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Le drapeau guyanais fête ses 50 ans

Maud ALAMACHÈRE Jeudi 28 décembre 2017
Le drapeau guyanais fête ses 50 ans
À Cayenne, le 30 mars, la population est massée devant la préfecture où se déroulent des négociations entre le collectif Pou Lagwiyann dékolé et les ministres Éricka Bareigts et Matthias Fekl lors de la contestation sociale (KS)

Au cours des cinquante dernières années, depuis son adoption par l'Union des travailleurs guyanais, dès la création du syndicat à Sinnamary, en septembre 1967, le drapeau guyanais a souvent été décrié. Trop communiste. Trop africaniste. Pas assez représentatif de la société guyanaise dans son ensemble. Pourtant, son élévation dans les hauteurs des jardins de la Collectivité territoriale sous les yeux d'un de ses détracteurs historiques, Rodolphe Alexandre, a marqué sa reconnaissance officielle. Une reconnaissance obtenue autant dans la rue que dans les stades.

.Lors du mouvement social de mars et avril, la Guyane d'Est en Ouest a levé le drapeau adopté par l'Union des travailleurs guyanais (UTG). Sur tous les barrages, dans toutes les marches et toutes les manifestations, il a témoigné de l'unité de la société guyanaise face à l'État français. Revendiqué par l'UTG dont il est l'emblème depuis la fin des années 1960, le Komité Drapo et les partis indépendantistes guyanais tels le Mouvement de décolonisation et d'émancipation sociale (MDES) et le Moguyde (Mouvement guyanais de décolonisation), le drapeau étoilé devient l'emblème de la nation. Pourtant, une frange de la population guyanaise le rejette toujours. Ce cinquantenaire est l'occasion de revenir sur l'histoire de ce drapeau, sa symbolique et ses polémiques.
UNE PATERNITÉ CONTESTÉE
L'histoire raconte que c'est à la rue Beaubourg à Paris dans les années 1960, qu'un groupe de nationalistes guyanais imagine le drapeau vert, jaune, rouge. À cette époque, les étudiants guyanais, guadeloupéens, martiniquais et africains revendiquent leur négritude et crient à l'indépendance de leur pays. Parmi eux, David Donzenac.
Il est l'un des derniers survivants du groupe d'étudiants guyanais de la rue Beaubourg. Il se souvient : « À l'époque, il y avait un fort sentiment nationaliste. Or, un pays qui réclame son indépendance a son drapeau. Ça a beaucoup discutaillé, une étoile noire, symbolique de la lutte des peuples noirs ou une étoile rouge... Finalement, il y a eu consensus, le vert pour la forêt, le jaune pour les richesses du sous-sol et le rouge pour le sang versé par les esclaves et le socialisme. »
Une autre histoire raconte que c'est lors du congrès de la création de l'Union des travailleurs guyanais (UTG) à Sinnamary en septembre 1967 que le drapeau serait né.
Servais Alphonsine du Komité Drapo relate : « À son retour de Varsovie en Pologne, Turenne Radamonthe demande à avoir un emblème. Arrivés au Congrès de Sinnamary, les membres de l'UTG autour de Radamonthe se mettent au travail. Quand le maire les as vus, il a dit : « Vous complotez contre l'État français, sortez de la mairie. » L'histoire veut qu'ils aient terminé leur ouvrage sous un fromager sur la route de Corossany.
Si la paternité du drapeau est contestée, une chose demeure : à Paris comme à Sinnamary, le drapeau vert, jaune, rouge est le drapeau des indépendantistes.
« Au départ, les gens étaient un peu réticents » , concède Jean-Claude Ringuet, syndicaliste à l'UTG et indépendantiste de la première heure.
Mais les partisans du drapeau guyanais oeuvrent à le diffuser massivement. En 1996, lors des mobilisations pour l'indépendance du rectorat de Guyane, en 2008 lors des mouvements pour la baisse du prix du carburant, en 2013 pour l'université de Guyane et lors du dernier petit été de mars.
