SAMEDI 5 & DIMANCHE 6 DÉCEMBRE 2009
Des jeunes « chercheurs » guyanais aux Nouragues
Kerwin ALCIDE
France-Guyane
05.12.2009
Après des mois de travail en classe, Laurie a lâché le ballon conçu avec ses camarades de projet (KA)
Six élèves du lycée Léon-Gontran-Damas ont mené des expériences pendant trois jours dans la réserve naturelle des Nouragues dans le cadre d'un projet initié par le Cnes, le CNRS et le rectorat. Une première scientifique pour des élèves guyanais.
Jeudi, 10h30. Les doigts de Laurie laissent enfin s'échapper la nacelle du ballon expérimental qui s'éloigne, en évitant les arbres. Laurie reçoit les félicitations de ses camarades de projet alors que Lucas file rapidement vérifier que les instruments embarqués à bord de la nacelle émettent correctement. Laurie, chef de vol, et Lucas sont deux élèves de seconde MPI (Mesures physiques et informatiques) du lycée Léon-Gontran-Damas. Et ils ont été sélectionnés pour participer à ce projet à la station des Nouragues, site Inselberg, au pied de la colline granitique qui culmine à plus de 400 mètres. Ils avaient en charge le projet « ballon stratosphérique » . Quatre autres élèves chargés de deux projets distincts sont aussi de cette expédition qui a pris fin, en tout cas sur le terrain, hier matin. « Ce projet est né suite aux voyageurs des fleuves » , explique Mathilde Savreux du Centre national d'études spatiales (Cnes). L'an passé, Stéphane Lévin, explorateur, avait sillonné la forêt guyanaise en compagnie de six élèves toulousains. Trois classes guyanaises avaient été associées à une partie de cette expérience. « L'aventure avec Stéphane Lévin s'est terminée ici » , poursuit Mathilde Savreux, en indiquant le camp scientifique. Mais jamais des élèves guyanais n'avaient eu l'occasion de mettre le pied dans ce camp de recherche mondialement connu. Du coup, le rectorat, le Cnes et le CNRS (Centre national de la recherche scientifique), qui gère les Nouragues, ont cherché « à faire aborder la science de manière ludique et peut-être créer des vocations » parmi les jeunes Guyanais. Le projet Nouragues 2009 est ainsi né avec le lycée Léon-Gontran-Damas, établissement labélisé « lycée de l'Espace » . Gabrielle surveille la pollution
« Ce projet m'a tout de suite intéressée. Ce n'est pas tous les jours qu'on peut faire ça » , confesse Gabrielle, du haut de ses 14 ans. Elle émarge en seconde MPI. Pendant des mois, elle a travaillé sur le projet « calisph'air » dont le but était de « mesurer l'intensité lumineuse et la qualité d'aérosol dans l'air, pour voir la pollution » . Parallèlement aux mesures prises par Gabrielle et Maxime aux Nouragues, d'autres élèves ont récolté des données à Camopi, à Rémire-Montjoly et à Nice. « Cette expérience me permet de savoir ce que je veux faire plus tard » , poursuit la jeune fille qui envisage de s'orienter vers la recherche. Pourtant, dans sa famille, personne ne travaille dans cette branche, si ce n'est un frère en terminale scientifique. Et si ce déplacement de trois jours à la station des Nouragues « permet de toucher du doigt la réalité de la recherche » , celle qui se passionne aussi pour la danse reconnaît que le séjour est dur. « Rien ne sèche à cause de l'humidité » . Mais cela ne semble pas être un frein pour cette jeune fille qui a beaucoup apprécié cette démarche visant à sensibiliser les jeunes aux carrières de la recherche. Désormais c'est à Gabrielle et aux autres à sensibiliser leurs camarades restés à Cayenne. Bilan d'expérience
Pas moins de trois classes et les membres du club des astronomes ont participé à ce projet, soit 65 élèves en tout. « Tous les élèves ont participé » , confirme Gabrielle. Lâché par Laurie et Lucas en pleine forêt guyanaise, le ballon et la nacelle ont été concoctés par les élèves chargés de ce projet. Comme les mesures de l'atmosphère dans le cadre du projet « calisph'air » ont été réalisées à tour de rôle par les élèves du projet. Mais à cause du coût, tout le monde ne pouvait se rendre aux Nouragues. « Il fallait faire une sélection » , concède Christophe Heyrend, professeur au lycée mais surtout chargé de mission « Espace » au rectorat. La sélection s'est faite selon deux critères : culture générale sur la Guyane et motivation et implication dans le projet. « Les élèves devaient nous expliquer dans une lettre de motivation pourquoi ils voulaient aller sur le terrain » , explique l'enseignant, avant d'ajouter : « Des élèves qui avaient eu plus de points n'ont pas voulu venir par peur de la forêt ou peur de l'éloignement des parents » . C'est donc maintenant à Laurie, Lucas (ballon stratosphère), Maxime et Gabrielle (calisph'air), Alexandre et Joannés (observations astronomiques hors de toute pollution lumineuse) de transmettre cette expérience aux autres élèves de l'établissement. Voire au-delà...
Gabrielle, qui compte s'orienter vers une carrière dans la recherche, a beaucoup apprécié son séjour.- Plus de photos sur franceguyane.fr SAMEDI 5 & DIMANCHE 6 DÉCEMBRE 2009 - Repères
200 kilos de matériel
Les élèves sont montés au site inselberg avec près de 200 kilos de matériel pour mener à bien les différentes expériences. Pour atteindre le site, ils sont passés par l'Approuague et par Pararé, l'autre site des Nouragues. Mais c'est en hélicoptère que le matériel a été déposé sur place.
Un film à prévoir
Après « L'espace au fil du fleuve » , film réalisé par le Cnes suite à des opérations sur le fleuve Oyapock l'an passé, « Nouragues 2009 » , le nom provisoire, sera aussi un film. Il sera présenté en mars prochain.