BOUVET GUYANE : Coup de Trafalgar en tête de flotte
A. S.-M.
France-Guyane
07.02.2012
Après avoir chaviré à quatre reprises dimanche, Jean-Emmanuel Alein s'est remis en selle. Hier soir, il pointait à la quatrième place (54West)
Deux prétendants à la victoire, dont le leader, jettent l'éponge. Les Guyanais passent aux commandes.
Tout a commencé en début de matinée lorsque les organisateurs, stupéfaits, sont contactés par Jean-Jacques Gauthier (Écho Mer), en tête depuis le départ, qui leur annonce son intention d'abandonner.
Le leader a été l'une des victimes du gros temps et des chavirages du week-end et cette mésaventure a laissé des traces : une importante voie d'eau à l'avant et, plus grave, une avarie à l'aileron. Verdict sans appel pour Michel Horeau, directeur de la course : « Sans cet aileron, il est impossible de traverser l'Atlantique! »
Et pour cause : sans aileron, impossible de garder un cap. Après réflexion, Jean-Jacques Gauthier revenait sur sa décision et décidait de tenter de réparer. En vain : « J'ai essayé de remplacer le fameux aileron par deux avirons [...] mais après dix minutes d'essais, les deux avirons ont cassé net sous la poussée latérale des vagues sur la coque. À bout d'argument, je n'ai plus d'autre possibilité que de renoncer. »
Sans doute la mort dans l'âme. Jean-Jacques Gauthier encaisse son troisième abandon en trois participations à l'épreuve. ALNET RENONCE AUSSI
Dans l'après-midi, Rémy Alnet (Areva) contactait à son tour la direction de course. Troisième après l'abandon de Gauthier, le skipper annonçait son abandon pour raisons techniques, lui aussi victime des chavirages du week-end.
Privé de désalinisateur, gravement endommagé par l'eau salée, il était contraint de jeter les avirons. « Si cet incident m'était arrivé à une semaine des côtes guyanaises, j'aurais naturellement fait avec, confiait hier le skipper. Mais ramer 35 à 40 jours sans eau douce me semble au-dessus de mes forces et mes moyens. Du coup, je renonce. »
Rémy Alnet avait déjà été contraint à l'abandon en 2009. Enfin, Olivia La Hondé (Bleu citron) faisait part, elle aussi, de soucis d'aileron après le gros temps du week-end. Mais hier soir, la seule femme en course n'évoquait toujours pas l'éventualité d'un abandon. LES GUYANAIS SUR LE PONT
Ces deux abandons coup sur coup chamboulent donc le classement en tête de course et ce sont les Guyanais qui en profitent. Ils sont quatre aux quatre premières places.
Déjà auteur d'une grosse remontée ces derniers jours, Pascal Vaudé (Marine et Loisirs) passe en tête, lui qui, avant le départ, annonçait vouloir profiter avant tout de sa traversée. Après avoir choisi l'option sud, le Cayennais effectue une remontée vers le nord depuis deux jours et pourrait bien être parti pour une longue chevauchée vers la victoire.
Il possède plus de 13 miles nautiques d'avance sur Henri-Georges Hidair (Montsinéry-Tonnégrande), deuxième et toujours très au nord. Pierre Verdu (La Fileuse) complète le trio de tête devant Jean-Emmanuel Alein (Sapro-Point Bois) qui s'est finalement bien remis de ses déconvenues du week-end. Les écarts commençant à devenir significatifs, le podium final pourrait bien avoir des couleurs 100% guyanaises.
Mais Hidair et Alein ont eux aussi connu les chavirages du week-end et il reste à espérer que le matériel tiendra bon jusqu'à Cayenne. Classement hier à 18 heures 2. Henri-Georges Hidair à 14,1 mn 4. Jean-Emmanuel Alein à 26,4 mn 5. Francis Cerda à 27,7 mn 10. Julien Besson à 73 mn mn =miles nautiques en gras : les Guyanais - Dimanche noir pour Hidair

Ce week-end, plusieurs skippers ont connu l'infortune du chavirage. Cela a été le cas dimanche pour Henri-Georges Hidair (Montsinéry-Tonnégrande).
Lors de la vacation d'hier matin, il racontait ses déboires aux organisateurs : « Dimanche, c'était la journée de toutes les frayeurs. On a eu une tempête avec des vagues de 6 ou 7 mètres de haut et j'avais beau ballaster le bateau, une vague m'a chopé, elle a ramassé le bateau et l'a retourné comme une crêpe. Le problème, c'est que c'est arrivé au moment où je retournais dans la cabine, je n'ai pas eu le temps de fermer les panneaux et de l'eau est entrée. C'est le bateau retourné, sous l'eau, que j'ai réussi à refermer complètement la cabine. Ensuite, j'ai fait le hamster pour retourner le bateau. Cela a duré entre 15 et 30 secondes, c'était rapide. J'ai ensuite passé une bonne partie de la matinée à écoper et à enlever toute l'eau qu'il y avait dedans. Le pire, c'est que de l'eau est entrée dans le panneau électrique et, depuis ce matin (hier matin, ndlr), les batteries ne se rechargent pas bien et j'ai aussi un GPS qui a pris un coup. Sinon, j'ai vu aussi une tortue qui, la pauvre, était en train de s'acharner sur un petit plastique, elle le prenait pour une méduse et essayer de l'avaler. Donc voilà le bilan de la journée de dimanche qui a été une journée catastrophe! »