La vie d'Onel a basculé le 7 juillet dernier. Un changement aussi soudain qu'un mouvement de terrain. Prévisible, mais toujours inattendu lorsque ça arrive. « On nous avait déjà dit que la zone sur laquelle on habitait était dangereuse » , raconte ce peintre en bâtiment, originaire d'Haïti, installé sur les hauteurs du mont Baduel depuis huit ans. Alors on n'avait pas le choix. Il fallait partir » . Et atterrir dans un premier temps au gymnase du collège Catayée, en attendant qu'un logement se libère.
Standing
Sa « vie a changé » le 31 juillet, pour être tout à fait exact, lorsqu'avec sa femme, son enfant de six mois et sa mère, il a investi un logement social de la Siguy, situé vers Petit-Lucas. Comme tous les F3 qui se respectent, celui-là dispose de deux chambres, d'un salon, d'une cuisine, d'une salle de bain, de toilettes, et même d'une petite terrasse. C'est sûr que le standing n'est plus le même qu'à Baduel. « Avant, dans notre petite case, on n'avait ni eau, ni électricité » , sourit Onel, « heureux de vivre aujourd'hui dans un endroit propre et décent » . Et comme sa femme, il compte bien rester là « le plus longtemps possible » .
Peinture fraîche
D'ailleurs, tous les deux parlent de leur nouveau « chez eux » , un appartement au loyer peu onéreux (440 euros), comme de leur enfant. L'immeuble aurait besoin d'être rafraîchi, mais le cadre est plutôt convivial. « J'ai repeint tous les murs à l'intérieur » , précise l'expert. « Et j'ai même refait la cage d'escalier, ajoute-t-il. Le voisin était très content quand il a vu ça » . Avec un peu de recul maintenant, il considère avoir eu « un peu de chance » . « On n'a jamais souhaité que la montagne s'effondre, dit-il, mais c'est vrai qu'aujourd'hui notre vie a changé » . Pour Onel, c'est aussi « la grâce de Dieu » qui l'accompagne.
Le fait du jour - Sur la montagne abandonnée...
Sept mois après le passage des bulldozers et des masses, les hauteurs du mont Baduel semblent oubliées. Le site a en tout cas été abandonné. Malgré la végétation qui reprend ses droits avec aisance, on devine encore l'emplacement de toutes ces cases qui avaient été évacuées, puis détruites, par les services de la mairie de Cayenne. Au total, 91 personnes avaient été délogées dans l'urgence.
...des familles dans l'attente
À l'époque, on parlait d'une deuxième vague d'évacuation, qui aurait concerné environ 120 personnes. Celle-ci n'a toujours pas démarré. Et ne semble pas à l'ordre du jour. « Ce qui pose problème, constate Christophe Mascitti de la DDE, c'est le manque de logements en Guyane » . La « maison » de Benita, 37 ans, est l'une des prochaines sur la liste, « mais on ne sait toujours pas quand on devra partir, explique cette future maman d'origine haïtienne, enceinte de huit mois. La police est déjà venue nous voir, mais on ne nous a rien dit, donc on attend » .
Le fait du jour - Repères
Évacuation
Un pan de la montagne de Baduel s'est effondré le 7 juin dernier. Les services de la mairie ont alors ordonné la destruction d'une quinzaine de maisons situées sur la zone jugée la plus dangereuse. 91 personnes ont quitté leur habitation lors des deux vagues d'évacuation du 14 et du 30 juin. La plupart de ces familles sont restées près d'une semaine au gymnase du collège Catayée, avant que leurs dossiers ne soient étudiés et que des logements se libèrent.
Relogement
« Une douzaine de familles a été relogée un peu partout dans l'île de Cayenne, notamment à Châtenay, Novapark, Zénith, Concorde, et aussi au bourg de Matoury, indiquait hier Isabelle Delafosse, de la DDE. Il y a aussi dû avoir deux non-régularisations (des familles qui ont dû quitter le territoire), et il me semble qu'une personne devait être accueillie dans une structure d'hébergement, mais elle a préféré se retrouver rejoindre sa famille ailleurs » . D'après la chargée de mission au Droit au logement opposable, « toutes les familles ont été relogées soit par la Siguy, soit par la SA HLM, et peut- être une par la Semsamar » .
Surveillance
« Déjà avant l'éboule- ment, on avait enclenché des études géotechniques précises après avoir identifié les secteurs les plus exposés » , rappelle Christophe Mascitti, chef du service des affaires économiques et de la prospective.
Aujourd'hui, la montagne de Baduel est toujours sous surveillance. « En saison des pluies, on est toujours plus exposé, remarque le technicien de la DDE. L'imprégnation des massifs peut provoquer des éboulements » .
Système d'alerte
Par ailleurs, « une brigade d'urbanisme passe souvent sur le site pour veiller à ce que personne ne reconstruise au même endroit » , explique Christophe Mascitti. Et on devrait aussi mettre en place cette année avec la mairie de Cayenne un système d'instrumentation de type inclinomètre qui permettra d'enregistrer d'éventuelles accélérations de mouvements de terrain, avec un suivi rapproché pour déclencher une alerte lorsqu'on constate que les risques deviennent plus importants » .