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Ras Bendjih : Lanmizik an so tchò

Audrey Virassamy Jeudi 24 Novembre 2016 - 22h50
Ras Bendjih : Lanmizik an so tchò

Il n'avait pas sorti d'album depuis 1994. Pas par manque d'envie ni par manque d'inspiration. 22 ans après, Ras Bendjih est de nouveau dans les bacs avec Tchò ròch. Celui qui est l'un des pionniers du reggae local est resté fidèle à sa musique. Il chante la fraternité et le respect de l'autre.

Ras Bendjih ne parle pas aux médias. Voilà ce qui se dit du bonhomme. Lui ne dit pas autre chose. Et pourtant. Pourtant, lorsque nous commençons à discuter, d'emblée, Ras Bendjih est à l'aise. Son désamour des médias, sa crainte d'être mal compris s'estompe. Car nous parlons musique. Et là Ras Benjih est intarissable. Le reggae, il le raconte à travers son expérience personnelle, celle d'un petit garçon qui grandit au centre-ville de Cayenne et découvre la musique dans la rue. "Dans un quartier de musiciens, à la rue Lallouette. Il n'y avait pas loin la maison Létard Daudé où le groupe Top Cat répétait, le groupe Dany Star, rue Madame Payé, avec Dany Play et René Claude Daniel, rue Goinet il y avait José Sébéloué, Tonton Jo... Avec les copains, on imitait les grands frères en utilisant des caisses de morue et du fil de pêche pour faire des guitares. J'ai été personnellement très influencé par ça, dans les années 65-75. La Guyane était fertile à cette époque! A rounot kozé jodla…"
La France, l’Angeleterre…
Parti dans l'Hexagone avec sa mère à l'âge de 17 ans, il part rapidement pour l'Angleterre. Pendant une dizaine d'années, il vit là bas, se mêle à la communauté caribéenne de Londres et devient un adepte de la philisophie rasta. Le reggae émerge à l'époque et pour le jeune homme, c'est une révélation. "En Angleterre, on est payé à la semaine. Alors, tous les vendredis, j'allais acheter des disques. Un jour, un des gars du groupe Misty in Roots m'a dit : "Hé! Si tu aimes autant le reggae, pourquoi tu n'économise pas ton argent en faisant ton propre reggae." Il suit le conseil, mais à Paris au début des années 80 et démarre dans le groupe I and I, avec Roger Jadfard et Identity.
Ras Bendjih ne veut rien oublier. "Tu notes tout?", s'inquiète-t-il. Il faut parler des bars, "Koté Chérubin et Koté Fifin, au Village Chinois. Ils programmaient de la musique afro-américaine et caribéenne jusqu'à l'aube. C'est là que la jeunesse écoutait de la soul, du reggae et d'aures sons. Nous y étions tous les soirs. Et puis, il y a aussi deux amis qui ont été très importants dans mon évolution : Ange Maréchal et Richard Coueta… » Ras Bendjih n’oublie rien et ne veut oublier personne. Mais impossible de les citer tous.
Retour au pays
En 1986, il rentre en Guyane. Pourquoi à ce moment-là alors qu’il démarre à Paris? « Mo té anvi routounen an mo péyi! » lâche-t-il. Aussi simple que ça. Car Ras Bendjih, décidément, sait suivre ses envies. Avec raison. En Guyane, il rejoint ses enfants, et joue un peu dans le groupe Arouman, de Jean-Paul Agarande. « Le mouvement reggae commençait à prendre, se souvient Ras Bendjih. On a tous un peu joué là-dedans. »
Avec quelques copains, il organise le premier hommage à Bob Marley. Toujours avec les copains, il fonde son groupe, Universal Youth « parce que nos origines sont universelles, mélangées ». Le groupe tourne beaucoup dans les festivals, France, Suisse, Jamaïque, Brésil… Lorsque Poursuite de vent sort, sur le premier album « le premier album de reggae local » glisse fièrement Ras Bendjih, c’est un succès immédiat. « Aujourd’hui encore ce morceau passe à la radio ». Avec Universal Youth, il fera deux autres albums avant de poursuivre en solo. Teachings, son premier album, sort en 1994. « Je l’ai enregistré à Kingston, alors que j’y étais à l’occasion du Reggae Sunsplash, le célèbre festival. » Sur ce premier album, le public découvre un petit jeune qui signe un titre, Gayana nice : c’est l’avènement de Nikko.
« Je me sens riche »
Teachings date de 1994. Depuis, Ras Bendjih a continué à chanter, « à gratter tous les jours ». Il y a eu des petites scènes, des invitations. Mais pas d’album. « Pas de producteur digne de ce nom, explique Ras Bendjih. Et puis la Guyane a changé. On est passé au dancehall, d’autres musiciens ont abandonné la scène et l’enregistrement… »
Pourtant, l’envie était là. Et depuis longtemps, « toujours avec les copains » Ras Bendjih continue de composer. Il commence à enregistrer des morceaux dans le studio de Rice (Eric Egalgi). C’est un voyage, encore un, qui va concrétiser les choses. « À Paris, j’ai retrouvé Ras Tea et d’autres musiciens de l’époque. On a travaillé quelques morceaux… » Tchò roch était lancé. « Tchò ròch, c’est pour évoquer les gens qui ont un cœur de pierre, les grands, ceux qui gouvernent, qui n’ont plus de principes moraux. Mon album tourne autour de ça. Pour qu’on redevienne plus fraternels entre nous en Guyane. Tout cela, ce sont des thèmes qui m’inspirent. Quand je regarde le film, je me dis que je n’ai pas perdu de temps. Si c’était à refaire, j’aurais peut-être fait certaines choses différemment, j’aurais mené autrement ma carrière musicale. Mais bon, la vie n’est qu’une succession d’étapes, pas un long fleuve tranquille. J’ai rencontré beaucoup de gens. Je me sens riche : j’ai cinq enfants magnifiques qui m’ont donné des petits-enfants en pleine santé. ça, c’est le plus important. »  
 
Ras Bendjih en bref 
.Tchò ròch : L’album compte trois titres en anglais, deux en créole, un en français et leurs versions instrumentales. Le titre, Poursuite de vent y est réédité.
. Ras Bendjih aime…
Parler de lui à la troisième personne. « ça permet de prendre du recul. Quand je parle de Bendjih, c’est celui qui portait des locks. Aujourd’hui j’ai un autre look. Je suis toujours resté le même, mais ce sont différentes époques. »
. Ras Brendjih et les locks…
Il n’a plus de locks, mais Ras Bendjih est « toujours un rasta ». Et il explique, le verset de la bible qui dit de laisser pousser ses cheveux et de les brûler lorsque son vœu est accompli. « Mes locks, je les ai coupés en 1999. »
. Ras Bendjih, cordon bleu
En digne rasta et en bon Guyanais, Ras Bendjih prépare chaque année un bouillon d’awara végétarien. Et il est connu dans la place pour ça, mais aussi pour ses pâtisseries et ses galettes des rois.
Contact: 0694 23 14 91
 
 


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