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Vous avez la parole

Ces boeufs « expropriés » à Sinnamary

Vendredi 14 octobre 2016
Voilà plus de cinquante ans que le Cnes installait sa base spatiale à Kourou. Il lui a fallu pour cela, exproprier tout un vaste terroir agricole dont, à Sinnamary, les hameaux de Renner et de Malmanoury, plus une grande partie de la route de l'Anse. Les habitants furent déplacés, pour la plupart, installés au bourg de Sinnamary. Et d'autres dans un lotissement agricole sur la savane Combi. Beaucoup a été dit et écrit sur cette période qu'hélas la plupart des jeunes générations semblent ignorer. « Et nous les boeufs » pourrions nous entendre. Car il y a un aspect très peu connu : le déplacement des boeufs de la partie expropriée de la route de l'Anse.
Traditionnellement, la route de l'Anse à Sinnamary est, ou « était » , une zone d'élevage. Lorsqu'on empruntait cette route on y rencontrait, marchant ou se reposant sur la chaussée, nos « vaches créoles » . Elles vivaient en liberté, se nourissant au gré des saisons dans les savanes ou pripris environnants et ne dédaignant pas les awaras quand ils étaient mûrs. Le soir, elles rentraient, sans se tromper, auprès des habitations de leurs éleveurs qui avaient allumé des boucanes près desquelles elles échappaient aux moustiques. C'était le moment pour ces éleveurs de les compter, les soigner, suivre les naissances, les marquer à l'oreille... Autre temps, autres techniques!
Mais ce suivi ne pouvait plus se faire dans la partie expropriée, il a fallu alors envisager leur déplacement. Début 1969, une opération fut mise sur pied par des éleveurs (Niama, Horth, Vernet...) et les deux conseillers agricoles de l'époque. On utilisa pour cela un camion appartenant au service départemental d'agronomie, qui par son plateau long et ses ridelles hautes se prêtait très bien à ce travail. On commença à monter quelques corrals dans cette zone. Puis on fit des plans inclinés très simples, des planches sur un gros tas de sable, pour faire monter les bêtes dans le camion. La veille au soir on y alluma des boucanes autour desquelles elles se rassemblèrent comme à leur habitude et on les enferma. Le lendemain, au petit matin, le vrai travail commença. Peu de vaches montèrent docilement dans le camion, il fallut attraper la plupart au lasso et les y contraindre. Certaines, malgré tout, renâclèrent, allant jusqu'a se coucher par terre. Heureusement, la vache créole est relativement légère. Elles furent tirées et plaquées à l'arrière du camion. Là, les « humains » se saisissant des cornes, des pattes, des queues, les basculèrent sur le plateau ; non sans quelques coups de pattes douloureux. L'arrivée en zone non-expropriée fut plus simple. Le camion reculant près d'un tas de sable, les animaux sautèrent sans problèmes. Cette opération dura une semaine. Elle se passa sans dommages. Et les 80 bêtes, environ, furent réparties chez les éleveurs selon un plan établi. À l'époque, avec de l'imagination, on aurait peut-être put entendre la complainte de ces vaches : « Nous sommes des survivantes. L'expropriation, les élevages modernes, les nouvelles races, nous condamnent. Pensez à nous. Nous sommes aussi votre histoire! »
Aujourd'hui, il n'en reste que trois, y compris celles non expropriées. Les acteurs de cette opération ont, eux aussi, disparus. Il n'en reste qu'un et je me devais de témoigner de ce pan d'histoire qui alimente notre patrimoine.
Genbart

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