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SPATIAL

« J'ai toujours besoin de nouveaux challenges »

Propos recueillis par Kerwin ALCIDE France-Guyane 11.02.2012

La ZLV, anciennement ELA 1, a jadis vu décoller une série d'Ariane-1, Ariane-2, Ariane-3 et une Europa-2. Elle reprend du service après 23 ans d'arrêt (Cnes/CSG)

Après avoir opéré lors du vol 204 d'Ariane 5 au mois de septembre dernier, Aimée Cippe officie à nouveau en tant que Directeur des opérations (DDO) lors du vol inaugural de Vega. Rencontre avec la première femme DDO...

Surprise d'avoir été choisie comme DDO sur cette mission spécifique ?
Non, car ce n'est pas par hasard que j'ai pu accéder à cette fonction. Cela fait déjà dix ans que je suis au Cnes et j'ai eu l'occasion de démontrer ce que je valais, de faire mes preuves. Quand je suis arrivée en 2000, j'étais à la « sauvegarde environnement » , ensuite je suis passée au service « support client » . Après cinq ans, j'ai postulé sur la fonction de Directeur des opérations. Ce n'est pas un hasard si je suis arrivée là. C'est une marque de confiance de ma hiérarchie. Et j'en suis ravie et heureuse aujourd'hui.
Vous dites « heureuse » . Et la fierté d'être la première femme et de surcroît une Guyanaise ?
Cela fait partie de « heureuse » . Pour moi, ça coule de source. Je suis là avant tout par rapport à mes compétences, mon savoir-faire et puis j'ai la chance et la fierté d'être originaire de la Guyane. C'est un tout pour moi.
Avez-vous le sentiment d'être un exemple ?
C'est, en grande partie, ce à quoi j'attache beaucoup d'importance. En tant que première femme, j'espère susciter des vocations, j'espère motiver cette jeunesse guyanaise. Quand j'étais plus jeune, je voyais les lancements à la télé et, dans ma tête, je me disais que c'est un beau métier, un domaine d'activité de haute technologie qui se plaçait, étant enfant, dans le domaine du rêve. Aujourd'hui, je suis dans ce milieu, j'espère susciter des vocations, susciter de l'ambition pour que ces jeunes fassent des études, qu'ils n'aient pas peur d'aller au-delà de leurs rêves.
Qui vous a suscité votre vocation ?
(Rires). J'avais d'abord comme exemples mes parents. Ils se sont battus pour que mon frère, ma soeur et moi-même fassions des études. Ils se sont sacrifiés.
Ensuite, les autres exemples sont tous ceux qui ont réussi à faire parler d'eux, qui ont eu des rôles uniques. J'avoue que j'étais admirative d'Einstein. Il m'a beaucoup marqué lors de mes études. Le domaine scientifique m'a toujours intéressée. Je m'étais toujours dit que je ne reviendrais travailler dans mon pays si et seulement si j'étais prise au Cnes. J'ai eu cette opportunité et je l'ai saisie.
Qu'avez-vous envie de dire à ceux qui disent qu'il n'y a pas beaucoup de Guyanais qui occupent des fonctions de responsabilité au Centre spatial guyanais ?
La tendance change, le monde évolue. Et les idées changent. La politique du Cnes/CSG aujourd'hui est une politique volontariste d'embauche locale.
Quand je suis arrivée, il y avait déjà un certain nombre de Guyanais. Il y a des Guyanais qui exercent des fonctions à responsabilités comme sous-directeur, chef de service. C'est vrai que je suis la première femme qui exerce la fonction de directeur des opérations mais il y a d'autres fonctions, toutes aussi importantes, qui sont exercées par des Guyanais. De plus en plus de Guyanais sont diplômés donc ils ont tout aussi bien leur chance. Il faut qu'ils la saisissent.
À quelques heures de ce vol inaugural, on peut supposer que la pression est forte...
J'essaie de faire mes heures de sommeil pour être efficace et concentrée mais c'est vrai qu'il y a beaucoup de pression parce qu'il ne faut rien oublier, coordonner les équipes, revoir les procédures.
Est-ce qu'Aimée Cippe, jeune, avait l'âme d'un chef d'orchestre ?
