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JE SUIS UN BONI, LE TUBE DE RICKMAN

« Ma culture c’est la culture de tous les Guyanais »

Pierre Rossovich / Photos : Richter Desti Mardi 21 Juin 2016 - 10h19
« Ma culture c’est la culture de tous les Guyanais »

Le titre Je suis un Boni est un mélange d’aléké et de dancehall que vous avez pu découvrir sur franceguyane.fr le 25 mars dernier. Eric Bakaman, alias Rickman, revient sur l’origine de ce qui est désormais un tube.

Pourquoi avoir enregistré le titre Je suis un Boni ?
Pour rendre hommage à nos ancêtres qui se sont battus pour nous et pour porter haut notre culture. En Guyane, nous avons une grande diversité culturelle, il faut en être fier. Il est important pour les jeunes de connaître leur histoire.
L’histoire des Bonis est connue à travers le monde. Est-ce le cas en Guyane ?
Pas assez. J’ai grandi à Maripasoula et quand je suis arrivé à Cayenne au lycée, on me disait que je n’étais pas Français. Les gens confondaient Bonis et Surinamais. Mais nous sommes Guyanais depuis longtemps. Pour résumer, les Bonis étaient esclaves au Suriname, ils se sont enfuis au XVIIe siècle et sont arrivés sur le Lawa, dans la région de Maripasoula. Ils sont devenus Français en se battant contre les Hollandais. Pour nous le Maroni n’est pas une frontière, c’est notre monde. Nous sommes 100 % Guyanais. Mais cette méconnaissance est due à l’école. Ce n’est pas de la faute des Guyanais si l’éducation nationale ne nous enseigne pas notre histoire commune.
Au-delà de la communauté boni, le titre est devenu un hymne local que tous les Guyanais semblent s’approprier…
C’est parce que c’est local et qu’à travers les paroles les gens se sentent concernés. Je parle de l’esclavage, de l’Amazonie que l’on aime tous. Et puis il y a les tambours qui sont dans notre ADN. Ça regroupe tout le monde. Vous vous attendiez à un tel succès ? Non, d’autant plus que ce n’est pas la première fois que je pose sur de l’aléké, mais on va dire que celuici est spécial. Je suis content, c’est une force que les gens me renvoient. C’est une fierté pour nous de voir que l’on n’a rien perdu de nos racines. Nos ancêtres étaient des guerriers et se sont bien battus pour garder notre culture intacte. Le titre est également joué au Suriname. Je suis allé faire la promotion là-bas. Eux le voient comme un retour aux sources.
L’aléké est une musique que vous écoutez quotidiennement ou est-ce plutôt une musique traditionnelle désuète ?
J’écoute ça tous les jours. C’est comme le zouk pour nous. Il y a différentes danses. Par exemple, dans le clip, on danse l’awasa et le songue. Il y a plusieurs styles qui correspondent aux rythmes des tambours. Le clip a été réalisé par mon frère Richter. Il a été tourné à Maripasoula, Papaïchton, Loka, Achichi et Boniville, avec mon kamisa, mon tapoenki et mes kawaï (les graines qu’il porte aux chevilles, ndlr).

Vous avez également lancé un challenge sur les réseaux sociaux où vous invitez les auditeurs à reproduire la danse…
#JeSuisUnBoniChallenge est parti d’un cousin qui m’a envoyé une vidéo de lui en train de danser sur le titre. Je l’ai postée sur Facebook et ça a marché. J’ai lancé le challenge afin de faire découvrir la musique de mes ancêtres au monde entier. Je me suis dit que ça pouvait inciter les gens à chercher à connaître notre histoire. Ça a fait le buzz, beaucoup d’internautes ont joué le jeu, ainsi que des personnalités guyanaises comme Nikko, Rolando, Rodolphe Alexandre. Aujourd’hui, le titre a dépassé la Guyane et il est même partagé par des Antillais qui ne connaissaient pas du tout notre culture. Ma culture c’est la culture de tous les Guyanais. Il n’y a pas de différence.
Votre parcours est atypique. Avec le groupe G-Crew, vous avez toujours fait votre musique de façon indépendante et vous avez essuyé pas mal de critiques à vos débuts. Ce succès est-il une revanche pour vous ?
C’est vrai que l’on nous a critiqués pour nos titres sexy comme Tèt bésé ou Fanm pa gen boug. Je pense que l’on était en avance. Car aujourd’hui, beaucoup de jeunes font ce que je faisais avant. Mais j’ai grandi, j’ai 31 ans et 15 ans de musique derrière moi. J’ai besoin de faire passer des messages.
Vous n’êtes jamais tombé dans les chansons « bad bay » (mauvais garçon, ndlr)…
C’est parce que je n’ai pas vécu comme ça. J’ai grandi à Maripasoula avec la nature comme terrain de jeu. En Guyane, il n’y a pas de ghetto, il n’y a rien qui t’oblige à être « bad bay ». Je vois les gars qui arrachent les chaînes des gens alors qu’il y a de l’or dans la forêt… Le système français est compliqué mais quand tu l’utilises bien tu t’en sors. Tu peux avoir des aides, faire des formations etc. Je suis un bosseur, jusqu’à présent je ne vis pas de la musique, j’ai un travail. La musique bouche les trous. Si c’est possible d’en vivre c’est bien, sinon je continuerai a en faire quand même.
Vous avez un album en préparation ?
Oui, il devrait sortir cette année sur mon label G-Crew Music, avec du dancehall et de l’aléké. Il y aura aussi un duo avec le Jamaïquain Konshens. On a déjà fait un titre ensemble (Turbo wine, ndlr) qui est le premier clip dancehall guyanais à avoir atteint le million de vues sur YouTube (lire notre édition du 29 mars 2014).
Le mot de la fin ?
Ne cherchez pas à être plus fort que l’autre. Suivez votre étoile et ne lâchez rien. 

L’HISTOIRE DES BONIS DE GUYANE
 
À l’origine un des groupes de Noirs marron fuyant l’esclavage au Suriname, les Bonis vont se distinguer des autres de ces groupes en refusant un traité de paix avec les puissances coloniales, les amenant à faire la guerre contre celles-ci puis à s’établir dans l’actuelle Guyane française. Comme les autres populations noires des Amériques, les Noirs marrons de Guyane et du Suriname sont d’origine africaine, principalement de l’aire culturelle akan, répartie sur le Ghana et la Côte d’Ivoire, mais aussi de la région du Congo et du Golfe de Bénin.
Pour en savoir plus : Le Monde des marrons du Maroni en Guyane de Jean Moomou.
 
 
 

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2 commentaires

Vos commentaires

Equinoxe973 22.06.2016
Bravo

Sincèrement bravo pour ces moments de partage qui nous sont offerts, et qui nous permettent d'apprécier toutes nos richesses culturelles. Merci Rickman!

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Mariael 22.06.2016
super ????

Au delà de la musique qui est super j'avoue le reste est a revoir . Perso je m identifie pas a sa culture jsuis cayennaise avant tout avec ma culture propre et nos traditions mais je respecte ceux des autres

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