Concurrence précoce pour le port de l'Ouest
Thomas FETROT
France-Guyane
28.01.2009
Le port de Moengo est situé à 40 km de la frontière (Google Earth)
Tandis que la Communauté des communes de l'Ouest guyanais cherche à développer l'activité du port de l'Ouest, la société Traymore tente de séduire les entrepreneurs en mettant à disposition ses installations portuaires situées à Moengo.
Les publicités distillées ici et là en décembre dernier sont - presque - passées inaperçues. Pourtant, tandis que le blocus du département né du mécontentement des usagers vis-à-vis du prix du carburant s'éternise, une société surinamaise en profite pour se faire connaître. L'occasion est trop belle, au coeur d'un conflit qui fait resurgir les difficultés liées à la présence d'un seul et unique port de commerce en Guyane. Pour le propriétaire du port de Moengo, la société Traymore, il s'agit du moment idéal pour s'afficher et ainsi proposer une mise à disposition de ses installations portuaires. Située à 40 kilomètres d'Albina, la nouvelle structure brasse large afin de favoriser son développement. Une concurrence aussi précoce qu'inopportune pour le port de l'Ouest, qui ne dispose toujours pas des moyens nécessaires à la mise en place d'une activité d'importance.
Depuis 2002, année du transfert de la gestion et de l'exploitation du port par arrêté préfectoral, la Communauté des communes de l'Ouest guyanais se heurte à un problème récurrent. En l'occurrence, le dragage du chenal, qui se trouve sous la responsabilité de l'Etat. Cette opération permettrait aux cargos à fort tonnage de naviguer jusqu'à Saint-Laurent afin de décharger leurs marchandises. Coût estimé des travaux, pour le déblaiement d'environ 350 000 tonnes de matériau sablo-vaseux : trois millions d'euros. Reste alors l'acquisition des équipements indispensables aux déchargements des bateaux. Certaines propositions ont déjà été émises dans ce sens. Notamment par une société surinamaise désireuse de récupérer les tonnes de déblais. Des sollicitations restées sans suite. Mais l'émergence d'une concurrence venue de Moengo contraint la CCOG ainsi que les dix-sept sociétés réunies au sein de la société d'économie mixte locale créée en 2002 à accélérer le tempo.
Le port de l'Ouest est sous la menace du port de Moengo (photo d'archives)
Un constat également formulé par le président de l'association des commerçants chinois de Saint-Laurent, Alain Chung. Certes, il ne compte pas parmi les administrateurs du port de l'Ouest. Mais l'intérêt porté par l'ensemble des commerçants pour le développement d'une activité portuaire à Saint-Laurent, ainsi que le danger que représente l'émergence d'un port privé à Moengo conjuguée aux divers projets qui émanent de Paramaribo l'incitent à appuyer des prises de décisions rapides à l'Ouest. « Avoir un port nous apporterait une autonomie, affirme-t-il. Mais toujours en complémentarité avec le port de Dégrad-des-Cannes. Ca n'est pas une contradiction. Par ailleurs, la mise à disposition d'une telle infrastructure par une initiative publique va inciter les entrepreneurs privés à se lancer. De la même manière, les petits commerçants locaux pourraient passer leurs commandes en se regroupant, ce qui deviendrait viable et rentable pour eux. Et s'ils font des économies, ça se retrouvera dans le panier de la ménagère. » Autre avantage : celui de se délester d'une infraction régulière en matière de transport routier.
Un problème déjà soulevé à plusieurs reprises par la présidente du port de l'Ouest, Sophie Charles. Avoir la possibilité de se ravitailler en carburant en débarquant directement à Saint-Laurent éviterait quelques convois de camions citerne. Car ceux-ci, quand leurs cuves sont pleines, dépassent bien souvent les 30 tonnes. Or la plupart des ponts qui ont été construits entre Cayenne et Saint-Laurent ne peuvent supporter une charge supérieure à 26 tonnes. Du coup, les fréquents passages des poids lourds entraînent fatalement leur dégradation.
Néanmoins, pour l'heure, les uniques préoccupations demeurent le dragage du chenal et l'acquisition des structures nécessaires à l'accueil des navires. Des dossiers sur lesquels la CCOG va encore devoir plancher.
Les ponts entre Cayenne et Saint-Laurent ne sont pas conçus pour le passage de poids lourds de plus de 26 tonnes (T.F.)
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Moengo fait sa pub
« Traymore S. A. propose déjà de mettre ses installations portuaires à la disposition du trafic de marchandises vers la Guyane française, entre autres, le transit depuis l'Europe (France, les Pays-Bas, le Portugal, l'Espagne, etc.) ou depuis le territoire caraïbe (les Antilles françaises, Trinidad), le Brésil, le Guyana, jusqu'à Albina ou Saint Laurent. » Propriétaire du port de Moengo depuis 2005, la société Traymore brasse large. Cela dit, à en croire ses communiqués, elle n'a pas lésiné sur les investissements et entend développer au plus vite son activité. Le port comporterait un complexe de 21 hectares d'entrepôts, deux appontements dont un pour les pétroliers doté d'un stockage spécial, et une aire d'entrepôt de 5 000 m2 de hangar.
Le port a été créé par la société Suralco pour l'approvisionnement en marchandises et l'exportation de bauxite. Il a été racheté en 2005 par Traymore S. A., rénové et certifié par l'ISPS (International Ship and Port Facility Security Code, le code International pour la sécurité des navires et des installations portuaires) en 2007, et a été officiellement ouvert le 19 avril 2008. Son développement se heurte toutefois à certaines difficultés, comme par exemple l'état déplorable de la route qui relie Albina à Paramaribo.