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VENDREDI CULTURE

« Notre musique est l’une des plus riche au monde »

Propos recueillis par Pierre Rossovich Vendredi 11 janvier 2019
« Notre musique est l’une des plus riche au monde »
Denis Duvigneau à la musique guyanaise dans la peau. Avec la collection Kolekt'Or il a compilé plus de 400 titres de chez nous, des années 60 à nos jours - Pierre Rossovich

Denis Duvigneau, fervent acteur des musiques guyanaises, présente une nouvelle compilation traditionnelle  : Guyane Héritage, ainsi que le nouveau titre carnaval de Soufrans Ké Fermier  !

Les Kolekt’Or sont nés en 2013, mais cela fait bien plus longtemps que vous oeuvrez pour la musique guyanaise...

Cela fait trente ans que je suis dans le milieu artistique. J’ai commencé en 1988 à RFO Guyane. Je montais également des spectacles, dont un qui a marqué plusieurs générations  : le  Guyanason show , à l’hôtel Polygone. Le spectacle attirait environ 3 000 personnes, un exploit pour l’époque. En 1991, j’ai quitté RFO et je suis devenu commercial dans une assurance à Kourou. Quelques années ont passé. En 2000, j’ai rencontré une artiste dans l’âme, ma chère et tendre épouse Andressa Duvigneau. Elle m’a remotivé et, ensemble, on a crée l’association Patawa en 2003, qui œuvre dans le carnaval afro-brésilien. Depuis 2013, nous avons lancé la collection Kolekt’Or, qui reprend les classiques guyanais des années 1960 à nos jours. De 2013 à 2018, 11 volumes sont sortis, soit plus de 400 titres.

Dans quel but avez-vous lancé ces fameux Kolekt’Or  ?

Si le marché du disque rapportait de l’argent, les CD’s ne disparaitraient pas. Je suis tout simplement un passionné. La musique est ma thérapie. J’y mets mon âme. Je crois en la musique guyanaise. Elle est diverse et variée. Chaque pays à un style à lui. On reconnaît le reggae comme la musique de la Jamaïque, la bachata à Saint-Domingue, la kadans lypso à la Dominique, le zouk aux Antilles, mais en Guyane  ? Nous avons des dizaines de rythmes différents. La musique guyanaise n’a pas de nom mais est l’une des plus riche au monde.

Vous venez de sortir un nouveau concept  : Guyane Héritage 1er degré , faisant la part belle au tambour créole. Pourquoi  ?

Aujourd’hui, le folklore revient d’actualité. On le voit avec les albums de Tatie Léodate, Cono et Balourou, Hortensia… Les Guyanais tiennent à leur tradition.

Les jeunes aussi  ?

Oui. Sur cette compilation, nous retrouvons d’ailleurs la jeune Lounah qui a 15 ans à peine. Les jeunes ont besoin d’apprendre. On dit souvent qu’auparavant rien ne se transmettait. Tout était compliqué. Aujourd’hui c’est plus ouvert. Les anciens essaient de transmettre. Les jeunes essaient de s’approprier la tradition. Je vois des enfants danser le nika… Ça promet  ! Il faut valoriser notre tradition, peut-être en lui donnant un nouveau look comme l’a fait Nadine Léo.

Comment avez-vous sélectionner les titres de  Guyane Héritage   ?

J’ai dû remonter à la source  ! J’ai fréquenté, pendant presqu’un an, les acteurs importants du folklore guyanais. Dahlia, Lauriers Roses, Tatie Léodate, Huguette Tibodo alias Valérie Joinville. Je me suis imprégné de l’ambiance en allant à la salle konvwè de Man Sérotte. J’avoue avoir été déçu de l’état de ce lieu mythique que cette dame nous a laissé. La musique et l’ambiance sont bonnes mais la salle konvwè mérite mieux.

Quels classiques de notre folklore peut-on y retrouver ?

 Sové mo par Laeticia Torvic, aujourd’hui disparue, qui a fait les beaux jours du groupe Buisson ardent de Man Sérotte ;  Zot di mo bel  par Emilie Sébéloué, grande dame de la tradition ; également un beau medley des Ansyens de Kourou ; le groupe Katrépis de Saint-Georges-de-l’Oyapock qui joue un Kasé Ko plus lent, car chaque région à sa façon de frapper le tambour; la voix de Papy alias Chikaté ; José Sébéloué ; Lexxios; Emmanuel Lucenay ; le groupe féminin Amazon Tanbou; Tatie Léodate, Marc Mogès…

«  1er degré  » est un terme juridique qui désigne le premier rang d’héritier.

Les héritiers directs sont en général les enfants. Il y a aura donc un album deuxième degré qui est pratiquement bouclé. Nous y retrouverons les musiques du fleuve  ; des chanteurs haïtiens d’attache guyanaise ; le fameux kasé rose de Sainte-Lucie  ; des vieux Brésiliens guyanais… Un éventail plus large. Il sortira après le carême pour les fêtes de Pâques.

