En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de Cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt.
Pour en savoir plus et paramétrer les cookies, cliquez ici. X Fermer
  • S'abonner aux flux RSS de France-Antilles.fr
  • Partager cet article sur Facebook
  • Partager cet article sur Twitter
  • Partager cet article sur LinkedIn
  • Partager cet article sur Google +

Le Samu social à l'écoute de la rue

Marie GUITTON Jeudi 18 janvier 2018
Le Samu social à l'écoute de la rue
Jean-Michel, chauffeur-médiateur, Wendy, travailleur social, et Natacha, stagiaire, préparent le camion avant de partir en maraude (MG)

Vaste et belle entreprise que le Samu social. À Cayenne, pour venir en aide aux publics en situation de grande précarité ou d'exclusion sociale, l'organisation s'appuie, notamment, sur des maraudes et un centre d'hébergement et de réinsertion sociale.

. Vous l'avez peut-être déjà vu, disparaître à l'angle de la rue ou, garé le long du trottoir, entouré d'une petite équipe en tee-shirts blancs... Le camion du Samu social est attendu, toutes les semaines, par de nombreuses personnes qui vivent dans la rue.
De 10 heures à 15 heures les mardis et jeudis, et de 19 heures à 23 heures les lundis, mercredis et vendredis, des employés et bénévoles montent à bord pour « marauder » à Cayenne et ses environs. Point de départ : quartier Cabassou, où le camion est chargé de dons de linge, thermos, sandwichs et quelques gâteaux.
Le chauffeur-médiateur dirige les opérations. C'est lui qui propose l'itinéraire de la maraude. Ce jour-là, elle commencera avec un homme auquel l'équipe a fixé un rendez-vous la veille, pour lui remettre un formulaire de renouvellement de ses papiers.
« On a une file active d'usagers connus » , explique Marielle, la cheffe du service de la veille sociale. Dans certains quartiers, un petit coup de klaxon rassemble les « habitués » . « Bonjour Monsieur, comment ça va aujourd'hui ? »
« On parle de leur journée, ça peut vous paraître banal, mais pour eux, c'est un moment privilégié » , raconte la responsable. Puis le camion reprend sa route, sillonne les rues pour repérer de nouvelles personnes. À chaque rencontre, entre 40 et 50 par maraude, l'équipe s'arrête, engage la conversation, propose une collation, et voit s'il est possible d'aller plus loin. L'échange dure dix minutes ou deux secondes.
« On ne s'impose pas. C'est un peu comme si on frappait à leur porte... » , glisse Astrid, responsable du service hébergement et soins.
Parcours de vie douloureux, problème psychiatrique, exclusion du foyer familial, violences conjugales, sortie de prison, dégringolade après une déception amoureuse... Au premier contact, le Samu social tente simplement de créer un lien pour comprendre comment la personne s'est retrouvée dans la rue. Les trois-quarts sont des hommes, mais il y a aussi des femmes, de tous les âges, et peu d'enfants, systématiquement signalés à l'aide sociale à l'enfance.
SORTIR DE LA RUE, PAS APRÈS PAS
Tout au long de la maraude, le chauffeur-médiateur veille sur ses collègues : un bénévole, un infirmier et un travailleur social. Un regard, et ils comprennent qu'il faut partir. « Les situations ne sont pas toutes dangereuses, mais on est dans la rue, il peut y avoir des troubles. »
Un jour, un homme s'est présenté à l'équipe le bras en sang après avoir reçu plusieurs coups de sabre. « Malgré la douleur, il ne demandait rien » , raconte Wendy, un travailleur social. Il garde aussi de joyeux souvenirs, comme celui de cette jeune femme brésilienne qui, malgré son dénuement, avait offert des petits cadeaux à toute l'équipe en apprenant qu'elle était enceinte. « Ce sont des gens qui ne demandent généralement plus rien parce qu'ils ont été rejetés de la société. Certains choisissent d'être dans la rue, et on respecte leur choix.
Ils se retrouvent souvent à dormir devant les devantures des commerçants, ce qui occasionne parfois un certain mécontentement. Mais cela n'arrêtera pas notre action, prévient Tania, la directrice du Samu social. L'objectif de la maraude, c'est de maintenir un lien, aussi minime soit-il, pour que le jour où la personne se sent prête à revenir dans la société, on soit là. »
