Vous semblez prendre plaisir à animer un atelier, est-ce une habitude pour vous ?
Oui, je fais beaucoup d'ateliers, dans le milieu scolaire, en prison, en MJC, même en maison de retraite. J'ai déjà fait slamer pas mal de mamies et on a même enregistré un disque avec des personnes d'une maison de retraite. D'où vous vient ce goût des ateliers, est-ce l'envie de partager votre passion ?
En fait j'ai commencé par là. Je faisais des slams dans les bars et j'ai eu l'occasion d'animer des ateliers avant de sortir mon premier disque. J'étais rémunéré pour cela, parfois même avec des actions sur un an dans des MJC. J'ai continué parce que j'aime beaucoup cela, pour partager mon amour du slam et montrer que tout le monde est capable de slamer. Tout le monde en est vraiment capable ?
Vraiment tout le monde. J'ai fait slamer des enfants de CP et jusqu'à des personnes de 87 ans et j'ai vu que tout le monde en était capable. En général, il en ressort des moments assez forts. Et que peut apporter le slam aux participants d'un tel atelier qui n'ont pas forcément pour ambition de monter sur scène ?
Là, c'est du cas par cas. Comme je le disais, le principe est avant tout de prendre du plaisir. Un jour, dans une classe, un élève a dit un texte très fort qui m'a touché. Après, sa prof m'a dit qu'il ne prenait jamais la parole en cours. Les ateliers, ce n'est pas scolaire, c'est artistique et juste avec un petit atelier, certains se révèlent. Comment définissez-vous le slam ?
C'est une scène ouverte dans des petits cafés où tout le monde peut dire un texte. Ce sont les mots à nu, sans musique, même si j'ai un peu dévié de cela car j'ai eu l'occasion de mettre mes textes sur de la musique. Le slam, c'est un moment de partage des mots et des émotions, juste pour le plaisir. Le slam peut-il aussi être revendicatif ?
Bien sûr. Il n'y a aucune règle, ni sur le fond, ni sur la forme. Donc, les textes peuvent aller du fleur bleue au texte politique, revendicatif. Quoi qu'il arrive, en 1 h 30 on voit en général une grande variété de textes, de l'amour à la politique ou simplement pour le plaisir de jouer avec les mots. Nous sommes dans une année électorale importante, le slam peut-il aussi avoir un rôle citoyen, appeler les jeunes à aller voter par exemple ?
Oui. Ce n'est pas un texte qui va changer la face du monde mais les petites larmes font les grands fleuves. Cela peut être une manière de partager des idées et d'éveiller des consciences à un petit niveau. À propos d'élection, certains candidats mettent en cause la loi Hadopi. Quelle est votre position sur ce texte ?
J'ai une position partagée. Au début, j'étais plutôt pour car j'en vis, d'autant que cette loi est surtout pédagogique à l'origine et ne vise pas à mettre des gens en prison. Mais finalement, je suis assez partagé car elle est assez inapplicable. Les gars qui maîtrisent internet sauront toujours trouver un moyen de télécharger sans être repérés.