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VENDREDI CULTURE

« Depuis 50 ans, on n'arrive pas à être Français comme les autres »

Propos recueillis par Pierre ROSSOVICH Vendredi 22 juin 2018
« Depuis 50 ans, on n'arrive pas à être Français comme les autres »
« On nous force à aller vers le statut d'autonomie de la Guyane » , estime l'artiste Cédric Simoneau, alias Lostyca, réalisateur d'une nouvelle émission de culture urbaine sur Guyane la 1ère (Ramon Ngwete)

Guyane la 1ère lance aujourd'hui une nouvelle émission d'actualité urbaine, Set up. Le réalisateur de l'émission Cédric Simoneau, alias Lostyca, répond à nos questions pour Vendredi culture.

Aujourd'hui se lance sur Guyane la 1ère une nouvelle émission dont vous êtes le réalisateur : Set up. Quel en est le concept ?
C'est une émission qui propose une autre vision de l'actualité urbaine. Le but est de mettre en avant nos artistes de Guyane, des Antilles, de l'Hexagone... C'est une émission dans le courant du moment, dont l'idée est inspirée du journal du rap diffusé sur le site internet booska-p.com, mais qui nous ressemble et parle de nous. Le format est de six minutes, animé par Hugo Robeiri. Set up sera d'abord diffusé sur le site de Guyane la 1ère, le vendredi midi, avant une diffusion télé le samedi, à 18 heures.
Il y a aujourd'hui assez à dire sur l'actualité urbaine pour en faire une émission ?
Il y a de quoi faire. Votre rubrique France-Guyane Musique, qui est précurseur dans la promotion des artistes urbains, nous le montre bien. On suit ce créneau et on le développe. On veut montrer que ça bouge et que le mouvement est riche.
La jeunesse guyanaise est-elle assez mise en avant ?
Elle ne l'est jamais assez. Il y a une telle urgence dans tous les domaines. Set up doit servir aux jeunes à se voir dans le miroir. Comme France-Guyane Musique, nous allons présenter les artistes de façon professionnelle, afin de les valoriser.
Vous êtes réalisateur, clippeur, à la tête d'un label de musique... Peut-on vivre de son art en Guyane ?
C'est toujours très compliqué. Nos anciens nous ont montré qu'ils ont toujours eu un travail à côté de la musique : Daniel Sinaï, Emile Cibrélus, Nikko... Celui qui n'a pas un travail à côté à du mal à faire sa musique. Mais en même temps, c'est ne pas être dans sa musique à 100%. C'est difficile d'être titulaire lorsque tu manque les entraînements. Ce qui fait que nos artistes ont du mal à passer le cap. Aujourd'hui peu sont à 100% dans leur musique comme Jahyanai king, Pompis, Gifta...
La musique influence-t-elle la jeunesse ?
La musique influence tout le monde. Pour ce qui est du rap et du dancehall, on a tendance à confondre le premier et le second degré. Dans nos musiques, il est question d'attitude. Nos mots sont nos balles. Il ne faut pas mélanger l'artistique, la façon de se présenter, la volonté d'impressionner par le verbe et le premier degré. Il ne faut pas fermer la porte à l'art.
Un an après les mouvements sociaux, l'insécurité a-t-elle baissée ?
Non. À un moment donné, j'ai cru pendant les mouvements que l'on maîtrisait notre pays et notre avenir. Un an après, on n'a toujours pas les solutions. On ne gère toujours pas le pays comme on veut. Nous sommes encore en train de nous chercher. On est pas à l'abri d'un nouveau mouvement.
Quelle est votre position sur le débat statutaire ?
Ce qui est bizarre, c'est que durant les mouvements sociaux, nous avons crié haut et fort qu'on était Français. Qu'on voulait être un département comme tous les autres. On n'a pas entendu notre appel. Alors à force, on a envie de s'organiser nous-mêmes. On nous force à aller vers cette voie. Depuis 50 ans et la départementalisation, on n'arrive pas à être Français comme tout le monde. La volonté d'autonomie vient de là. Cela part même d'un bon sentiment : puisque la France est en crise, nous pourrions utiliser nos propres ressources pour se développer. Faire nos routes, nos ponts, nos écoles...
Est ce que l'exploitation des ressources de Guyane devrait profiter d'abord aux Guyanais ?
Comme nous n'avons pas les mêmes acquis qu'un département de l'Hexagone, oui. On cherche des solutions pour rattraper notre retard. L'or ne nous appartient pas, il appartient à la France, ok. Mais notre vie ici devrait être la même que tous les autres Français. On a 50 ans de retard et les moyens de rattraper ce retard grâce à nos ressources. Malgré cela, l'écart continue de se creuser. Ce n'est pas juste. Nous sommes même des « super-Français » , car tout est deux fois plus cher ici. Si on devait ne regarder que les chiffres, on a rien à faire ici. La Guyane est belle, mais la vie est raide. Malgré tout, je veux continuer à vivre ici.
Êtes-vous favorable à l'orpaillage légal ?
Oui, mais peut-être pas favorable au projet Montagne d'or, sauf si nous maîtrisons l'exploitation et qu'on profite des bénéfices comme les Kanaks avec le nickel. Je suis pour une exploitation de l'or « à l'ancienne » . N'importe quel Guyanais qui trouve de l'or a le droit de le vendre et est taxé dessus. C'est ce qui a aidé les familles guyanaises après l'abolition de l'esclavage. Je suis pour l'exploitation locale et artisanale, non pas industrielle, de l'or. Nous avons plein de jeunes en galère prêts à tout pour transporter de la drogue, mais pas pour aller chercher de l'or. Je préfère l'or que la cocaïne.
Comment commémorer l'abolition de l'esclavage 170 ans après ?
Peut-être que la meilleure façon de commémorer l'esclavage serait de ne pas aller à l'église ce jour-là, et de ne pas faire le signe de croix. Je respecte tous les croyants mais la religion a quand même été utilisée pour mieux tenir les esclaves. 17 0 ans après, les chaines sont encore dans nos têtes. L'esclavage, c'est ce que l'on mange, ce sont les films que l'on regarde... C'est toujours là. Quand je veux parler à Dieu, je lève la tête et je parle avec lui directement.
Vous dénoncez le copinage qui règne en Guyane ?
On nous a demandé d'aller chercher des diplômes. Ensuite, on nous a dit qu'il nous fallait de l'expérience. Une fois qu'on était diplômés et expérimentés, on nous a demandé « tu es le fils de qui ? » . C'est un gros problème en Guyane. En ce qui me concerne, je suis resté deux ans sans travailler, alors qu'il y a eu plein de tournages en Guyane. Au début, j'ai cru à une injustice. J'ai fais une école de cinéma, cela fait dix ans que je ne fais que ce métier là. Quand j'apprends qu'il y a des tournages en Guyane, je postule au bureau du tournage. On me dit alors que mon CV est trop fourni. J'ai ensuite appris que c'était une affaire personnelle. La production exécutive locale ne voulait pas de moi. Cela m'a rassuré : ce ne sont pas mes compétences qui sont en question. En Guyane, un projet peut ne pas se faire, simplement si deux personnes ne s'entendent pas. Tout le pays est miné avec ça.
Quels sont vos projets ?
Je cours toujours après mon premier long-métrage. C'est ce que pourquoi je fais ce métier depuis le premier jour. J'ai réalisé deux courts-métrages récemment. Je compte en réaliser un autre durant les vacances. Je reste le clippeur du label BHP et de Pompis, un chanteur qui a de l'ambition et qui met les moyens dans ses clips.
Votre moyen-métrage Guiana Blood sorti en 2011 traduisait déjà l'urgence de la situation guyanaise.
Oui. À l'époque, lorsque l'on parlait de la Guyane au cinéma, cela se passait toujours dans la forêt... On ne nous avait jamais vu dans la ville. Guiana Blood expliquait en 2011 les raisons du mouvement de 2017. La fameuse phrase « la fusée décolle, mais la Guyane reste au sol » , de mon défunt ami Freaky Fan, est mise en avant dans le film et a été reprise durant les mouvements.
Qu'allez-vous faire de vos vacances ?
On va se concentrer sur l'émission Set up. J'organise également des soirées reggae tous les vendredis au Muzé du N'importe Koi, à Cayenne. Pour la première fois depuis bien longtemps, ce seront des vacances guyanaises.
Quel est votre coup de coeur ?
Mon papy qui a 101 ans et avec qui je bois le ti punch tous les dimanches. Musicalement, mon coup de coeur va à Danny Play qui a chanté la vie des Guyanais. Il a tout dit dans des chansons comme « Force de vivre » . À réécouter.

