En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de Cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt.
Pour en savoir plus et paramétrer les cookies, cliquez ici. X Fermer
  • S'abonner aux flux RSS de France-Antilles.fr
  • Partager cet article sur Facebook
  • Partager cet article sur Twitter
  • Partager cet article sur LinkedIn
  • Partager cet article sur Google +
Vous avez la parole

« Décoloniser l'esprit » (1)

Mercredi 06 septembre 2017
J'envisageais un week-end serein, reposant... C'était sans compter sur ce règlement qui fait polémique sur les réseaux sociaux. Tel un uppercut, je me suis pris ça en pleine figure! Un peu sonnée, je l'avoue avant la fin du premier round. J'ai lu, relu, décortiqué afin d'apaiser cette sensation de révolte intérieure : celle qui crée une sorte de noeud au bas du ventre et qui remonte peu à peu au niveau du sternum jusqu'à provoquer une brûlure dérangeante... Elle poursuit son parcours et fait un arrêt au niveau du cou afin d'atteindre sa destination finale qui libère la parole d'un grand « Shit » ! Les vieux démons sont de retour.
« Par respect pour les familles hébergeantes, il est interdit de parler dans sa langue maternelle, entre élèves, pour se moquer et lorsque les familles n'en ont pas la maîtrise et/ou l'usage. L'élève contrevenant pourrait en être sanctionné » (lire l'édition de France-Guyane du 1er septembre).
Deux ans de présence en Guyane et un constat sociologique alarmant : on ne se soucie guère de l'accompagnement psychologique des jeunes venus sur le littoral pour étudier et non pour se moquer de qui que ce soit.
L'auteur de ce règlement, qui qu'il puisse être, ne maîtrisait pas lui-même les rudiments de la langue française et souhaite imposer une science qui est plus confuse qu'infuse.
Parler sa langue maternelle est un délit passible de sanctions pouvant aller jusqu'au renvoi définitif du jeune. « L'éducation n'est-elle pas un droit universel ? Renvoyer ces jeunes c'est les priver d'éducation » - article 26 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme : « Toute personne a droit à l'éducation... » J'en déduis donc que ce règlement contribue collatéralement à la violation de ce droit fondamental! Concrètement, sans trop se triturer l'esprit : interdire au jeune de parler sa langue maternelle, c'est créer en lui un sentiment de honte, de culpabilité et d'autodévaluation identitaire. C'est criminel! Personne n'ignore que la langue est non seulement un vecteur culturel mais également affectif. Ce règlement, truffé d'une terminologie qui interpelle et aux relents pseudocoloniaux, a des conséquences dévastatrices.
Non, je n'extrapole pas, les faits sont là! Comment peut-on stigmatiser ainsi ces peuples ? Ils utiliseraient leur langue pour se moquer ? Comment le savez-vous puisque vous ne la décryptez pas ? Ne vous vient-il pas à l'esprit que la langue maternelle leur permet d'être plus forts en palliant une rupture familiale traumatisante ?
Le déracinement est suffisamment brutal. Au lieu de les accompagner, on leur ôte l'unique racine qu'est la langue maternelle!
Sensibilisée, je le suis, car ces textes datant de Mathusalem sont toujours d'actualité. En avril, lors d'un débat à l'issue de la projection du film Scolariser le monde à l'Eldorado, le témoignage d'une dame amérindienne aujourd'hui âgée de 38 ans m'a particulièrement touchée : à 7 ans, en classe de CE1 sur le littoral, elle expose l'attitude de son institutrice de l'époque qui lui interdit, à son arrivée, de parler sa langue maternelle et lui intime l'ordre de s'habiller autrement ; elle expose les traumatismes perceptibles, à ce jour, vis-à-vis de cette langue qu'elle a reniée par obligation, sans explication. Pour clore cette diatribe, je citerai Marcus Garvey : « Un peuple qui ne connaît pas son passé, ses origines et sa culture ressemble à un arbre sans racines. »
« Par respect pour les jeunes des communes isolées, la langue maternelle étant reconnue comme vecteur inhérent de la culture identitaire, son utilisation au sein des familles hébergeantes est un droit universel et son utilisation sera autorisée dans le cadre du respect mutuel des parties - la temporalité sera définie d'un commun accord afin de ne léser personne. » Aucune prétention, ni compétence juridique de ma part, mais juste un pied de nez envers la bêtise humaine. La langue maternelle est une force, respectons-là et enrayons cette colonisation insidieuse des esprits!
On étudie une réécriture moins stigmatisante et plus actualisée du document... On attend... Pas trop longtemps tout de même afin d'en faire une lecture affinée avant mon départ.
Luz Mwinda
(1) Ngugi wa Thiong'o, La Fabrique éditions

Pour transmettre un commentaire, merci de vous identifier (ou de vous inscrire en 2min)

Mot de passe oublié?
Inscription express
Aucun commentaire