En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de Cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt.
Pour en savoir plus et paramétrer les cookies, cliquez ici. X Fermer
  • S'abonner aux flux RSS de France-Antilles.fr
  • Partager cet article sur Facebook
  • Partager cet article sur Twitter
  • Partager cet article sur LinkedIn
  • Partager cet article sur Google +
Vous avez la parole

Le poids des mots (2/2)

Mardi 18 avril 2017
Suite et fin du courrier dont la première partie est parue dans France-Guyane le samedi 15 avril.
Arrive la période de guerre, de décolonisation et d'évolution statutaire. Là encore, à travers ses hommes, la Guyane joue un rôle déterminant. On ne doit pas être amnésique. Souvent on a parlé du Débarquement en occultant le ralliement de Félix Éboué, ce fils de Guyane, qui a permis l'entrée de l'Afrique équatoriale dans la Seconde Guerre mondiale aux côtés de De Gaulle. Ces Africains furent souvent en première ligne. Après-guerre, il facilita la décolonisation de l'Afrique. Il repose au tombeau des grands hommes au Panthéon. À vous qui passez sur la place des Palmistes regardez et voyez la statue « du grand homme » , lisez-y l'inscription de Malraux.
Les années qui suivent l'après-guerre voient la participation guyanaise croître. Pour la décolonisation de ceux qui sont devenus les Dom-Tom. Gaston Monnerville, autre fils de Guyane, a fait voter la loi de 46 transformant ces colonies en département. Mais l'essentiel de sa contribution, en qualité de président du Sénat, fut le combat institutionnel. On se souviendra, face au général De Gaulle, du fameux « Forfaiture » prononcé à l'encontre du chef de la France libre qui permit au Sénat de toujours exister. En 1962, les Accords d'Évian (indépendance de l'Algérie) obligent la France à déménager son centre d'expérimentation spatiale. C'est ainsi qu'est né le CSG. Nous savons ce qu'est devenu Kourou. La terre de Guyane confère à la France et à l''Europe le statut de 4e puissance spatiale et même la 1re place concernant le lancement de satellites. Kourou au même titre que Cap Canaveral et Baïkonour sont les symboles de la haute technicité de l'espace. Nous sommes conscients de ce que représente la conquête spatiale pour l'homme. Cependant quand on regarde l'état de notre région, il nous revient à l'esprit la phrase d'un ancien président de la République : « On ne peut lancer des fusées sur fond de bidonvilles » . Et de nous demander ce que nous gagnons à avoir de telles structures sur notre sol. Car rien n'a changé depuis cette phrase.
L'humanitaire de la France passe aussi par chez nous. Après la guerre au Laos, les Hmongs ayant combattu aux côtés de la France ont trouvé refuge en Guyane. Aujourd'hui ils sont bien intégrés dans notre société. La Guyane déclarée inhospitalière (après l'expédition de Kourou), l'est, au contraire, à l'extrême, à mes yeux. Il suffit de circuler dans nos rues pour s'en rendre compte et tout cela honore la France, parce que la Guyane est française.
Au sommet de Rio, la France offre en gage à l'environnement sa forêt amazonienne. On sait aujourd'hui ce que cette forêt représente en valeur 700 milliards d'euros et l'or de son sous-sol 43 milliards, sans oublier sa zone maritime, le bois et le pétrole. Sur le plan sportif aussi, la contribution de la Guyane est relativement énorme en regard de sa population, des moyens structurels dont elle dispose et aux confrontations possibles. En Guyane nous faisons avec peu de moyens mais avec de la volonté et de la fierté. Citons par exemple : à sa première Coupe du monde, moment magique inoubliable d'unité, un Guyanais était présent. Bernard Lama, en partant de Guyane, était déjà international. Il a été formé ici, chez nous, comme beaucoup d'autres grands sportifs qui portent haut le drapeau français et font résonner la Marseillaise lors de grands événements sportifs mondiaux.
Pour en finir, Victor Schoelcher est à l'abolition de l'esclavage ce que Christiane Taubira est à la reconnaissance du crime. Il n'y a pas de mots pour qualifier ce moment tellement énorme, magistral incommensurable que sais-je. Seule la Guyanaise pouvait réconcilier la France avec son passé esclavagiste en faisant voter par la représentation nationale française la reconnaissance de l'esclavage comme crime de l'humanité. Ainsi, la conscience est absoute de ses méfaits.
Un jour des années 1980, en rentrant du travail, à la radio j'ai entendu, à propos des juifs : « C'est un peuple qui a beaucoup donné mais qui a beaucoup reçu » . Cette phrase m'a interpellé. Aujourd'hui, on peut aussi dire que la Guyane est une région qui a beaucoup donné à la France, mais qui reçoit très peu. Il faut tout arracher pour recevoir bien peu, et souvent après des mouvements de la rue. La Guyane, au regard de ce tout ce qui lui manque, de ce qui reste à mettre en oeuvre, de ce qu'elle a légué à la nation, à l'Europe, et au-delà, a besoin de bien plus que ce qu'elle demande, pour amorcer le développement de son territoire.
E. MTL

Pour transmettre un commentaire, merci de vous identifier (ou de vous inscrire en 2min)

Mot de passe oublié?
Inscription express
Aucun commentaire