FACE A FACE
France-Guyane
France-Guyane
18.03.2010
À trois jours du deuxième tour, Christiane Taubira et Rodolphe Alexandre ont accepté le jeu du face-à-face dans lequel ils présentent leurs projets en cas de victoire ce dimanche.
Christiane Taubira : Nous proposons de stimuler le tissu économique
- Pourquoi vous et pas un autre à la présidence de la Région ?
Ce sont les électeurs qui auront choisi. Et ils l'auront fait sur la clairvoyance qui apparaît dès le premier jour dans l'intitulé de notre liste, sur la clarté et l'originalité de nos propositions en formation professionnelle, pour la lutte durable contre le chômage et la vie chère à travers nos orientations de développement économique, la crédibilité de notre équipe à travers les compétences additionnées et les engagements bénévoles de longue date de chaque colistier, les résultats avérés de ceux qui, comme moi, ont exercé des fonctions électives. Vu la maturité des gens, la grande disparité des moyens de campagne me paraît en l'occurrence accessoire.
- Combien de temps doit durer cette mandature : deux ou quatre ans ? Pourquoi ?
Il y a tant de chantiers urgents à ouvrir ou réorienter que la mandature peut durer quatre ans. Cependant, au regard du calendrier législatif annoncé par le président de la République, la loi ordinaire devrait être adoptée mi-2011. Dès lors, on comprend mal pourquoi le scrutin de mise en place élective de la collectivité unique ne serait pas convoqué dans les six mois. Il ne s'agit évidemment pas de la mise en oeuvre de la collectivité elle- même. L'équipe élue devra justement préparer l'harmonisation des missions, sans déstabiliser les services, sinon c'est le citoyen qui en serait pénalisé. Il y a deux échéances en 2014, majeures pour la Guyane : la révision de l'octroi de mer et la signature du Contrat de projet avec l'État et la Commission européenne. Il vaudrait mieux que les discussions préparatoires soient menées sous la légitimité de l'exécutif de la nouvelle collectivité, de même que la signature.
- Pensez-vous que la France est encore en mesure de venir en aide à ses régions financièrement, et surtout en aide à la Guyane qui connaît un retard structurel ?
Le déficit budgétaire de la France est le résultat de choix politiques. Seize milliards de paquet fiscal pour les gros revenus d'un côté, de l'autre des franchises médicales qui pèsent sur les patients cotisants, essentiellement la classe moyenne et les petits revenus. Les dotations budgétaires ne sont pas de l'aide aux régions. Ce sont les missions régaliennes de l'État, dont celle de lever l'impôt, qui lui imposent la redistribution des contributions. Un gouvernement soucieux de l'intérêt général vise à corriger les inégalités sociales et les disparités territoriales. Les dotations de fonctionnement et d'aménagement sont obligatoires. Ce qui peut venir en plus : les dotations exceptionnelles (exemple, pour l'éducation). Nous proposons de stimuler le tissu économique afin d'ajouter aux ressources budgétaires de la Région les revenus d'activités productives. Pour soutenir l'économie, nous mettrons en place un Small Business Act, c'est un protocole juridique, administratif et financier en faveur de l'artisanat et des petites entreprises, et qui facilitera leur accès aux marchés publics. Par ailleurs, la Région étant une institution de missions et de gestion, nous créerons, en économie mixte, des emplois productifs dans les secteurs stratégiques comme l'eau, l'or, le bois, les énergies renouvelables.
- Quelles seront vos principales exigences lors des discussions préparatoires à la loi ordinaire de la future collectivité ?
Les conditions préalables au succès de la collectivité unique sont le travail de coordination entre les deux collectivités, une bonne concertation avec les socio-professionnels et les partenaires sociaux, ainsi qu'avec les structures économiques dont l'activité ou le poids (spatial, télécommunications, électricité...) en font des acteurs de l'aménagement du territoire. En ce sens, la présence sur notre liste du premier vice-président du Conseil général, par ailleurs très engagé dans le dialogue social, est précieuse. D'autres membres de la liste seront utiles par leur expérience régionale, comme José Gaillou, ou par leurs compétences techniques et leur vision territoriale. Pour ce qui concerne le processus législatif, j'ai quelques longueurs d'avance et je sais par quelles procédures et quelles méthodes relayer le résultat de ces concertations que j'aurai conduites, appuyée par les colistiers idoines. Tels que se profilent déjà les résultats des régionales dans l'Hexagone, je pourrai compter en plus sur le soutien franc et massif de l'ARF (l'Association des régions de France). Ce soutien sera utile, y compris dans l'hémicycle, ces présidents de région étant parlementaires, pour obtenir ce qu'il faudra plaider : une harmonisation performante des compétences, la sécurisation des budgets et leur indexation sur le taux de croissance démographique (3,8% par an), un mode de scrutin équitable et paritaire.
- Le futur président de Région sera-t-il en position de force pour diriger la collectivité unique ?
