« Je veux connaître la vérité »
Pierre-Yves CARLIER
France-Guyane
22.02.2012
Hendy Demaison est mort dans l'accident du minibus scolaire, mardi dernier, à Cacao (DR)
Henri Demaison a perdu son fils Hendy, dans l'accident de bus scolaire qui s'est produit à Cacao, mardi dernier. Il témoigne.
« C'était mon seul petit garçon qui me restait. Je passerai ma vie à (essayer de comprendre). Il vaut mieux que chacun, à son niveau, assume ses responsabilités. » Henri Demaison est un père en deuil, qui a enterré son fils vendredi. Et un père en colère, après la mort de son fils, Hendy, 10 ans. C'était mardi dernier, dans le bus qui l'emmenait à l'école, à Cacao. La famille Demaison vit sur la RN2, entre le carrefour de Cacao et l'auberge des Orpailleurs. Tous les jours, un bus ramasse les écoliers pour les emmener à l'école de Roura. Il commence sa tournée à quelques kilomètres de l'auberge pour prendre un élève. Il en ramasse d'autres à Dégrad Corrèze, piste Coralie, au carrefour de Cacao, à la scierie et jusqu'au village hmong. Mais les parents d'Hendy ont souvent constaté des problèmes dans le ramassage effectué par les bus de la Somanbru : présence d'un seul bus alors que les collégiens et les écoliers doivent être transportés séparément, absence d'un accompagnateur avec les plus petits, vitesse trop élevée. « Un jour, un parent d'élève a mis son camion en travers de la route, pour bloquer le bus, parce qu'il estimait que le conducteur roulait trop vite » , raconte Henri Demaison. Selon lui, ce n'était pas la première fois non plus que leur fils voyageait debout parce qu'il y avait plus d'enfants que de places assises. « On a toujours connu la Somanbru, mais ce n'était jamais pareil. Des fois, c'était un gros bus, des fois, c'était nous qui devions emmener nos enfants... » Dominique Mangal, le patron de la société, a été entendu en tant que témoin par les enquêteurs. Mais il n'a pas donné suite à nos sollicitations. Aujourd'hui, les parents d'Hendy veulent savoir comment un tel accident a pu se produire. Avec les parents des treize autres élèves présents dans le bus ce matin-là, ils vont former un collectif, pour faire entendre leur voix. « Je veux remercier tous les gens qui nous ont soutenus. Y compris des personnes dont j'avais perdu le contact, poursuit le père. C'est une chance qu'il n'y ait qu'un seul mort. Il ne faut plus que certains continuent de jouer avec la vie des enfants. » Hendy était l'enfant d'une précédente union. Sa mère et certains de ses petits frères et soeurs vivent à Saint-Georges. Ses aînés, à Cayenne. « Eux aussi souffrent. »
Henri Demaison tient la photo de son fils (PYC)- Incarcéré, le chauffeur fera appel
Lundi, le juge des libertés et de la détention (JLD) a placé Egherton da Silva Oliveira en détention provisoire. La décision aurait dû être prise vendredi. Mais le chauffeur du minibus dans lequel est mort un écolier de 10 ans à Cacao et son avocat avaient demandé un délai pour préparer leur défense. Le chauffeur a passé ces trois jours en prison et y est donc resté.
Hier soir, son avocat Jérémy Stanislas a annoncé qu'il fera appel. « Il ne me semble pas très correct de vouloir faire peser sur lui toutes les charges. (Mon client) a certainement une part de responsabilité, mais il travaillait dans des conditions bien précises. » L'avocat ne conteste pas que son client roulait trop vite ce jour-là. Ni que cela ait pu se produire à d'autres occasions comme l'affirment les parents d'Hendy Demaison. Mais il souhaite que l'instruction qui démarre éclaire d'autres points : « Le nombre de bus est très limité (il en faut normalement deux sur cette ligne, un pour les écoliers et un pour les collégiens, ndlr), les places étaient limitées, il y avait beaucoup d'enfants et il était tout seul ce jour-là parce que le second bus fonctionne rarement. Je ne dis pas qu'il n'a rien fait du tout, mais il s'est retrouvé dans une situation où, en tant que salarié, il avait des obligations et une forme de pression. »
Selon l'avocat, le JLD a placé son client en détention provisoire pour éviter toute concertation avec les autres personnes qui pourraient être mises en cause pendant l'enquête.