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N'est pas « Orpailleur » qui veut

Jacques Sabatier France-Guyane 15.03.2010

Je viens de voir « Orpailleur » et je suis envahi à la fois par la tristesse et la colère. Tristesse parce que le résultat n'est pas à la hauteur de ce qu'on attendait d'un film tourné en Guyane par un auteur guyanais.
Et colère parce que ce film porte gravement atteinte à des professionnels qui vivent et travaillent en Guyane et qui ne peuvent admettre d'être traînés dans la boue par quelqu'un qui visiblement ne connaît pas le sujet dont il parle. Je dois d'abord préciser que je suis comédien, auteur et que j'ai passé dix ans de ma vie comme « orpailleur » dans la forêt guyanaise. J'ai « travaillé l'or » comme disent les anciens parce que j'ai été intronisé par ma belle- famille, des chercheurs d'or de la région de Saint-Elie depuis trois générations. J'ai côtoyé les anciens, les patrons orpailleurs aussi bien que les clandestins. C'est pourquoi je peux dire que je connais un peu le sujet.
M. Barrat a tout à fait le droit de faire un film contre l'orpaillage mais pour cela il aurait fallu qu'il s'appuyât sur la réalité.
Je n'en citerai que quelques-unes. D'abord la présence de cette barge sur l'Approuague. Autant que je m'en souvienne, la dernière fois que j'en ai vu une c'était en 1995. Il y a très longtemps que ce type d'exploitation est interdit. Il ne reste que des barges clandestines et de petites tailles.
Je passe sur les détails technique : grille à l'envers, crépine pour la suceuse, etc., pour préciser que dans les grands fleuves on récupère surtout de l'or très fin et si par hasard il y avait des pépites, jamais personne ne les conserverait dans un bocal sur la barge elle-même.
Il y a aussi cette évocation d'un terrorisme écologique à faire peur aux écolos eux-mêmes. Et bien sûr on ne pouvait pas manquait l'inévitable « Amérindien bon sauvage » sans lequel aucun Guyanais ne pourrait marcher dans les bois.
Tout cela ne porterait pas à conséquence si le film n'était un réquisitoire à charge contre l'orpaillage légal autant que clandestin. On ne peut accepter qu'on nous présente les orpailleurs légaux comme des « barons mafieux » . Le chercheur d'or a une culture individualiste. L'organisation de l'orpaillage clandestin est de type « capitaliste sauvage » où chacun essaie de développer sa niche. Il n'y a pas de place pour une organisation de type mafieux. Ce qui ne signifie pas qu'il n'y a pas de trafics, braquages, meurtres, etc.
Le comble de tout est la scène ridicule de l'hé- lico où l'on assiste à l'échange d'une mallette d'argent liquide contre de l'or. On voit des hommes armés jusqu'aux dents mais pas la moindre balance.
Messieurs, soyons sérieux! L'or, ça se vend au gramme, décigramme, pas comme des paquets de nouilles.
[...] Ce qui me met encore plus en colère c'est que M. Barrat est un bon réalisateur, qu'il a filmé la Guyane avec amour et cela ce voit sur les images. Les paysages sont puissants et beaux, c'est la Guyane comme on l'aime, les cadrages, les mouvements sont d'une esthétique raffinée... Alors, pourquoi s'appuyer sur une histoire aussi mal ficelée ?
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29 juillet 2010