Grande manif'pour les tout-petits
S.B
France-Guyane
12.03.2010
Selon la fédération guyanaise des structures d'accueil, plus de 80% des crèches ont suivi le mouvement, hier à Cayenne (S. B.)
Trois cents professionnels de la petite enfance ont manifesté hier dans les rues de Cayenne. Ils dénoncent une politique de la petite enfance « au rabais » .
Dans les bras de son papa, Antoine, seize mois, regarde avec étonnement le flot des ballons colorés, des banderoles et des manifestants portant un tee-shirt blanc « Zot ti moun a pa ti sardines » . Pour la première fois en Guyane, 300 personnes - principalement des femmes - ont défilé dans les rues de Cayenne pour exprimer leurs inquiétudes face à une politique de la petite enfance « au rabais » . Ce mouvement rejoint une mobilisation nationale, à laquelle des milliers de manifestants ont participé hier dans les grandes villes françaises (lire également en page 9).
En Guyane, la source du mécontentement est multiple. Mais il répond en premier lieu au projet de décret de la secrétaire d'État à la Famille, Nadine Morano, qui prévoit d'accueillir plus d'enfants et de réduire le nombre de personnels qualifiés dans les structures d'accueil.
« Aujourd'hui, nous sommes à un adulte pour huit enfants. Avec le décret, on passera à un adulte pour douze enfants » , dénonce Ghislaine Riga, directrice de crèche. Le secrétariat d'État affirme pour sa part que le taux d'encadrement ne changera pas.
Deuxième motif de grogne des manifestants : la qualification du personnel. « Les diplômés (éducateurs jeunes enfants, puéricultrices..., ndlr) qui représentent actuellement 50% du personnel, ne représenteront plus que 40% de l'effectif! » poursuit Ghislaine Riga, craignant que la qualité d'accueil des enfants en pâtisse.
2 500 à 3 000 places manquantes en crèche
Le cortège a rejoint le Conseil général et la préfecture, où les manifestants ont déposé une motion appelant à la mise en place « d'une véritable politique de la petite enfance garantissant la pérennité des structures d'accueil » .
Selon eux, l'application de la Prestation de service unique (PSU) en janvier en Guyane met encore plus à mal l'équilibre financier des structures : « La part de la Caf et des parents atteint 66% de notre budget. Les communes devraient y contribuer pour 34%, mais celles qui ont signé le contrat enfance (Cayenne, Rémire-Montjoly, Matoury, Kourou et Saint-Laurent, ndlr) ne le financent qu'entre 10 et 25%. Comment pouvons-nous combler ces pertes ? » On compte dans le département 1 500 places de crèches, « alors qu'il en faudrait au moins 4 000 à 5 000 » , indique Nelly Monplaisir, présidente de la fédération des structures d'accueil de la petite enfance Guyane. Les listes d'attente sont souvent longues, très longues. La Créch'tôt, à Cayenne, accueille 45 enfants âgés de trois mois à trois ans ; une éducatrice jeunes enfants estime que la liste d'attente dépasse les 150 demandes.