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DOSSIER SPECIAL

Les Haïtiens de Guyane (4/4) : Deux conteneurs partiront le 21 décembre

Dossier réalisé par Karin Scherhag Lundi 28 Novembre 2016 - 15h35
Les Haïtiens de Guyane (4/4) : Deux conteneurs partiront le 21 décembre

Le Collectif pour Haïti de Guyane a organisé une grande collecte pour les sinistrés d’Haïti. Rencontre avec le président de l’association, Serge Occean.

Serge Occean est sur tous les fronts. C’est lui, le président du Collectif pour Haïti de Guyane, qui gère la collecte de denrées alimentaires et de produits de première nécessité qui partira le 21 décembre du port de Dégrad-des-Cannes. Face à la générosité des Guyanais, le président a repoussé le départ des deux conteneurs (le second contiendra des matériaux de construction) ; plusieurs établissements scolaires, comme l’école Mortin à Cayenne (lire ci-contre) ou le lycée Castor à Kourou, ont en effet pris part en dernière minute à cet élan de solidarité.
Quand nous les avons rencontrés, Serge Occean et son équipe de bénévoles étaient occupés à conditionner les marchandises. « Dans une caisse, on essaie de mettre un peu de tout pour répondre aux besoins des familles. » Car l’homme a de l’expérience. « C’est déjà le troisième envoi qu’on fait pour Haïti, raconte-t-il. On avait fait trois conteneurs en 2008 après l’ouragan Hanna, puis huit après le tremblement de terre de 2010. On sait ce qu’on fait, précise-t-il comme pour clouer le bec aux sceptiques. Nos conteneurs arrivent toujours à destination. On a des images, des bilans et des gens sur place. » Cette année encore, une délégation partira en Haïti pour veiller au bon déroulement des opérations.
Quatre projets de développement
L’aide du Collectif ne s’arrête pas là. Dans la région d’Aquin, l’association nourrit quatre projets de développement : un poulailler participatif, un moulin à maïs, un atelier de couture et de broderie et la distribution de 500 chèvres aux plus démunis. « De cette façon, dans cinq ou dix ans, les familles pourront avoir un troupeau entier, explique Serge Occean. Toutes ces actions sont pérennes et ont pour objectif d’inciter les gens à rester chez eux. Parce que ce n’est jamais bien de se déraciner. » Là encore, le chef d’une entreprise en bâtiment sait de quoi il parle. « Ça fait trente ans que je vis en Guyane mais mon cœur est toujours en Haïti. Je ne peux pas oublier mon pays, mes racines, ma culture… »
Notre entretien est interrompu par un passant particulièrement véhément. « Et vous, vous faites quoi pour la Guyane ? », lance-t-il avant de tourner les talons en maugréant. Serge Occean affiche un sourire las. « Un seul comme ça peut faire beaucoup de dégâts, soupire-t-il. Vous voyez, si j’étais dans mon pays, il ne serait pas venu me dire ça. J’y pense chaque seconde. Cinq de mes enfants sont nés ici mais je leur ai toujours dit qu’ils étaient des immigrés. »
Bien sûr, il a eu vent des messages haineux qui ont circulé. « Je n’ai pas voulu les lire pour ne pas être choqué. On dit que la terre est une seule patrie mais la notion n’est pas la même pour tout le monde. Nous sommes une communauté de destins : mettons-nous ensemble pour vivre. »
À 55 ans, Serge Occean anime toujours une émission sur radio Mosaïque. Elle s’intitule « Tous pour un ». Tout un symbole…
 
 
L’école Mortin chérit Haïti
Les petits élèves de l’école Mortin, à Cayenne, ont participé à une grande collecte pour Haïti : nourriture, vêtements et jouets ont rejoint le conteneur du Collectif pour Haïti de Guyane. Touchés par le drame qui se joue loin de chez eux, de nombreux enfants ont aussi adressé des dessins et des poèmes emplis d’espoir pour leurs petits camarades haïtiens. Le jour de la collecte, ils ont notamment entonné, en chœur, la chanson de Stevy Mahy, Haïti chérie.
 
 
 
Les raisons du ras-le-bol
— « Les plus visibles ». L’historien Eugène Épailly estime que si les Haïtiens cristallisent à ce point les crispations, « c’est parce que ce sont les plus nombreux, les plus visibles. » L’Insee recense officiellement 50 000 Haïtiens en Guyane, soit environ 20 % de la population. Épailly annonce : « Les Haïtiens sont les Guyanais de demain. C’est le principe même de l’immigration. Prenez les Sainte-Luciens par exemple : aujourd’hui, ils sont Guyanais. On finit par oublier les racines, c’est comme ça. »
— Des gens « sans gêne ». Au-delà des messages haineux qui appellent, pour certains, à « exterminer » tous les Haïtiens de Guyane, des personnes plus posées, cultivées, expriment aussi leur ras-le-bol, leur sentiment d’oppression même, face à une immigration haïtienne toujours plus importante. « Ce sont des gens sans gêne, arrogants », se plaignent-ils. « C’est vrai, rétorque une jeune Haïtienne. On a pourtant un proverbe qui nous dit de nous adapter à la personne qui nous accueille. D’ailleurs, l’intégration des Haïtiens en Métropole ou aux États-Unis se fait sans difficulté. C’est peut-être parce qu’il n’y a pas de réelle identité guyanaise que nous avons du mal à nous adapter. »
— L’habitat illégal. « Ils volent nos terres ». Voilà notamment ce qu’on peut lire dans les messages anti-Haïtiens qui circulent sur les réseaux sociaux. Les auteurs dénoncent-là les habitations illégales qui fleurissent un peu partout en Guyane. Chez nos interlocuteurs Haïtiens, il y a ceux qui réfutent ces accusations, allant jusqu’à prétendre que les terrains concernés n’appartenaient à personne. Et ceux qui assument. « En Haïti, on construit partout, sans aucune règle, explique une jeune femme. Mais on ne vole jamais le terrain de quelqu’un. Ça, c’est inadmissible ! Pourquoi le fait-on ici ? Parce que c’est permis (sourire). Les gens savent qu’ils seront régularisés. Mais il n’y a pas que les Haïtiens qui font ça. »

 
 


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