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5 commentaires

Vos commentaires

Papi Fredo 27.06.2018
Doucement

Vos commentaires haineux servent juste a nous diviser.
Commentaire sur sa famille ?
Si il voulait une vie facile il aurait choisit d’etre pharmacien.
Cependant ce commentaire n’a aucun fond.
Voyez les idees derriere le personnage.
Si il oublie des informations alors partagez les au lieu de critiquer betement, c’est comme ca qu’on avance, pas en se tirant dessus les uns les autres.
Vous chercher une guerre qui ne servira que la France et l’Europe. Reflechissez un peu avant d’ecrire.
C’est vous meme qui allez vous plaindre quand vous verez des jeunes guyanais se tirer dessus a coup de guns et vus arrivez meme pas a essayer d’encourager des idees, ou de les completer si il le faut au lieu de tirer sur cox comperes

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Miremonde 24.06.2018

Superbe interview ! Rare de voir une personne affirmer autant son point de vue sans langue de bois ! Big Up Lostyca !

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saturne 23.06.2018

oui jml
fils unique et certainement héritier d un des pharmaciens les plus riche du departement j ai du mal à croire qu il a besoin de piston pour développer son activité et si en plus il travaille avec Guyane 1ERE TU AS DONC RAISON JML

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jml973 23.06.2018
Blague de la semaine

C'est quand même un gars qui travaille pour Guyane 1ère, payé par les fonds publics, les impôts de tous les français, qui va se plaindre publiquement qu'il faut connaître du monde et qui trouve qu'il n'a pas les mêmes chances que les autres français. Ca va, il a pas honte et il nous prend vraiment pour des glands. Il voulait juste faire passer subtilement son message pour l'indépendance et pour le massacre de la Guyane avec l'orpaillage. Il a bien retenu la stratégie utilisée durant les mouvements sociaux pour manipuler la population. Il nous prend pour qui ?

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Paassy 23.06.2018
Discours sidérant

Exactement, et là où ça devient obscène, c'est quand il fait la comparaison des Guyanais avec les Kanaks qui profitent du nickel. Il nie donc complètement l'existence des peuples autochtones de Guyane et leurs droits consacrés par l'ONU sur leur foncier ancestral et leur consentement préalable à l'exploitation de leurs terres. Droits joyeusement ignorés depuis des lustres. Pire, il se permet de se substituer à eux en donnant son avis dans une posture incroyablement colonialiste.

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