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« Une histoire d'une violence indicible, mais aussi d'une extrême beauté »

Propos recueillis par FXG Samedi 12 mai 2018
« Une histoire d'une violence indicible, mais aussi d'une extrême beauté »
Christiane Taubira, jeudi à Paris (FXG)

À l'occasion de la journée nationale des mémoires de la traite, l'esclavage et leurs abolitions, France-Guyane a rencontré Christiane Taubira, l'ancienne ministre à l'origine de la loi mémorielle de reconnaissance par la France en 2001 de l'esclavage comme crime contre l'humanité.

Regrettez-vous l'absence du président Emmanuel Macron ?
Ce n'est pas tout à fait la première fois qu'un président ne vient pas. Nicolas Sarkozy, une fois, avait délocalisé la cérémonie et c'est vrai que les codes protocolaires ne sont pas que des codes mondains, ils fournissent aussi les références symboliques et conceptuelles et on a lieu de s'interroger sur la présence du président de la République au Panthéon le 27 avril pour honorer, à juste titre, la mémoire des grands abolitionnistes français (le président a célébré la journée du 10 mai en avance (le 27 avril) car il ne pouvait être présent jeudi, retenu en Allemagne où il a reçu le prix Charlemagne, ndlr).
Vous dénoncez ?
Je ne dénonce pas parce qu'en ces circonstances, j'évite les polémiques. Je pense qu'elles sont inutiles, stériles et malfaisantes. Je ne dénonce pas, mais je considère qu'on a lieu de s'interroger. Il faut se demander s'il n'y a pas à nouveau ce regard qui rétrécit cette histoire de luttes d'une très grande violence, d'une très grande souffrance, qui la réduit à des décrets d'abolition en en faisant le point de fixation. Ces décrets sont importants! Ils révèlent l'éthique, la probité, le courage de grands hommes tels que Schoelcher ou l'abbé Grégoire avant lui. Mais il ne suffit pas de montrer que la seule face lumineuse de cette histoire serait les décrets d'abolition, non, c'est une histoire de résistance, de combativité, de créativité et riche d'enseignement.
Une journée de commémoration quand l'ancienne ministre Georges Pau-Langevin évoque un mois des mémoires...
Il y a eu de nombreux débats stériles autour de ce combat pour instaurer une journée nationale. Mais la loi ne fait pas que ça! La loi, dans son article 2, prévoit l'enseignement de cette histoire, l'encouragement de la recherche et de la coopération. C'est elle aussi qui crée le Comité national pour l'histoire et la mémoire de l'esclavage, c'est donc un texte de loi avec des dispositions normatives. Et à l'époque, il y a eu des débats sur les dates! Là, c'est une date de célébration nationale au coeur des institutions et elle ne fait pas ombrage aux autres dates! Mais je pense effectivement qu'il faut un mois de la mémoire plutôt que de se battre pour telle ou telle date. Le mois de mai s'y prête, mais ça n'est pas suffisant un mois pour mettre en lumière tout ce que cette histoire nous apporte, toutes les traces qu'elle a encore laissées aujourd'hui.
À quelles traces pensez-vous ?
Je pense aux langues créoles, aux religions syncrétiques qu'on trouve sur tout le continent américain et toute la Caraïbe... Je pense encore à toute cette cosmogonie et toutes ces histoires orales, l'oraliture, cette transmission de savoirs, de cultes, de cultures qui, après, a nourri la littérature écrite qui vient de la Caraïbe aussi bien francophone qu'anglophone. Il y a une créativité absolument phénoménale. Il y a une contribution au patrimoine culturel de l'humanité et je pense qu'un mois où l'on consacrerait des efforts à voir les traces dans la peinture d'aujourd'hui, les sculptures, la littérature, les contes, mais également dans les rapports à l'environnement, la pharmacopée... Cela montrerait que c'est effectivement une histoire d'une extrême violence, d'une violence indicible, mais c'est aussi une histoire d'une extrême beauté parce qu'il y a eu une créativité sans limite!
L'intitulé du prix des lycéens de la flamme de l'égalité, Esclave d'hier, migrants d'aujourd'hui, vous a interpellé, pourquoi ?
On ne peut pas mettre une équivalence avec la situation des réfugiés, des migrants d'aujourd'hui, avec celle des esclaves, mais il y a un continuum dans la sensibilité, c'est-à-dire que comprendre la situation des esclaves nous aide à refuser la situation des migrants.
Propos recueillis par FXG, à Paris
Propos recueillis par FXG, à Paris
Cinq dates en une
La question de la date s'est posée jusque dans les allées du jardin du Luxembourg où a eu lieu jeudi, la commémoration officielle des mémoires de la traite. Instaurée en 2006, la journée du 10 mai correspond à la date de promulgation de la loi dite Taubira de reconnaissance de l'esclavage comme crime contre l'humanité, en 2001. Elle ne s'aligne pas sur les dates de l'abolition des territoires ultramarins : le 27 avril pour Mayotte, le 22 mai pour la Martinique, le 27 mai pour la Guadeloupe, le 10 juin pour la Guyane et le 20 décembre pour La Réunion.

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