LAGWIYANN EN VERT, JAUNE, ROUGE
C'est au cours des nombreuses mobilisations qui opposent les
Guyanais à l'État français que le drapeau de l'UTG devient le drapeau des Guyanais.
« Le drapeau guyanais est fédérateur. Il n'y a jamais de drapeau bleu, blanc, rouge aux manifestations. Les bleu, blanc, rouge s'abstiennent » , remarque Jean-Claude Ringuet.
Dès 2006, le Komité Drapo imprime des drapeaux en masse et les diffuse dans toute la Guyane.
En mars dernier, à Maripasoula comme à Cayenne, les foules défilent sous le drapeau guyanais.
« Le Komité Drapo nous a envoyé des drapeaux » , confirme Emmanuel Anelli, habitant de la commune de Maripasoula et ancien membre du MDES.
Mieux encore, le drapeau guyanais apparaît aujourd'hui lors d'événements sans caractère politique. Des compétitions sportives, comme les derniers GuyMarGua de basket, les champions d'Amérique du sud de kayak-polo, et d'autres rendez-vous culturels.
De plus en plus accepté par les Guyanais du littoral et de l'Ouest, le drapeau vert, jaune, rouge a incontestablement gagné en popularité. S'il ne fait toujours pas l'unanimité, il continue d'exprimer pour beaucoup la fierté d'être guyanais avant d'être français.
David Donzenac à la maison du peuple, 40, avenue Ronjon à Cayenne (collection privée)
« Le grand Radamonthe » secrétaire général de l'UTG (à droite), à la maison du peuple, à Cayenne (collection privée)
Les Guyanais défilent avec le drapeau vert, jaune, rouge lors de la marche blanche contre la hausse du prix du carburant en 2008 à Cayenne (Servais Alphonsine)
Histoire d'un emblème
Adopté en 1967 par l'Union des travailleurs guyanais (UTG), le drapeau vert, jaune, rouge est devenu l'étendard de nombreuses manifestations dans le département. Reste qu'une partie de la population le rejette. Retour sur la naissance et l'histoire de cet emblème.
Changer le drapeau de la Guyane ?
Une frange de la population ne se retrouve pas dans le drapeau guyanais. À ce titre, il devrait faire l'objet d'une concertation. Le président de la Collectivité territoriale de Guyane Rodolphe Alexandre, le premier, l'a laissé suggérer. « Oui à un drapeau guyanais, mais choisi par l'ensemble de la population guyanaise » , avait-il tranché il y a quelques années. Même son de cloche à Papaïchton, commune dite « de l'intérieur » où le maire, Jules Deie, a refusé de l'afficher sur le territoire communal. « Personnellement, je ne peux reconnaître un drapeau guyanais tant que l'ensemble du territoire ne sera pas logé à la même enseigne, tant que notre territoire restera enclavé. D'ailleurs, comment voulez-vous que je vous donne un avis maintenant alors que mon territoire n'a pas été avisé au préalable ? Laissons ce privilège à ceux qui l'ont conçu. »
L'idée a été évoquée à plusieurs reprises. « Les couleurs jaune et vert du drapeau guyanais outre qu'elles rappellent l'or et la forêt rappellent le contexte de décolonisation des pays africains. L'étoile rouge fait référence au socialisme, idéologie prégnante de la même période, porteuse de l'émancipation des peuples. Conserver cette étoile et ces couleurs permet d'inscrire la revendication nationaliste guyanaise dans une historicité. Il est de bon ton aujourd'hui de vouloir systématiquement faire disparaître ce qui se rapporte au socialisme, une réécriture de l'histoire, en sorte. Or, ce n'est pas parce que cette théorie a été dévoyée dans les pays qui l'ont mise en pratique, que celle-ci est invalidée alors même que sa finalité première est l'émancipation des peuples » , s'insurge l'historienne Lydie Choucoutou Ho-Fong-Choy.
M. A.
Les Amérindiens ont leurs propres étendards
