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MARTINIQUE

La consommation de drogue estimée grâce aux eaux usées

C. EVERARD Mardi 03 juin 2014
Prélèvements dans les eaux usées, effectués notamment par Damien Devault (à droite), chercheur de l'UAG (FAM)

À partir de l'étude des eaux de station d'épuration, des chercheurs ont déterminé la quantité de drogue absorbée par la population martiniquaise. En tête : la cocaïne et le cannabis, à des niveaux records.

Comment évaluer la quantité de stupéfiants absorbés par une population ? Les études sur les toxicomanes, les taux de mortalité ou les différentes données existantes ne suffisent pas : elles souffrent d'imprécisions et demandent du temps. Les chercheurs européens et américains ont donc développé une autre méthode, plus efficace : ils prélèvent des échantillons d'eaux usées dans les stations d'épuration, afin de les analyser pour remonter aux populations. En effet, les drogues consommées sont éliminées par les selles, les urines et les cheveux.
L'année dernière, l'université des Antilles-Guyane, associée à Odyssi (1), s'est donc intéressée aux stations d'épuration de l'agglomération foyalaise. Il s'agissait de l'étude Senau (Stupéfiants dans le réseau d'épuration de l'aire urbaine de Fort-de-France). Les eaux usées brutes, c'est-à-dire les eaux du tout-à-l'égout qui arrivent dans les stations d'épuration, ont ainsi été analysées au mois de mai 2013.
50 000 HABITANTS CONCERNÉS
Les résultats étaient édifiants : les concentrations en cocaïne (consommée ici sous forme de crack) et de THC-COOH (molécule dérivée du cannabis que l'on retrouve dans les eaux usées) étaient respectivement égales à 2, 5 et 35 fois la moyenne mondiale!
Les chercheurs, menés par Damien Devault, sont ensuite allés plus loin : à partir de ces premiers chiffres, ils sont remontés à la quantité de drogue consommée par habitant. Les stations d'épuration prélevées, Dillon, Pointe des Nègres et Godissard, concernent environ 50 000 habitants (c'est-à-dire la moitié des habitants de l'agglomération, l'autre moitié n'étant le plus souvent raccordée à rien ou à des fosses septiques défectueuses).
En appliquant une équation un peu complexe, ils sont arrivés à obtenir plusieurs résultats majeurs (voir ci-contre). Les protocoles appliqués sont les mêmes que ceux qui l'ont été dans des pays européens, dont l'Hexagone, ce qui permet d'établir des comparaisons relativement fiables.
Ces études doivent se poursuivre dans le temps afin d'être confortées et approfondies. Le devenir de toutes ces molécules dans l'environnement est inconnu. Les chercheurs voudraient notamment savoir si les traitements appliqués en station d'épuration ont un effet sur les molécules de drogue, les eaux traitées étant ensuite rejetées en mer.
C. EVERARD(France-Antilles Martinique)
(1) Groupe de recherches Biosphères de l'EA929 (AIHP-Geode) de l'UAG, associé à l'UMR 8079, CNRS, Agro-ParisTech.
Pas une consommation festive
Les chercheurs se sont intéressés à la période de consommation des drogues en diversifiant les moments de prélèvements. Dans certaines villes européennes, il s'est avéré que la consommation de cocaïne est plus importante le week-end qu'en semaine, ce qui laisse présager une consommation festive. En Martinique, la consommation semble être la même, quel que soit le jour de la semaine, que ce soit pour la cocaïne ou le cannabis.
LES RÉSULTATS
Cocaïne : 1 gramme de cocaïne par jour pour 1 000 habitants
Avec des variations allant de 0,8 à 2,6 grammes de cocaïne par jour pour 1 000 habitants, la cocaïne place la Martinique à des niveaux équivalents de ville comme Anvers ou Amsterdam. Dans l'Hexagone (où la cocaïne est prisée par le nez), la moyenne est 0,16 gramme par jour pour 1 000 habitants, avec des pointes dans le Nord à 2,4.
Cannabis : consommation importante
La consommation de cannabis est estimée à des valeurs entre 20 et 47 grammes par jour pour 1 000 habitants. La valeur moyenne dans l'Hexagone est de 8, avec des pointes à 90 dans le Nord concordant avec un événement festif dans la ville. En Martinique, la consommation a lieu toute la semaine.
Les autres drogues absentes
17 molécules ont été recherchées, certaines étant des métabolites (dérivées) de molécules-mères. L'héroïne, la morphine et les amphétamines, notamment, n'ont pas ou peu été détectées.
Les limites de l'étude
Cette étude, première du genre en Martinique, connaît certaines limites, soulignées par les chercheurs. Le taux d'excrétion de la cocaïne et de ses métabolites, lorsqu'elle est consommée sous forme de crack, n'est pas bien connu. L'effet de la température ambiante n'est pas connu non plus, en comparaison avec les villes européennes étudiées. Enfin, certains fument le crack non pas en y ajoutant de l'eau dans leur pipe, mais du rhum. L'effet sur la dégradation de la cocaïne n'est pas connu, avec cette méthode.
Sur la route de la cocaïne
L'objet de l'étude n'est pas de décortiquer les causes sociales et économiques de la consommation de drogue. Toutefois, deux points sont mis en avant. D'abord, les stations desservant les quartiers de plus bas niveau socio-économique présentent une quantité de drogues plus importantes que celles desservant des quartiers de classes sociales moyenne et supérieure (non cités nommément dans l'étude). Par ailleurs, l'étude souligne que la Caraïbe est un hub pour le trafic mondial de cocaïne entre l'Amérique du Sud et l'Europe. Cette situation contribue à une consommation importante. La Réunion n'est pas touchée par ce fléau.

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