(Rires) Quand j'étais au collège et au lycée, j'aimais exercer la fonction de délégué de classe. Souvent mon père me disait « tu as trop tendance à te démener pour les autres » . Pour aller plus loin, « fo to gadé pou to douvan lestomak » . Je n'ai jamais hésité à aller au devant des autres et à les aider. Mais de là à être un dirigeant, non. Le rôle du DDO est de coordonner les équipes, de mettre en musique le rôle de chacun et d'être le fil conducteur pour arriver à la chronologie finale. C'est vrai que ça s'apprend, ce n'est pas inné.
Première femme DDO, Aimée Cippe espère susciter des vocations chez les jeunes Guyanais (KA)Première femme DDO, Aimée Cippe espère susciter des vocations chez les jeunes Guyanais (KA)
À 38 ans, vous êtes déjà DDO. Quels sont vos rêves pour demain ?
(Rires). Pour demain, je verrai quelles opportunités se présenteront à moi. Je n'ai pas de projet précis dans le milieu professionnel à part approfondir mes connaissances dans cette nouvelle fonction. Faire toujours plus et toujours mieux. Je commence à avoir la bougeotte au bout de trois voire quatre ans. Alors qui sait ? Je serai peut-être tenté par autre chose. Être DDO n'est pas une fin en soi. Je ne vais y rester ni dix ans, ni quinze ans. J'ai besoin de me fixer de nouveaux challenges, découvrir de nouvelles choses.
- Rendez-vous matinal
Pour ce vol inaugural, Vega doit se lever de bonne heure. Le décollage est prévu à 7 heures lundi matin. Comme d'habitude, les vols de qualification se déroulent de jour mais le cas de Vega et de son passager principal, Lares, est encore plus particulier. Ce satellite scientifique, développé par l'Italie, doit mesurer la distorsion du temps induite par la rotation de la Terre. Maintenu à une certaine température, ce satellite craint les grosses chaleurs. Le transfert de la coiffe a, d'ailleurs, été effectué de nuit. Alors Vega doit décoller avant les grosses chaleurs. La fenêtre de tir dure jusqu'à 9 heures. La mission, elle, durera 1 h 30. Sur ce vol, Vega emportera, en plus de Lares, AlamaSat 1 et sept Cubesat. Aucun autre lancement de Vega n'est programmé pour cette année. Ariane-5 entre en action le 9 mars prochain avec l'ATV.
- « Rien ne se perd, tout se transforme »
Cela pourrait être le slogan du Centre spatial guyanais, notamment en ce qui concerne le pas de tir. L'Ensemble de lancement Ariane 1 (ELA 1) qui a jadis vu décoller une série d'Ariane-1, Ariane-2, Ariane-3 et une Europa-2 reprend du service après 23 ans de silence. En effet, le petit lanceur Vega, développé par les Italiens, s'envolera lundi de ces installations rebaptisées Zone de lancement Vega (ZLV). C'est en 1971 que l'ELA 1 a connu son premier tir avec une fusée Europa. Une vingtaine de lanceurs s'y succéderont avant l'avènement d'Ariane-4 et l'ELA 2. « Le portique a été abattu en 1991 » , explique André Cuenca, assistant sol Vega au Centre national d'études spatiales (Cnes). Aujourd'hui pour faire renaître cet ensemble de lancement, on a surtout réutilisé le massif, la grosse partie en béton au sol et le château d'eau. Les locaux techniques ont totalement été réhabilités, modifiés pour mieux répondre aux nouvelles normes et aux exigences de Vega. Les travaux de réhabilitation ont commencé en 2003 et les premiers équipements sont arrivés en 2006. La nouvelle zone de lancement se situe à moins d'un kilomètre de l'Ensemble de lancement Ariane-5, preuve que les autorités spatiales n'avaient certainement pas prévu de se réinstaller là un jour. Mais l'option ELA-1 pour Vega a, semble-t-il, représenté bien des avantages. « Il y avait des choses qui allaient dans le bon sens » , indique André Cuenca. Ariane-5 devra donc s'accommoder de ce voisin proche. Et vice-versa, ans oublier que Vega se situe sous le vent d'Ariane-5.
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24 mai 2012