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30 ans, Ariane à l'âge de la maturité

Kerwin ALCIDE France-Guyane 23.12.2009

Le 24 décembre 1979 à 14 h 24, le premier lanceur Ariane 1 décollait depuis Kourou avec à son bord un satellite de l'Agence spatiale européenne. Depuis, les lancements se sont succédé avec leur lot de réussites et quelques échecs.

Trente ans après son premier envol depuis le Centre spatial guyanais qui a donné à l'Europe son autonomie d'accès à l'espace, la fusée Ariane est un succès commercial malgré la concurrence de plus en plus vive de rivaux moins chers, comme les Chinois. À ce jour, il y a 193 lancements d'Ariane. Quelque 238 satellites de télécommunications (sur 277 au total) ont été placés en orbite, dont beaucoup en double lancement, une spécialité des fusées Ariane qui emportent sous leur coiffe deux satellites à la fois.
Le 24 décembre 1979, le premier vol d'essai du programme Ariane, décolle après une première tentative infructueuse neuf jours plus tôt. Démarré en 1973 après un refus américain de lancer des satellites européens à visée commerciale, le programme Ariane tire les leçons des échecs à répétition de son prédécesseur Europa en se dotant d'une maîtrise d'ouvrage, confiée au Centre national d'études spatiales (Cnes) français. À côté des lancements institutionnels de satellites scientifiques ou militaires, les lancements commerciaux ont pris de l'importance avec Ariane 4, dont le programme est décidé au niveau européen en 1982.
Pour le gros lanceur Ariane 5, « les dates clés sont 1984, lorsque la France a commencé à réfléchir à un avant-projet, 1987, quand l'Europe a décidé ce projet, 1996 avec le premier vol » , a détaillé Jean-Yves Le Gall, Président-directeur général d'Arianespace. La possibilité, très coûteuse, de permettre à ce lanceur d'envoyer des astronautes dans l'espace, a été abandonnée dans les années quatre-vingt-dix. « Le programme Hermès est mort parce que l'Europe n'avait pas vraiment la volonté politique » , se remémore Gérard Bréard, directeur technique Astrium Space Transportation.
Ariane, la qualité des services
Après un premier échec en 1996 et un autre lors du premier tir de la version lourde ECA en 2002, Ariane 5 s'affirme avec 35 tirs réussis d'affilée à ce jour. Arianespace a tiré les leçons de ces difficultés de jeunesse en se spécialisant dans l'organisation des lancements et les services aux opérateurs de satellites, tandis qu'Astrium, la filiale espace du groupe européen d'aéronautique et de défense EADS, assure la maîtrise d'oeuvre pour la construction du lanceur.
Ariane 5 demeurera le lanceur unique pour les gros satellites dans les 10 à 15 ans qui viennent, en attendant un futur Ariane 6. En Guyane, les capacités européennes seront complétées pour les charges plus légères par le lanceur russe Soyouz dont le pas de tir est en cours d'achèvement, ainsi que par le lanceur de conception italienne Vega pour les satellites les plus petits.
Dans un contexte de concurrence planétaire de plus en plus vive marqué notamment par l'émergence de la Chine sur le marché des lanceurs de satellites, Arianepace mise sur la qualité de ses services. « Il y a une pression très forte sur les prix : aujourd'hui, nous vendons beaucoup plus cher que nos compétiteurs, reconnaît Jean-Yves Le Gall. Néanmoins, nous faisons la course en tête : nous aurons encore fait une très bonne année 2009 au niveau de la prise de commandes parce que nous garantissons la fabilité, la disponibilité, et l'interface unique pour nos clients » .
« Le double lancement « permet de diminuer l'écart de prix mais la bataille est rude » , juge Gérard Bréard pour lequel ce principe n'a pas que des avantages, car les « opérateurs sont aujourd'hui avant tout des financiers » . Et « voir son satellite stocké en attendant le copain, c'est de l'argent qui dort » .
Le premier tir d'Ariane avait fait la Une de France-Guyane (DR)Le premier tir d'Ariane avait fait la Une de France-Guyane (DR)
Ariane-5 poursuit son développement
L'Agence spatiale européenne (ESA) va confier 150 millions d'euros sur 2 deux ans à EADS Astrium pour développer une nouvelle version du lanceur Ariane 5 augmentant de 10 tonnes à 12 tonnes sa capacité de mise en orbite de satellites. La décision de financer le développement de cette évolution du lanceur commercial européen avait été prise lors de la conférence ministérielle de l'ESA à La Haye, fin 2008.
« Les équipes d'Astrium Space Transportation travaillent sur un étage supérieur du lanceur entièrement nouveau » qui comportera un nouveau moteur Vinci ré-allumable, précise le groupe européen. Après la phase de développement, la décision de construire le nouveau lanceur, baptisé Ariane 5 ME (contre Ariane 5 ECA pour la version actuelle), doit être prise à la prochaine conférence ministérielle de l'ESA en 2011, pour une utilisation à partir de 2017. Le chef de l'État français Nicolas Sarkozy a souhaité en juin dernier que soient également prises en 2011 les premières décisions pour construire une nouvelle génération de lanceurs, Ariane 6, pour un envol dans les années 2020.
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24 mai 2012