Rappelant que «cette terre a vu naître Aimé Césaire, Frantz Fanon, Edouard Glissant», qu’elle a été «aimée par des hommes aussi admirables que furent Victor Schœlcher, André Breton, Léopold Sedar Senghor, Claude Lévi-Strauss, et de manière plus proche encore, par Léopold Bissol, Georges Gratiant, ou Camille Darsières», Serge Letchimy indique que «tous ont combattu la pire des France: celle qui justifiait les conquêtes et les exploitations».
«Cependant», relève-t-il, «je n’ai jamais entendu un seul de ces hommes lister ces attentats pour décréter que la civilisation européenne, ou que la culture française, serait inférieure à n’importe quelle autre. Je ne les ai jamais entendus prétendre que le goupillon de la chrétienté (qui a sanctifié tant de dénis d’humanité) serait plus primitif que tel bout liturgique d’une religion quelconque.»
Selon Serge Letchimy, Claude Guéant a perdu «la légitimité dont a besoin [sa] prestigieuse fonction», en pratiquant les «chasses à l’immigré (qu’il soit en règle ou non)», ou en hiérarchisant «sans regrets ni remords» les cultures et les civilisations. «Vous portez atteinte à l’honneur de ce gouvernement, et à l’image d’une France qui visiblement n’est pas la vôtre, mais que nous, ici, en Martinique, avons appris à respecter», ajoute Serge Letchimy dans sa lettre ouverte (lire ci-dessous).
Ainsi, prévient le député apparenté SRC, «fouler le sol martiniquais, c’est toucher une terre que des hommes comme Aimé Césaire ont fécondé de leur sang. Un sang qui s’est toujours montré soucieux de l’humanisation de l’homme, du respect des civilisations et de leurs différences.»
«Ce serait donc comme une injure à leur mémoire, à leur pensée, à leurs actions, que de vous laisser une seule minute imaginer que vous serez le bienvenu ici.», ajoute-t-il.
Lettre ouverte de Serge Letchimy adressée à Monsieur Claude GUEANT, ministre de l'intérieur
M. le Ministre,
Votre venue en Martinique dans les jours qui viennent, m’oblige à vous rappeler que cette terre a vu naître Aimé Césaire, Frantz Fanon, Edouard Glissant. Qu’elle a été aimée par des hommes aussi admirables que furent Victor Schœlcher, André Breton, Léopold Sedar Senghor, Claude Lévi-Strauss, et de manière plus proche encore, par Léopold Bissol, Georges Gratiant, ou Camille Darsières, pour ne citer que quelques-uns de nos grands politiques.
Ces hommes furent de grands humanistes. Leur vie et leurs combats se sont situés en face de ces crimes que furent la traite, l’esclavage, les génocides amérindiens, les immigrations inhumaines, ou la colonisation dans tous ses avatars… Tous ont combattu la pire des France : celle qui justifiait les conquêtes et les exploitations, et bien d’autres exactions dont les cicatrices sont inscrites dans nos paysages. Cependant, je n’ai jamais entendu un seul de ces hommes lister ces attentats pour décréter que la civilisation européenne, ou que la culture française, serait inférieure à n’importe quelle autre. Je ne les ai jamais entendus prétendre que le goupillon de la chrétienté (qui a sanctifié tant de dénis d’humanité) serait plus primitif que tel bout liturgique d’une religion quelconque.
Toujours, ces hommes ont établi la distinction entre cette France de l’ombre et la France des lumières. Pour combattre l’ombre qui menaçait leur humanité même, ils se sont référés à la France de Montaigne, de Montesquieu, de Pascal, de Voltaire, de Condorcet ; à celle qui s’est battue pour abolir la traite, puis l’esclavage, qui a supprimé la peine de mort du code de ses sentences ou qui a accordé aux femmes le droit de vote et celui de disposer de leur maternités… A s’en tenir à votre logique, ils auraient eu mille raisons de condamner la civilisation occidentale, et de renvoyer aux étages inférieurs bien des cultures européennes.
Voyez-vous M Guéant, vos chasses à l’immigré (qu’il soit en règle ou non), ou la hiérarchisation que vous célébrez sans regrets ni remords entre les cultures et les civilisations, vous ont enlevé la légitimité dont a pourtant besoin votre prestigieuse fonction. Vous portez atteinte à l’honneur de ce gouvernement, et à l’image d’une France qui visiblement n’est pas la vôtre, mais que nous, ici, en Martinique, avons appris à respecter.
Victorin LUREL révolté par les propos du ministre de l’Intérieur sur une prétendue inégalité des civilisations
Le député et président de la Région Guadeloupe, Victorin LUREL fait part du sentiment de révolte que lui inspirent les propos tenus ce week-end par le ministre de l’Intérieur, Claude GUEANT, sur une prétendue inégalité entre les civilisations, qui est en totale contradiction avec les valeurs universelles que porte la République. ??
Depuis deux jours, Victorin LUREL a espéré qu’un sursaut républicain finirait par animer le ministre de l’Intérieur en le poussant à exprimer des regrets, surtout après que plusieurs ministres et parlementaires de la majorité ont pris leur distance avec ces propos choquants.
« Rien n’est hélas venu », déplore le député et président de la Région Guadeloupe. ??« Au contraire, M. GUEANT continue de s’ériger en une curieuse agence de notation des civilisations. Sans l’once d’une contrition, il persiste et signe dans une rhétorique qui dresse les citoyens les uns contre les autres en y ajoutant une dose choquante d’hypocrisie lorsqu’il déclare qu’il ne visait personne en particulier », estime Victorin LUREL pour qui, en campagne électorale, on ne peut pas dire n’importe quoi pour attirer les voix des xénophobes partisans du Front National. ??
Après de telles déclarations, les conditions ne paraissent pas réunies pour que le député et président de la Région Guadeloupe accueille le ministre de l’Intérieur lors de sa venue en Guadeloupe prévue la semaine prochaine.