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« On compte nos morts ici »

Pierre ROSSOVICH / Audrey VIRASSAMY Samedi 15 avril 2017
« On compte nos morts ici »
Les croix symbolisent les homicides commis depuis début 2016 en Guyane (AV)

Dans la nuit de jeudi à vendredi, un artiste qui entend garder l'anonymat a planté 46 croix sur la place des Palmistes. Elles représentent les meurtres commis de janvier 2016 à ce jour en Guyane. Il explique sa démarche.

Stupeur et surprise hier matin pour les Cayennais. Des croix blanches ont été plantées la nuit précédente sur la place des Palmistes, au coeur de la ville. Quarante-six croix précisément. Il s'agit de l'oeuvre d'un artiste qui souhaite rester anonyme. C'est « une oeuvre à message social. Les 46 croix représentent les 42 meurtres commis en 2016 et les 4 autres commis depuis janvier en Guyane » , commente-t-il.
À l'aide de palettes et de peinture blanche, ses camarades et lui ont confectionné ces croix avant de les disposer dans la nuit. « C'est un rappel au pourquoi du mouvement social qui touche actuellement la Guyane. On compte nos morts ici. C'est ça qui a engendré l'action des 500 Frères. Quarante-six personnes ont été sacrifiées. Bonnes ou mauvaises, ce sont les victimes du système » . Raison pour laquelle les croix ont été disposées comme dans les cimetières militaires américains.
« C'est un message pour la France » , explique l'artiste, qui dit n'avoir pas choisi exprès la date du vendredi saint : « C'est une sorte de hasard mystique : nous étions juste prêts. Mais l'idée date de la fin de l'année dernière » . Au moment où certains craignent ou espèrent que le mouvement social en cours s'essouffle, le message à la place des Palmistes ne passe pas inaperçu.
CHACUN Y VA DE SES SUPPOSITIONS
Venue de Matoury pour voir son médecin - qui était absent - une dame d'une soixantaine d'années a fait un crochet par la place. « J'ai entendu ça à la radio, alors je suis venue voir. C'est un geste fort. Nous on sait pas... Mais Dieu seul sait! Ces 46 croix sont là pour ceux qui sont tombés sous les balles. Parce que le peuple a pleuré en 2016 et la mobilisation, c'était pour ça au départ! » Maryse, 33 ans, fait le tour avec sa fille. Et ce happening, elle est absolument pour. « C'est une piqûre de rappel pour les personnes qui veulent arrêter le mouvement. C'est un acte sauvage pour rappeler les morts qu'il y a eu et que c'est l'insécurité qui a provoqué cette mobilisation générale. » Un peu plus loin, Annie, 51 ans, scrute les croix et les compte. « Je me demande si chaque croix, ce n'est pas pour représenter un membre des 500 Frères. Parce que comme il ne sont pas vraiment 500... » Annie suppute. Serait-ce l'oeuvre de quelqu'un qui en veut aux Frères ? « D'autant plus qu'on est vendredi saint! C'est un peu négatif. » Nous lui expliquons la démarche de l'artiste mais elle ne semble pas convaincue. « Si c'était ça, Madame le maire aurait dû faire une inauguration, expliquer aux gens. Moi je trouve ça bizarre... »
LES CROIX RESTENT... POUR LE MOMENT
Marie-Laure Phinéra-Horth a, bien entendu, vu ces croix. « J'ai peut-être même été parmi les premiers, indique le maire de Cayenne. Je suis au chevet de ma mère qui agonise à l'Ehpad des Palmistes, depuis plusieurs jours. Lorsque je les ai vues, vers 5h30, je n'en croyais pas vraiment mes yeux. « Ayant compris la symbolique exprimée par l'artiste, l'élue a choisi de laisser l'oeuvre, du moins quelques jours. « La place étant classée, c'est vrai qu'il aurait fallu une autorisation pour poser ces croix. Des badauds m'ont dit que je devais les enlever, appeler l'évêque... Pour moi, ça va au-delà. On les fera enlever, mais pas tout de suite. Ce sera sans doute d'ici mardi : je pense que pour les familles qui ont perdu un proche, cela peut être vécu comme une thérapie. Moi qui vais bientôt être confrontée à la mort, je ne peux que le comprendre.

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3 commentaires

Vos commentaires

den97300 16.04.2017
Bravo à l'artiste et à madame le maire

Bravo encore une fois. Merci pour eux, pour les familles endeuillées. Il y a eu tant de violences et de meurtres. Nous en avons tous marre. Tous le monde a peur de vivre, de sortir, on regarde constamment derrière soi. C'est mon cas et celui de mes proches. On n'ose plus sortir la nuit ou alors pour de courtes sorties. Même lorsque c'est éclairé. De jour comme de nuit. Les voyous font la loi en Guyane. On a peur de se confronter à eux et on ne sait même plus d'où ça peut venir. Sincèrement, l'insécurité n'est pas vivable. Quand l'état va t il nous entendre sérieusement ????

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Georges de Cayenne 15.04.2017

Bravo Marie-Laure pour ta réaction. Essaye de les laisser un peu plus longtemps que mardi...

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Monte-Cristo 15.04.2017

Pour les victimes innocentes pui d'accord, mais pour la racaille qui cest entre tuer dommage pas plus de croix
Que la vermines ce tuent entre eux rien à cirer, bon débarras et stérilisé leurs parents et femmes pour que ça ne puissent plus ce reproduire

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