L'ESSENTIEL PRES DE CHEZ VOUS - Ce que le procès n'évoquera pas
La gestion de la mairie de Roura par Claude Polony n'a jamais été un long fleuve tranquille, même quand les faits n'intéressent pas la justice pénale. Qui se souvient de sa conception des ressources humaines ? Plusieurs agents municipaux, qu'il avait licenciés, ont obtenu gain de cause devant le tribunal administratif.
Il était aussi parvenu à semer la zizanie chez les Hmongs, en n'aidant qu'un seul de leurs Nouvel An, la tradition donnant beaucoup de liberté dans la date des festivités. Le tribunal administratif lui a donné tort.
Il y a un an, à quelques semaines des municipales, plusieurs dizaines d'électeurs de Roura découvraient qu'ils avaient été radiés des listes. La plupart ont été réintégrés.
Pendant ces années, outre ces affaires, le dossier Cambior a aussi valu de solides accrochages entre les élus. D'abord opposé, le maire a changé d'avis brutalement, en mars 2007. Son appui n'aura pas suffi. L'affaire en elle-même a pu faire sourire, parfois. Claude Polony a demandé à un médium, qui se faisait payer en champagne, d'influer sur le cours de l'enquête. La juge d'instruction s'est demandée, sans pouvoir le démontrer, si certaines bouteilles n'avaient pas été payées avec des bons communaux.
Si le casier judiciaire de l'ancien maire est vierge, son prédécesseur Claude Ho-A-Chuck, lui-même condamné, garde un mauvais souvenir de l'époque où Claude Polony était son directeur de cabinet. Il l'accuse de s'être fait livrer de la nourriture par des fournisseurs de la commune, d'avoir arnaqué la Caisse d'allocations familiales et d'avoir tenté d'obtenir des pots de vin, au début des années 1990. Ces faits ne sont pas avérés.
Et il y a les absents du procès, comme James Sonigo, le dirigeant d'Orion, SED et Sada. La commune lui a payé des factures mirobolantes. La juge s'est demandée s'il n'y avait pas « un pacte de corruption » entre l'ancien maire et lui, sans pouvoir le démontrer.
Les 30 000 euros retirés en liquide sur le compte du centre socioculturel, entre 2003 et 2006, ne seront pas évoqués. Les enquêteurs les trouvaient suspects. Aucune suite n'a été donnée.
L'ESSENTIEL PRES DE CHEZ VOUS - REPERES
Le 1er octobre 2003.
Embauche de la compagne du maire et début de son premier stage.
13 avril 2004.
Deuxième stage.
15 septembre.
La secrétaire de mairie de Roura alerte le préfet de la situation financière de la commune et de dépenses somptuaires du maire.
8 octobre.
Dans un second courrier, elle dénonce des « magouilles » dans les achats, le contrat d'espaces verts et les embauches.
16 novembre.
La commune vote la vente de la maison communale à son maire Claude Polony. Le même mois, le responsable des services techniques est viré.
10 mars 2005.
Le parquet demande une enquête pour détournements de fonds publics et emplois fictifs.
24 mars.
Troisième courrier au préfet.
14 avril.
Troisième stage de la compagne du maire, titularisée un mois plus tard.
13 juin.
Plusieurs conseillers municipaux écrivent à leur tour au préfet.
15 septembre
Jean-René Polony est nommé directeur de cabinet.
29 novembre.
La Chambre régionale des comptes critiques les finances de Roura.
30 septembre.
Début du stage de Jean-René Polony à Paris, aux frais de la commune.
26 octobre.
Christian Noko, qui a déjà dénoncé la vente de la maison au maire, envoie au procureur des copies des factures que la mairie a réglé à Sada et Orion.
2 novembre.
Claude Polony accorde 4 240 heures supplémentaires à son fils. Le même mois, sa compagne est placée en arrêté maladie.
4 avril 2007.
Six conseillers de la liste de Claude Polony déposent une plainte avec constitution de partie civile contre le maire.
17 mai.
Lors d'une conférence de presse, le maire se défend.
18 mai.
Ouverture d'une information judiciaire pour prise illégale d'intérêts et détournements de fonds publics.
18 juin.
Perquisition à la mairie.
5 octobre.
Claude Polony tente de nouveau d'acheter la maison communale via une SCI avec son fils.
23 novembre.
Perquisition au centre socioculturel dirigé par Jean-René Polony.
27 novembre.
Claude Polony, son fils Jean-René, son cousin André, sa compagne Berthelina John, sa nièce et secrétaire, le directeur de la voirie et un entrepreneur de Cayenne sont placés en garde à vue.
28 novembre.
Claude Polony est mis en examen et placé sous contrôle judiciaire. Le parquet, qui avait demandé l'incarcération du maire, fait appel.
29 novembre.
Berthelina John, Jean-René et André Polony le sont à leur tour. Les autres sont libres. Ce même jour, puis le 3 décembre, Claude Polony appelle un médium pour qu'il influe sur le cours de l'enquête.
12 décembre.
Audition du maire chez la juge d'instruction.
31 janvier 2008.
Claude Polony, qui n'a pas payé sa caution de 100 000 euros, est incarcéré.
8 février.
Le tribunal administratif annule la vente de la maison.
9 mars.
Au premier tour des municipales, il est devancé par la liste de David Riché.
13 mars.
Le maire est écarté de la liste qu'il menait.
14 mars.
Il est libéré.
16 mars.
La liste de son premier adjoint Jocelyn Médaille est battue par celle de David Riché.
9 juin.
La juge d'instruction signe l'ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel de Claude, Jean-René et André Polony, ainsi que de Berthelina John.
2 octobre.
Le procès est reporté à aujourd'hui.
18 décembre.
Le nouveau maire David Riché annonce dans France-Guyaneque la mairie se portera partie civile contre son ancien maire.