grand rassemblement sera organisé en fin d'année avec les skippers guyanais. Les enfants des 80 classes pourront y présenter leurs productions. Comme petit avant-goût, une classe de l'école Abriba à Matoury, défilera lors du carnaval des enfants.