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WYCLEF JEAN, CHANTEUR HAÏTIANO-AMÉRICAIN : Nous devons être fiers d'être Haïtiens, nous avons l'histoire avec nous

Entretien : AUDREY VIRASSAMY France-Guyane 16.06.2009

Photos : O.C, G.A, A.V

Nommé ambassadeur de bonne volonté pour Haïti par le président René Préval, Wyclef Jean prend son rôle à coeur. Quelques heures avant d'investir la scène du stade de Bois Chaudat à Kourou, samedi, c'est un homme entièrement dédié à la cause haïtienne qui s'est livré aux médias locaux et nationaux.

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C'est la première fois que vous venez ici. Est-ce que vous connaissiez la Guyane avant ?
Je dois avouer que j'ai dû regarder sur une carte pour savoir précisément où se trouvait la Guyane. Mais je savais que ce n'était pas loin du Brésil et je n'ai pas confondu avec le Guyana. Il est quand même plus facile pour un Haïtien que pour un Américain de savoir où se trouve la Guyane!
Pourquoi est-ce que vous êtes venus en Guyane ?
Je suis venu pour Malouda. C'est lui qui me l'a demandé. Ce qu'il fait aujourd'hui pour la culture et les Guyanais, c'est un peu ce que je fais pour Haïti. Malouda est un mythe, pas parce qu'il est un footballeur, il fait plus que du foot. Il apporte quelque chose à la communauté (lire par ailleurs).
À votre descente d'avion, vous vous êtes rendu à Radio Mosaïque, la radio de la communauté haïtienne. C'était important pour vous de faire ce geste-là ?
Oui c'est important, je veux donner une force à la communauté.
Vous dites souvent, et vous le chantez (notamment dans la chanson Jaspora, ndlr) qu'il faut que les Haïtiens soient fiers d'être Haïtiens...
Beaucoup de gens disent qu'Haïti a eu son indépendance trop tôt. Ce n'est pas vrai. L'histoire ne ment pas. Même si nous avons souffert, nous avons donné une force à toute la Caraïbe en devenant la première république noire. S'il n'y avait pas eu Haïti, tout aurait été différent. Je veux que les Haïtiens soient fiers d'être Haïtiens, à cause de cette histoire. Et quand je ramène en Haïti des gens comme Akon ou Angelina Jolie (pour l'anniversaire de son organisation humanitaire Yélé Haïti, ndlr), c'est aussi pour ça.
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Quand vous parlez de vos actions humanitaires, vous dites avoir besoin de plus de soutien. En avez-vous de la part de la Caraïbe, des Antilles Françaises ?
Le Guadeloupéen dit « je suis Guadeloupéen » , le Martiniquais « je suis Martiniquais » . Les Antilles ne s'unissent jamais, sauf quand il y a des problèmes. Par contre, il y a un effet domino. Quand une île fait quelque chose, l'autre se dit « et pourquoi pas moi ? » . Mais je pense qu'on devrait s'unir quand les choses vont mal mais aussi quand les choses vont bien. Que ce soit là-bas, en Guyane, en Haïti, nous sommes tous des descendants d'Africains et partout, l'union fait la force.
René Préval vous a nommé ambassadeur de bonne volonté d'Haïti. Est-ce que vous auriez accepté un poste de ministre ?
Ce que je fais, je le fais depuis que je suis né. Je ne le fais pas pour être payé, ce n'est pas un travail, je le fais naturellement. Je n'ai pas besoin d'être ministre.
Quand vous étiez petit, qu'est-ce que vous écoutiez comme musique ?
J'ai grandi à Brooklyn et là-bas on est des enfants du hip-hop! Mais chez un de mes oncles j'ai beaucoup écouté Tabou Combo! Aujourd'hui, j'aime toujours Tabou Combo, mais aussi des groupes comme T Vice ou Carimi.
Qu'est-ce qui vous donne votre force ?
C'est Dieu. Mon père était pasteur et j'ai toujours cru en Dieu. Si je marche aujourd'hui, si je suis celui que je suis, c'est grâce à Dieu.
Vous avez parlé de votre association Yélé Haïti. Quelles sont vos prochaines actions ?
La prochaine action va consister à planter des arbres parce que la déforestation est le problème numéro un d'Haïti.
- PORTRAIT : L'engagement en rouge et bleu
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IL EST VENU PARTICIPER AU FESTIVAL DE REGGAE One love festival de son ami Florent Malouda. Mais Wyclef Jean a fait bien plus que chanter. Sur scène, fidèle à lui-même, l'artiste a évoqué son pays natal, Haïti, devant une foule entièrement ralliée à sa cause, vêtue aux couleurs du drapeau haïtien. En 2005, pour venir en aide au pays le plus pauvre du continent américain, le chanteur a monté une organisation, Yélé Haïti. Son objectif : offrir des bourses d'études qui ont déjà permis, entre autres, de scolariser 7 000 enfants. Sur le site de l'organisation, www.yele.org, le chanteur propose aussi aux visiteurs de devenir des « Warriors » , des guerriers pour Haïti. Une demande qu'il a, à sa façon, formulée sur scène en entonnant son « hymne national » personnel « rouge et bleu » , hommage au drapeau haïtien. Au stade de Bois Chaudat, Wyclef a chanté près de trois heures, mais il avait, à l'avance, prévu de rester longtemps sur scène. « Quand tu sais ce que c'est de sortir dix dollars de ta poche, tu ne peux pas venir chanter cinq minutes et dire bye bye. Si je fais ça, c'est un peu comme si je volais les gens. » Une autre définition de l'engagement.
- BIO EXPRESS
- Wyclef Jean naît le 17 octobre 1972 à Haïti. Son père est pasteur, il a deux soeurs et deux frères. Après une enfance à La Serre, ville du sud-est, il part à l'âge de dix ans pour les États-Unis et atterri à Brooklyn, New York.
- Avec des amis, Lauryn Hill et Pras Michel, ils montent le groupe The Fugees, consacré avec son second album The score.
- En 1997 sort The Carnival, son premier album solo.
-En 2005, l'humanitaire prend plus de place dans sa vie avec la création de son organisation Yélé Haïti (www.yele.org).
« Malouda ? A great kid with good vibes! »
Voilà comment Wyclef Jean décrit Florent Malouda. Le chanteur se rappelle très bien du jour où il a rencontré « ce gamin génial avec de bonnes ondes » . « C'était dans un hôtel à Berlin, j'étais venu pour un match et on s'est croisé. Plus tard, il m'a dit qu'il avait trouvé que je l'avais mal regardé à ce moment-là (rires)! Je trouve qu'il est un des meilleurs joueurs de foot, mais il est plus que cela. Il apporte quelque chose à la communauté. Ce qu'il fait là pour la Guyane (avoir organisé le One love festival, ndlr), c'est un peu ce que je fais pour Haïti. » Même si Wyclef Jean confie que son équipe de foot préférée reste celle du Brésil, il semble être un fan absolu de Florent Malouda : « Entre lui et moi, il y a eu une espèce de connexion naturelle. »
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Voir aussi : Toutes les photos et vidéos du One Love festival
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24 mai 2012