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Vous avez la parole

Si la Guyane allait s'allonger sur le divan du psy...

Mardi 18 avril 2017
Ça ne va pas fort, docteur.
Il faut dire que j'ai beaucoup souffert, depuis ma naissance, à chaque tournant de mon existence, et de tous mes membres amérindiens, africains, européens...
Mes fantômes n'en finissent pas d'agiter leurs chaînes. Et puis mes enfants adoptifs m'ont apporté d'ailleurs leurs propres douleurs. J'ai tout absorbé - les catastrophes naturelles, les guerres civiles, la misère, les chagrins de la vie. Car je suis généreuse, accueillante. J'ai su réparer, consoler. Je suis terre d'espoir et de nouveaux départs. Mais j'ai mal, et moi, qui me consolera ?
J'ai mal de mon identité incertaine. C'est vrai, je l'avoue, je ne sais pas trop qui je suis. Mon passeport me déclare département, pourtant je me sens pays... et parfois même continent - de l'Amazone à l'Orénoque, je me ressemble tant...
Suis-je caribéenne, amazonienne, américaine, européenne ?
Suis-je française, docteur ? J'ai sincèrement souhaité l'être. Considérez par exemple tous les efforts et sacrifices que j'ai faits pour envoyer mes enfants à l'école, prenant ainsi le risque de les voir s'en aller, peut-être même m'oublier... et on me dit maintenant qu'ils sont les derniers de la classe!
J'ai mal de cette relation plus qu'ambiguë avec ma mère France. Certes, elle m'a officiellement reconnue, mais m'a-t-elle jamais aimée ? Elle est si lointaine, hautaine... On m'accuse d'être vénale, on me reproche ces milliards que je réclame, sans comprendre que je demande simplement à être considérée, moi Guyane, et telle que je suis. Je me sens toujours la bâtarde. Pourtant ma mère France ne m'a pas ménagée et elle me doit beaucoup. Peut-être que le temps est venu pour moi de quitter son giron, puisqu'elle me signifie son indifférence ? Mais je peine à couper le cordon. J'aurais voulu au moins de saines explications. J'aurais voulu qu'un jour elle me demande pardon.
Mais ce n'est pas tout, Docteur. Mes propres enfants me font la vie dure. Ils sont tous nés de pères différents - moi, cela ne me dérange pas... eux, si, quoi qu'ils prétendent. Ils savent pourtant s'unir si je suis menacée. Ainsi, le 28 mars 2017, ils ont organisé pour moi une mémorable réunion de famille. J'en ai pleuré de joie. Hélas, une fois la fête finie, chacun s'est replié de son côté. J'aurais dû m'en douter... En général, ils se bagarrent peu, mais ils s'ignorent. Je les sens jaloux les uns des autres. Leur amour pour moi est exclusif, chacun revendique le monopole, un droit d'aînesse, chacun voudrait être le fils préféré. Et mes adoptés peinent à asseoir leur légitimité. Ils me fatiguent, tous autant qu'ils sont... si j'osais, je leur dirais : « Aimez-moi un peu moins... mais un peu mieux... »
Gwayana, royaume d'eau et d'arbres... terre sans nom ?... - vous noterez docteur que même l'origine de mon nom reste énigmatique... C'est vrai, il y a en moi une part de mystère, quelque chose de flottant, d'insaisissable... Chez moi tous les possibles sont ouverts et l'improbable peut advenir. N'est-ce pas ce qui fait mon charme ? Je ne suis pas si fragile qu'il y paraît. Si parfois je ressemble à un songe, j'existe bel et bien, je ne vais pas m'évaporer comme brume sur le fleuve au petit matin. Alors j'aimerais que mes enfants s'ouvrent les uns aux autres avec confiance, sans cette peur maladive de me perdre, de se perdre...
Qu'en pensez-vous, docteur ?
Yanna, de Pâques

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