jan. 19

Deux jours de procès pour Polony

Pierre-Yves CARLIER France-Guyane 19.01.2009

Durant l'enquête, Claude Polony a passé quarante jours en prison (photos d'archives)

L'ancien maire de Roura est jugé à partir d'aujourd'hui avec trois membres de sa famille pour sa gestion de la commune jusqu'en mars.

Détournements de fonds publics, prise illégale d'intérêts, favoritisme, faux et usage de faux. Voilà ce pourquoi Claude Polony sera jugé aujourd'hui et demain par le tribunal correctionnel de Cayenne. La justice s'intéresse depuis de longs mois aux pratiques de l'ancien maire de Roura, toujours conseiller général (lire ci-contre). Il y a fort à parier que les juges, demain soir, se donneront plusieurs semaines pour rendre leur décision.
Ils vont se pencher sur un éventail très large de ce qui fait le quotidien d'un maire : les nominations et embauche (Claude Polony est suspecté d'avoir favorisé l'emploi de son fils et de sa compagne), les marchés publics (des questions se posent sur le contrat qui liait la commune à l'entreprise du cousin du maire), les conseils municipaux (plusieurs délibérations auraient été trafiquées), la gestion des biens communaux (Claude Polony a tenté d'acheter une maison qui appartenait à la ville et aurait fait payer ses charges par la commune), les achats (ils ont atteint des montants faramineux avec une société de Marseille).
Les juges vont aussi pouvoir faire chauffer la calculette, comme a dû chauffer ce week-end celle de Me Jean-Yves Marcault-Derrouard. L'avocat de l'ancien colistier de Claude Polony et nouveau maire de Roura, David Riché, défend aussi la commune. Il compte demander des dommages et intérêts à son ancien maire, s'il est jugé coupable.
Celui-ci sera défendu par Me François Gay, qui succède à Mes Jean Jean-Joseph et Philippe Edmond-Mariette. Il s'attachera certainement, comme l'avait fait Jean Jean-Joseph dans nos colonnes, à écarter l'ensemble des reproches. Celui-ci a souvent mis en avant des « questions d'interprétation des textes » de loi pour expliquer les pratiques de son client. Il avait précisé que Claude Polony « ne veut pas fuir ses responsabilités » . L'ancien maire aura deux jours pour s'expliquer.
L'ESSENTIEL PRES DE CHEZ VOUS - Ce que le procès n'évoquera pas
La gestion de la mairie de Roura par Claude Polony n'a jamais été un long fleuve tranquille, même quand les faits n'intéressent pas la justice pénale. Qui se souvient de sa conception des ressources humaines ? Plusieurs agents municipaux, qu'il avait licenciés, ont obtenu gain de cause devant le tribunal administratif.
Il était aussi parvenu à semer la zizanie chez les Hmongs, en n'aidant qu'un seul de leurs Nouvel An, la tradition donnant beaucoup de liberté dans la date des festivités. Le tribunal administratif lui a donné tort.
Il y a un an, à quelques semaines des municipales, plusieurs dizaines d'électeurs de Roura découvraient qu'ils avaient été radiés des listes. La plupart ont été réintégrés.
Pendant ces années, outre ces affaires, le dossier Cambior a aussi valu de solides accrochages entre les élus. D'abord opposé, le maire a changé d'avis brutalement, en mars 2007. Son appui n'aura pas suffi. L'affaire en elle-même a pu faire sourire, parfois. Claude Polony a demandé à un médium, qui se faisait payer en champagne, d'influer sur le cours de l'enquête. La juge d'instruction s'est demandée, sans pouvoir le démontrer, si certaines bouteilles n'avaient pas été payées avec des bons communaux.
Si le casier judiciaire de l'ancien maire est vierge, son prédécesseur Claude Ho-A-Chuck, lui-même condamné, garde un mauvais souvenir de l'époque où Claude Polony était son directeur de cabinet. Il l'accuse de s'être fait livrer de la nourriture par des fournisseurs de la commune, d'avoir arnaqué la Caisse d'allocations familiales et d'avoir tenté d'obtenir des pots de vin, au début des années 1990. Ces faits ne sont pas avérés.