Soufrans ké fermier sont de retour dix ans après Chevrotine. Je me suis laissé convaincre par le duo. J’ai aimé le titre et sa thématique, qui n’est pas en dessous de la ceinture comme onpourrait le laisser penser. Le secteur de la pêche est en difficulté. C’est aussi une activité culturelle de chez nous. Aller pêcher dans un pri-pri ou encore sur le pont du Larivot, c’est notre quotidien  ! Un maxi de Soufrans Ké Fermier sortira après l’arrivée de Vaval avec les autres titres du duo  :  Listwè tololo,  Chevrotine et  Don Loupé. Ces deux amis sont des passionnés de carnaval. Fermier est un grand compositeur.  Tchenbé poson a d’ailleurs été composé il y a dix ans, on ne le sort qu’aujourd’hui  !

Quel regard portez-vous sur le carnaval d’aujourd’hui  ?

Il évolue avec des bonnes et des mauvaises choses. Avant, on ne dansait pas avant l’arrivée de Vaval. Aujourd’hui, ça commence le jeudi une semaine avant… Je ne le déplore pas, je constate. J’aurais aimé faire le même constat lorsqu’il s’agit de prendre des risques pour le pays, pour défendre d'autre causes.

Les Mécènes qui quittent Polina  ?

C’est bien, ça fait parler les gens. On adore les histoires chez nous. Et puis ça fait bosser les journalistes  ! (rires). On a connu l’histoire de Nana qui devait fermer… Cela a donné un grand succès des Blue Stars,  Listwè Nana. Concernant Polina, la famille Sinaï gère un dancing depuis vingt-quatre ans. Qu’on le veuille ou non, c’est un business. Quand un business est bon on continue, quand il n’est pas bon on arrête. Vu les histoires qui ont circulé l’an dernier, j’aurai fait pareil. Être autant critiqué pour une histoire d’eau, ce n’est pas possible. Il fallait marquer le coup. Mais Polina n’est pas mort. L’année prochaine, la salle redémarrera de plus belle. C’est le patrimoine du carnaval guyanais. On a tous le droit de faire une pause.

Le carnaval de rue  ?

Les soirées dansantes sont de mieux en mieux organisées. Pourquoi ne pas aussi bien organiser les défilés de rue ? Le carnaval démarre dans la rue pour arriver dans les dancings. Les groupes de rues sont les plus mal lotis et pourtant ils offrent un véritable spectacle. Il est temps de revoir le carnaval de rue et de le professionnaliser. Doit-il rester gratuit ?

Ne serait-ce pas contraire à l’esprit même du vidé que de le rendre payant  ?

Le vidé sans fracas, sans violence n’existe plus. L’insécurité nous a rattrapé. Autant anticiper et sélectionner notre public. La logistique, la sécurité, cela a un coût énorme. Il est temps de voir le carnaval autrement.

Trouvez-vous que les fêtes de fin d’année sont occultées pour vite laisser la place au carnaval  ?

Il n’y a eu plus la vraie magie de Noël, les yeux des enfants ne brillent plus… Les adultes sont déjà dans le carnaval. Les anciens ne l’auraient pas pris de la même façon. Il faut respecter l’Avent. La nouvelle génération n’est pas celle d’hier. Il faut s’adapter.

Que pensez-vous de la nouvelle génération musicale  ?

Elle est prolifique. Elle produit beaucoup et très vite. Les choses ne durent pas. Je n’arrive pas à suivre. De nouvelles expressions entrent aussi dans le vocabulaire. C’est une société en pleine mutation. Ce sont nos enfants. Ils ne sont plus uniquement de Guyane mais aussi du Suriname, Brésil, Haïti… Les petits voleurs dont on parle ne sont pas uniquement des étrangers mais aussi des petits Guyanais. À nous de savoir quelle société on leur réserve.

Un dernier mot  ?

Je remercie mon plus gros partenaire : le public. Tous ces gens que je rencontre sur les marchés, les salons…

Propos recueillis par Pierre Rossovich

Où se procurer  Guyane Héritage 1er degré  et  Tchimbé Poson  : Sun Studio (13, Boulevard Mandela, Cayenne)  ; ou au 0694 23 14 91 ou à duvigneau.denis@wanadoo.fr

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2 commentaires

Vos commentaires

dtc97300 11.01.2019

Faut vraiment arrêter la drogue en Guyane. Dégonfler deux secondes la "melonite aiguë" car là, niveau nombrilisme, on fait difficilement mieux...et après les guyanais voyagent et se rendent compte de la bulle dans laquelle ils vivent bercés d'ignorance et d'indolence.

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Renato973 11.01.2019
plus riche au monde

plus riche au monde ? faudrait pas exagérer

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