La conquérir d'abord, la diriger ensuite, puisqu'il y aura de nouvelles élections. Pourquoi le président aurait-il besoin d'une position de force, et contre qui ? Il faudra de l'autorité morale, de la compétence, une réelle capacité d'arbitrage et de décision, un souci permanent de pédagogie. C'est le meilleur cocktail pour imposer des décisions justes et les rendre efficaces.
Rodolphe Alexandre : Nous avons une vision claire des solutions
- Pourquoi vous et pas un autre à la présidence de la Région ?
J'ai du mal à comprendre cette question. Il est d'usage que celui qui brigue la première fonction exécutive d'une institution soit tête de liste. C'est une affaire d'engagement, de responsabilité et de conviction. C'est dans cet esprit que j'ai fédéré des colistiers autour d'un projet de rassemblement non partisan. Cependant, je crois que vous suggérez que la tête de liste peut envisager de laisser la présidence à un de ses colistiers. Cette possibilité que vous évoquez est un hommage rendu à la qualité de composition de notre liste. Votre question traduit le fait que vous avez bien compris le message des électeurs émis depuis les scrutins de 2008 et ceux de 2010, et notamment leur souhait de voir renouveler le fonctionnement du politique. La présidence a une force symbolique, l'essentiel réside dans le mode d'exercice et pour ce qui nous concerne dans la collégialité.
- Combien de temps doit durer cette mandature : deux ou quatre ans ? Pourquoi ?
Les deux durées que vous évoquez représentent un intervalle temporel correspondant à des conjonctures différentes. Le choix, comme l'a indiqué le président de la République, est laissé aux élus. Tout dépendra de la concertation locale. Plus vite nous avancerons, plus courte sera la mandature. D'autres facteurs sont à prendre en compte. Ils dépendent notamment de l'évaluation/bilan/diagnostic.
- Pensez-vous que la France est encore en mesure de venir en aide à ses régions financièrement, et surtout en aide à la Guyane qui connaît un retard structurel ?
Le projet politique et le plan d'actions que notre liste porte est pourtant clair, je ne doute pas que vous en avez pris connaissance. Le partenariat avec l'État ne signifie pas que nous attendons tout de la solidarité nationale. Le choix raisonné que nous avons fait d'une collectivité unique dans le cadre de l'article 73 doit permettre par la sécurisation des financements, la mobilisation de l'exécutif local sur ses compétences et plus particulièrement de mettre en oeuvre sa stratégie de développement pérenne, notamment par l'exploitation de nos ressources. La crise mondiale interpelle sur les capacités de l'État, c'est là une raison de plus pour que nous comptions sur nos propres forces. Elles sont réelles. C'est une vision claire et de la détermination qui ont manqué jusqu'ici. Le temps est venu pour nous de jouer pleinement notre rôle, d'exercer réellement et avec efficacité nos compétences. C'est là que se trouvent les réponses et solutions et non pas dans des interrogations sur les capacités des aides de la France à nous aider comme si nous étions encore au temps des colonies. C'est le prétexte commode de ceux qui prennent l'État comme bouc émissaire de leurs insuffisances.
- Quelles seront vos principales exigences lors des discussions préparatoires à la loi ordinaire de la future collectivité ?
Je suis convaincu qu'après les mouvements sociaux qui ont ébranlé tous les Outre-mers, les états généraux, le Ciom, la mission sénatoriale, le gouvernement est aujourd'hui conscient que des efforts particulièrement importants sont à faire, qu'il reconnaît nos « différences » . Ces différences imposent des adaptations spécifiques à notre territoire. Cela est désormais admis. Il suffit de relire le discours du chef de l'État du 18 février. L'exigence principale est celle du dialogue constructif dans le respect de notre identité, des lois et de la constitution de la République. L'exigence, nous l'avons à l'égard de la Guyane qui doit clairement définir ses besoins et ses attentes, manifester clairement sa volonté de se prendre en main, sans compter sur les aides extérieures. Nous avons une vision claire de ce qui peut et doit être fait, et des solutions.
- Le futur président de Région sera-t- il en position de force pour diriger la collectivité unique ?
Je ne sais pas trop ce que vous entendez par position de force. Contre qui ? Les collectivités sont régies par des règles constitutionnelles, législatives, budgétaires claires. Il faut et il suffit d'une majorité pour gérer une collectivité. Vous pensez sans doute au mode de gouvernance de la nouvelle collectivité unique. Nous serons à la Région pour la préparer. Elle fera l'objet de débats démocratiques avec toutes les forces politiques et les instances représentatives de la société. Il est donc prématuré d'en parler. Ce que l'on peut en dire c'est qu'elle devra prendre en compte la dynamique de la croissance démographique pour ne pas se retrouver confronté à la nécessité de modifications, viser l'efficacité, la performance et la responsabilité des élus politiques. Tirer des plans sur la comète n'est pas notre activité favorite. La présidence de la nouvelle collectivité dépendra, le moment venu, du suffrage des électeurs.