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Du temps!

France-Guyane 21.07.2010

Prendre des vacances, c'est, en principe, prendre du temps libre. En réalité, à voir l'affluence sur les routes, sur les plages et dans les supermarchés, nous pouvons nous demander quelle partie du temps passé dans ce genre de vacances est vraiment libre. Et, plus généralement, de combien de temps véritablement libre nous disposons dans notre vie. Le calcul est difficile. Disposer de temps libre n'est pas une exigence spontanée ni une réalité aisément mesurable. En revanche, les travailleurs revendiquent, depuis des siècles, une baisse de la durée passée aux champs ou dans un atelier. Mais personne ne pense à définir et à mesurer le temps libre effectif de chacun. Ni à demander qu'il augmente. Et ce temps est, finalement, dérisoire. D'abord, parce que l'on est contraint par le travail plus qu'on ne le croit : au bureau, mais aussi en y allant, en y pensant, en répondant au téléphone, en lisant ses courriels à domicile, en cherchant un emploi, en se formant pour l'obtenir. Ensuite, parce que les temps supposés libres ne le sont pas réellement : il faut manger, dormir, se soigner, faire du sport ou ses courses, passer du temps avec des gens que l'on n'a pas choisis, organiser sa vie. Il reste très peu de temps pour des activités librement consenties.
Et encore, une partie seulement étant utilisée de façon authentiquement autonome : les milliers de gens fatigués qui, le soir, s'affalent pendant trois heures devant la télévision ont-ils choisi de le faire ? Non, évidemment. Pourtant, personne n'ose le dire, parce que personne n'ose affronter la vérité : nous ne choisissons, en général, pas nos occupations plus de dix heures par semaine, pas plus de cinq cents heures par an. Pis : beaucoup de gens, surtout des femmes, n'ont même pas une heure à eux dans une semaine. L'humanité continue de se battre pour réduire la durée passée au travail, alors que le véritable enjeu est d'augmenter le temps réellement disponible : au lieu de 35 heures de temps de travail, il faudrait réclamer 35 heures de temps vraiment libre. On en est loin, et pour très longtemps. Supporter de vivre ainsi nous amène à ne pas mesurer le temps disponible : la pire des aliénations est celle dont on refuse d'admettre l'existence.
Dominique Bonadei, secrétaire général de l'Union départementale des syndicats confédérés Force ouvrière de Guyane
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10 février 2012