Et il y a les absents du procès, comme James Sonigo, le dirigeant d'Orion, SED et Sada. La commune lui a payé des factures mirobolantes. La juge s'est demandée s'il n'y avait pas « un pacte de corruption » entre l'ancien maire et lui, sans pouvoir le démontrer.
Les 30 000 euros retirés en liquide sur le compte du centre socioculturel, entre 2003 et 2006, ne seront pas évoqués. Les enquêteurs les trouvaient suspects. Aucune suite n'a été donnée.
L'ESSENTIEL PRES DE CHEZ VOUS - REPERES
Le 1er octobre 2003.
Embauche de la compagne du maire et début de son premier stage.
13 avril 2004.
Deuxième stage.
15 septembre.
La secrétaire de mairie de Roura alerte le préfet de la situation financière de la commune et de dépenses somptuaires du maire.
8 octobre.
Dans un second courrier, elle dénonce des « magouilles » dans les achats, le contrat d'espaces verts et les embauches.
16 novembre.
La commune vote la vente de la maison communale à son maire Claude Polony. Le même mois, le responsable des services techniques est viré.
10 mars 2005.
Le parquet demande une enquête pour détournements de fonds publics et emplois fictifs.
24 mars.
Troisième courrier au préfet.
14 avril.
Troisième stage de la compagne du maire, titularisée un mois plus tard.
13 juin.
Plusieurs conseillers municipaux écrivent à leur tour au préfet.
15 septembre
Jean-René Polony est nommé directeur de cabinet.
29 novembre.
La Chambre régionale des comptes critiques les finances de Roura.
30 septembre.
Début du stage de Jean-René Polony à Paris, aux frais de la commune.
26 octobre.
Christian Noko, qui a déjà dénoncé la vente de la maison au maire, envoie au procureur des copies des factures que la mairie a réglé à Sada et Orion.
2 novembre.
Claude Polony accorde 4 240 heures supplémentaires à son fils. Le même mois, sa compagne est placée en arrêté maladie.
4 avril 2007.
Six conseillers de la liste de Claude Polony déposent une plainte avec constitution de partie civile contre le maire.
17 mai.
Lors d'une conférence de presse, le maire se défend.
18 mai.
Ouverture d'une information judiciaire pour prise illégale d'intérêts et détournements de fonds publics.
18 juin.
Perquisition à la mairie.
5 octobre.
Claude Polony tente de nouveau d'acheter la maison communale via une SCI avec son fils.
23 novembre.
Perquisition au centre socioculturel dirigé par Jean-René Polony.
27 novembre.
Claude Polony, son fils Jean-René, son cousin André, sa compagne Berthelina John, sa nièce et secrétaire, le directeur de la voirie et un entrepreneur de Cayenne sont placés en garde à vue.
28 novembre.
Claude Polony est mis en examen et placé sous contrôle judiciaire. Le parquet, qui avait demandé l'incarcération du maire, fait appel.
29 novembre.
Berthelina John, Jean-René et André Polony le sont à leur tour. Les autres sont libres. Ce même jour, puis le 3 décembre, Claude Polony appelle un médium pour qu'il influe sur le cours de l'enquête.
12 décembre.
Audition du maire chez la juge d'instruction.
31 janvier 2008.
Claude Polony, qui n'a pas payé sa caution de 100 000 euros, est incarcéré.
8 février.
Le tribunal administratif annule la vente de la maison.
9 mars.
Au premier tour des municipales, il est devancé par la liste de David Riché.
13 mars.
Le maire est écarté de la liste qu'il menait.
14 mars.
Il est libéré.
16 mars.
La liste de son premier adjoint Jocelyn Médaille est battue par celle de David Riché.
9 juin.
La juge d'instruction signe l'ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel de Claude, Jean-René et André Polony, ainsi que de Berthelina John.
2 octobre.
Le procès est reporté à aujourd'hui.
18 décembre.
Le nouveau maire David Riché annonce dans France-Guyaneque la mairie se portera partie civile contre son ancien maire.
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24 mai 2012