Au sein des communes à dominante amérindienne, d'autres drapeaux font aujourd'hui concurrence au drapeau guyanais. Franck Appolinaire, originaire d'Awala, revendique le drapeau des nations amérindiennes comme un message politique : « Beaucoup de nos compatriotes se sont attribués le drapeau d'Awala Yalimapo, conçu en décembre 2004. Ce drapeau est une résultante du processus de revendication des populations autochtones. De la même façon, en 2011, le drapeau des populations autochtones de Guyane est officiellement présenté lors du premier rassemblement des six nations amérindiennes de Guyane. Enfin, si on se réfère au dernier mouvement social en Guyane, le mot d'ordre était la couleur rouge, le drapeau d'Awala, et celui des peuples autochtones. »
Rodolphe Alexandre prêt pour un référendum
Interrogé sur la question du drapeau lors du congrès des élus en octobre, le président de la Collectivité territoriale de Guyane juge que la situation est suffisamment claire mais se dit prêt à consulter la population.
La question du drapeau s'est invitée... au congrès des élus, en octobre. Le Komité Drapo l'a hissé à l'entrée de la Collectivité territoriale, à Cayenne. Le maire de Saint-Laurent du Maroni Léon Bertrand est le premier à l'évoquer pendant les débats : « Autrefois uniquement déployé par les indépendantistes, le drapeau guyanais a pris toute sa place. » Les représentants des 500 Frères applaudissent. Les débats, eux, se portent sur d'autres sujets.
Il est midi passé. Les élus discutent depuis plus de trois heures. Ils sont en train de définir les thématiques qu'abordera chacune des commissions, pendant les états généraux. Léon Bertrand prend la parole : le premier édile de Saint-Laurent du Maroni souhaite que la question du drapeau soit discutée par l'une des commissions. C'est Isabelle Patient, vice-présidente de la CTG, qui lui répond : le drapeau « est déjà dans le patrimoine. Il a été validé. Il l'a déjà été par le conseil général. » Katia Béchet, élue de l'opposition, prend la balle au bond. Elle souhaite que la CTG prenne à son tour une délibération. Rodolphe Alexandre tente alors de clore le débat : « Je suis favorable à un referendum. » On n'en saura pas plus : ni la question, ni la date...
Mylène Matthieu, élue de l'opposition, doute de la volonté du président de la CTG de donner plus de valeur au drapeau. : « Tout à l'heure, j'ai voulu rentrer avec un petit drapeau guyanais et on m'a stipulé que les consignes étaient de ne pas faire rentrer le drapeau guyanais. »
Pierre-Yves CARLIER
Le 14 octobre, des militants ont hissé le drapeau sur l'un des mâts de la CTG pendant les débats du congrès (SRa)
Une supportrice des Yana Dòkò brandit le drapeau en mars 2016 lors d'un match entre la Guyane et Cuba (photo d'archives)
En 2013, les Guyanais défilent sous le drapeau pour une université de plein droit (Servais Alphonsine)
Jean-Claude Ringuet, membre de l'UTG et du Komité Drapo
Le drapeau guyanais est fédérateur. Il n'y a jamais de drapeau bleu, blanc rouge aux manifestations

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1 commentaire

Vos commentaires

Pierre Carpentier 30.12.2017
Les couleurs de l’indétournable nation.

Indépendamment de son admirable et parfait graphisme qui nous est envié de par le monde, ce drapeau a fait preuve de solidarité et de consolidation de notre plurinational peuple dès le premier congrès de l’UTG à Sinnamary en 1967 par la fédération patriotique de tous les travailleurs guyanais du Centre Spatial Guyanais qui comprenait tous les membres des communautés de base de la Guyane. Et c’est à ce titre qu’il est emblématique, à mes yeux, de nos luttes sociales, de notre unité culturelle plurielle, et de notre décolonial destin.
Soley’ !
Pyèr.

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