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Jean-Yves Thiver : « C'est pratiquement une entreprise à gérer »

Propos recueillis par MINOS France-Guyane 18.08.2010

Jean-Yves Thiver : « Dans deux ans, je quitterai la vie publique » (Minos)

À trois jours du départ du vingt et unième Tour de Guyane, le président du comité régional égraine les difficultés de l'organisation de l'épreuve. Ses propos sont aussi ceux d'un homme qui est en train de dégonfler ses roues et qui aspire à être moins exposé publiquement.

Jean-Yves Thiver, après avoir organisé près d'une dizaine de Tour de Guyane, êtes-vous plus relaxe en 2010 ?
Pas du tout, car la réglementation est de plus en plus difficile pour les manifestations sur la voie publique. La préfecture demande un dispositif de sécurité de plus en plus lourd et le cyclisme est lié au contexte économique du département. Nous voulons donner un certain standing à cette compétition qui est classée au calendrier fédéral, mais les choses ne sont pas simples au niveau des hébergements et nourriture, ce qui fait que le budget de la compétition ne cesse d'augmenter.
Possédez-vous encore les moyens pour tenir la route ?
Heureusement que nos partenaires nous soutiennent dans cette compétition qui est avant tout la leur, car ce sont eux qui donnent les moyens financiers et matériels. Il y a un contrat de confiance qui s'est instauré entre le comité régional et ses partenaires et qui fait du Tour une grande manifestation sportive.
Entre le départ et l'arrivée, qu'elle est votre plus grande angoisse ?
Le départ, car à l'arrivée, lorsque le dernier coureur est arrivé, la dernière délégation a retrouvé le sol de son pays, vous pouvez faire ouf. Pour le départ, vous ne savez jamais ce qui vous attend sur la route. Tant que vos invités sont présents, ils sont sous votre responsabilité. La fin soulage.
De tous ces Tour organisés, quelle est l'anecdote qui vous a le plus marqué ?
Il y a l'intoxication alimentaire de Saint-Georges de l'Oyapock et le vol des vélos à Sinnamary. On a eu très chaud. Il y avait le vélo d'un Slovène qui valait 7 000 euros et nous aurions eu à les rembourser si on ne les avait pas retrouvés.
Ce vol a eu un effet bénéfique puisque depuis, l'heure de l'étape kouroucienne a changé...
Nous avions déjà fait cette proposition à la municipalité de Kourou qui ne voulait pas entendre parler de l'après-midi. C'était un mal pour un bien qui a convaincu la ville d'organiser cette étape l'après-midi, c'est une des étapes qui draine le plus de monde.
Dans votre quotidien, avez-vous des encouragements du citoyen lambda qui vous poussent à continuer ?
Beaucoup de personnes calent leurs congés sur le Tour. Nous avons de nombreux appels et quand je fais mon marché, il y a des encouragements, des conseils que j'écoute. C'est l'épreuve des Guyanais. De là à dire que cela me pousse à continuer... c'est plutôt l'inverse. J'en suis à mon troisième mandat, qui est très difficile, parce que les choses sont de plus en plus lourdes. Il y a le contexte familial, celui professionnel qui évolue et les responsabilités qui augmentent dans le cyclisme, c'est pratiquement une entreprise à gérer. Le corps n'arrive pas toujours à suivre pour concilier le tout. C'est dur, trois mandats.
L'homme prend le pas sur le dirigeant ?
Tout à fait et je le dis à mes proches. Dans deux ans, je quitterai la vie publique pour entrer dans un cadre de vie privée, vraiment privée.
Vous avez pourtant failli être sur le devant de la vie publique et politique en mars dernier...
L'issue de cette aventure m'a été salutaire. Cela aurait été la plus grande erreur de ma vie.
Vous avez redessiné le Tour 2010, sur quelles motivations ?
Nous nous sommes basés sur les rapports des commissaires que nous sommes obligés de suivre. Le Tour devenait stéréotypé, on a voulu innover. Dommage que nous n'ayons pas une grande variation de route, car en plus, nous sommes sevrés de la RD5.
Apatou et Saint-Georges ?
Non pour Apatou, car elle ne possède pas tous les équipements requis, mais l'idée n'est pas abandonnée.
L'Équipe de France Militaire et Haïti font leur arrivée sur le Tour, c'est aussi un choix ?
Haïti est un choix personnel que j'ai soumis au comité. C'est pour impliquer la communauté haïtienne. C'est plus un choix humanitaire et populaire que sportif. On va essayer de rassembler tout le monde, car le Tour est un carrefour d'échanges dans une région aussi diversifiée culturellement.
Voyez-vous un vainqueur guyanais cette année aux Palmistes ?
Tout à fait, car les meilleurs Guyanais étaient au Tour de Guadeloupe pour acquérir du rythme. Malheureusement, il n'y aura pas de sélection, on risque de passer à côté d'une des dernières grandes sélections car je ne connais pas le devenir d'Exfort et de De Nays Candau qu'il aurait fallu réunir avec les Ringuet et Marc-André Buzaré. L'adversité s'annonce rude mais la population et les collectivités sont derrière nous.
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24 mai 2012