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Vous avez la parole

Madame Le Pen, les étrangers et le destin économique de la Guyane

Jeudi 20 avril 2017
Madame,
Ici même, dans France-Guyane, le 19 décembre 2016, vous avez exposé vos intentions concernant le sort des étrangers de Guyane si vous accédez à la présidence de la République. Né dans ce pays, je ne peux envisager que les générations futures s'aperçoivent un jour qu'aucune objection n'a été apportée à vos propos. C'est pourquoi, à titre tout à fait personnel, je tiens par cette lettre à en débattre, convaincu que vos projets au lieu de réduire l'insécurité, l'aggraveront au contraire.
Vous prévoyez en effet de supprimer l'école gratuite pour les enfants d'étrangers. Ne craignez-vous pas comme conséquence l'augmentation du nombre d'adolescents non socialisés qui décideraient alors comme recours de survie de vous pointer une arme sur la tête pour vous voler votre smart-phone ou d'ouvrir leur corps pour un bami ou des boudins de cocaïne ?
J'entends déjà vos soutiens. Ils disent vouloir voter pour vous par protestation. Mais débattez-en entre vous et demandez-vous si un enfant, parce qu'il a un accent étranger, une couleur de peau différente ou des yeux plus bridés que les autres et parce que ses parents sont entrés sans visa en Guyane sera élevé avec un revolver dans son berceau. N'est-ce pas, en effet, ce que l'on doit comprendre lorsque vous dites que l'émigration clandestine a « évidemment » pour conséquence l'insécurité ?
Vous indiquez que vous êtes déjà venue ici voilà dix ans. Avez-vous eu alors l'occasion de rencontrer soeur Jeanne ? Cette religieuse martiniquaise a fondé il y a très longtemps l'Amapo. Dans le lieu le plus cosmopolite et le plus déshérité de la Guyane, le Village chinois. L'Amapo offre du soutien scolaire. Grace à soeur Jeanne et aux mères bénévoles qui la secondaient, des milliers d'enfants, étrangers ou pas, ont « apprivoisé » le français qu'on leur enseignait à l'école et ainsi pu se faire une place dans la société.
Mais soeur Jeanne n'était que l'héritière d'une tradition ancestrale. Cette tradition qui, s'efforçant de corriger les affres de la colonisation, perpétuait ici, sur cette terre de Guyane, les gestes de réconfort et de sollicitude. Depuis le XVe siècle, vous le savez, les compétitions sanglantes des royaumes d'Europe ont dispersé sur la terre entière des exilés, des bannis, des serfs de toutes couleurs. Toutes celles de bonne volonté qui, dans notre histoire, ont précédé Soeur Jeanne s'activaient à l'intégration, au partage de valeurs positives, sans doute minuscules car individuelles mais qui se révélaient en collectif de réelles sources de progrès.
Des lieux comme l'Amapo, un candidat responsable devrait les mettre à son programme pour toute la Guyane. Autre suggestion : notre département représentant la plus grande réserve d'or de France, pourquoi ne pas lui reconnaître ce statut en l'instaurant en place nationale de négociation pour toutes les transactions de ce métal avec le reste du monde ? Comme Chicago, décrétée bourse officielle du commerce des produits agricoles de son arrière-pays, le Midwest, ou New-York, désignée, après la guerre contre les Anglais, comme place d'enchères pour les capitaux venus d'Outre-Atlantique, la Guyane pourrait alors lever des droits et des taxes spécifiques. Nous pourrions ainsi financer les forces de police et de douanes pour lutter contre les principales causes de l'insécurité que sont les trafics d'or et de drogue. Nul doute que les effets se ressentiraient aussi sur l'occupation du territoire : installation ou revitalisation de villages, agriculture, construction d'écoles, de routes. Sur la recherche scientifique également. La coopération déjà engagée avec les pays voisins conduirait, j'en suis sûr, à de fructueuses innovations.
Votre récent séjour en Guyane vous a sans doute permis de remarquer le nombre d'enfants couramment trilingues ici. En plus du créole, qu'ils acquièrent facilement à la recréation ou sur les terrains de sport, du français dont ils apprennent la maîtrise à l'école, beaucoup parlent une autre langue d'envergure internationale comme l'anglais, le portugais ou le chinois. Si l'État-nation que vous prônez tant consentait à partager ainsi sa souveraineté, imaginez le nombre d'emplois tant publics que privés que nous pourrions offrir à la jeunesse de ce pays.
Vous vous déclarez en désaccord avec les indépendantistes. Convenez avec moi que ma suggestion n'a rien d'électorale. Ce que je vous expose là n'est qu'un exemple de la manière dont une société peut s'organiser pour tirer ressources de son environnement. C'est la démarche d'Homo Sapiens depuis la nuit des temps. Celle qui l'a conduit à se faire agriculteur, pêcheur ou marchand selon l'endroit où il habitait.
Envisager sous cet aspect le contrat de la Guyane avec le pays que vous voulez diriger dépasse la question du changement de statut. Cela s'inscrit plus fondamentalement dans le respect de la dignité humaine.
René Lockhart

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