Lorsqu'elle le demande, l'infirmier lui prodigue quelques soins ou l'emmène à l'hôpital, et le travailleur social accompagne ses démarches administratives. Ceux qui veulent aller plus loin pourront, par la suite, obtenir une place au centre d'hébergement et un suivi individualisé pour se réinsérer (lire ci-contre). »
Il peut y avoir tout un travail en amont avant d'en arriver là. Le Samu social, c'est une méthode, un véritable parcours qui part du traitement de l'urgence et passe par de l'hébergement et du soin, précise Tania. Tous nos services travaillent ensemble. On ne fait pas de la rencontre avec un public aussi fragile n'importe comment. »
« On ne peut pas travailler à la réinsertion avec les codes de la rue »
Un Centre d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) offre dix chambres doubles à des personnes qui veulent sortir de la rue.
Des pensionnaires discutent avec Astrid, la cheffe du service hébergement et soins du Samu social. (MG)
Pour les personnes désireuses de quitter la rue, le Samu social a créé, en 2007, un Centre d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS). Situé à Calimbé, ses deux étages desservent dix chambres doubles, donnant sur une cour fleurie et lumineuse.
À l'entrée, encadrées par une animatrice, des femmes fabriquaient mardi des masques de carnaval, pour une petite fête. Sur un mur, le planning des tâches collectives se soulevait avec les courants d'air. Les résidents aident notamment à préparer certains repas, qu'ils partagent sous le carbet situé dans la cour, près de la salle de détente qu'ils ont eux-mêmes décorée.
« L'enjeu, c'est d'abord de faire cohabiter tout ce petit monde, des hommes ou des femmes qui ont eu un accident de parcours, d'anciens prisonniers, des toxicos... » , explique Tania, la directrice du Samu social.
Le reste de la journée est consacré aux démarches individuelles, médicales ou sociales, accompagnées par trois travailleurs sociaux et une médiatrice. Dès l'arrivée, des objectifs sont fixés, afin d'aider la personne à réaliser son projet ou, pour celles qui n'en ont pas, d'en faire émerger un, de « recréer l'envie » par des activités simples, comme le jardinage, la cuisine... « On tient compte du travail fait en maraude pour savoir comment les prendre en charge » , raconte Astrid, la cheffe du service hébergement et soins.
Tous devront, néanmoins, respecter à la lettre le règlement de l'établissement. « On ne peut pas travailler à la réinsertion avec les codes de la rue, sinon on en devient une simple annexe, explique Tania. Ils le savent. Ce sont des adultes, et nous ne sommes pas une prison. »
Les portes du centre ferment toutes les nuits entre 22 heures et 7 heures. Mais, à n'importe quel moment, celui qui le souhaite pourra prendre la « clef des champs » . Certains commencent par des dizaines d'allers-retours entre le centre et la rue. Ensuite, la durée moyenne de séjour était de quatre mois en 2017. Mais d'autres restent bien plus longtemps avant de se sentir prêts, après des années d'exclusion, à réintégrer pleinement la société.
Santé et logements transitoires
- En plus des maraudes(lire ci-contre) et des vingt lits du Centre d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), le Samu social loue des logements individuels pour héberger des familles avec enfants (dix places), et dispose de six lits « halte soins-santé » , réservés aux personnes sans-abri qui ont besoin d'une poursuite de leurs soins et d'un accompagnement social. Un volet que l'association aimerait déployer dans l'Ouest guyanais à l'horizon 2019.
- Le Samu social gère aussi la plateforme téléphonique « 115 » , pour les demandes urgentes d'hébergement et l'écoute, l'information et l'orientation des femmes victimes de violences conjugales, ainsi qu'un service intégré d'accueil et d'orientation (SIAO), chargé de toutes les autres demandes.
- Enfin, l'organisation gère actuellement une centaine de logements transitoires, destinés à accueillir les personnes évacuées des squats et éligibles à l'obtention d'un logement social. Pour réaliser toutes ses missions, le Samu social Guyane, créé en 2004, est financé, notamment, par l'État, l'Agence régionale de santé et la Collectivité territoriale. Il emploie une vingtaine de professionnels et une quinzaine de bénévoles.

Pour transmettre un commentaire, merci de vous identifier (ou de vous inscrire en 2min)

Mot de passe oublié?
Inscription express
Aucun commentaire