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« Le social se meurt, la délinquance demeure »

Propos recueillis par Déborah NEUSY Mardi 25 avril 2017
« Le social se meurt, la délinquance demeure »
Les travailleurs sociaux mobilisés au sein du collectif pour faire connaître leurs revendications et l'importance de leur travail pour lutter contre la délinquance. Ci-contre, France-Aimée Sutty, éducatrice spécialisée et représentante du pôle social du collectif Pou Lagwiyann dékolé (DN)

Ce slogan porté par le pôle social du collectif résume à lui seul la situation difficile dans laquelle évolue le secteur social et médico-social en Guyane. Il se sent laissé pour compte dans les négociations avec l'État, qui rappelle que ce secteur relève de la compétence de la CTG. Les travailleurs sociaux demandent dès lors l'attribution d'un fonds de financement exceptionnel de 130 millions d'euros à la CTG afin de rattraper le retard structurel mais aussi prévenir efficacement et durablement la délinquance. Des acteurs du pôle social du collectif s'expriment sur leurs revendications.

QUELLES SONT LES REVENDICATIONS DU PÔLE SOCIAL DU COLLECTIF ?
France-Aimée Sutty, éducatrice spécialisée et porte-parole du pôle social du collectif, et Marielle Hélène-Madeline, assistante sociale
Au vu des nombreuses doléances que nous avions dans les différents secteurs du social, nous avons priorisé notre travail en trois axes. Tout d'abord, la prévention, au regard du climat d'insécurité qui règne en Guyane, avec tous les dispositifs qu'on peut y retrouver : prévention spécialisée, les actions éducatives à domicile, les aides auprès des familles, etc. Le deuxième axe concerne le rattrapage structurel, avec la création d'un établissement public de placement éducatif pour mineurs et d'unités d'insertion, des foyers de jeunes travailleurs, des centres parentaux, etc. Enfin, le troisième axe s'articule autour du terme d'innovation pour la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), avec la création d'unités d'accueil de jour pour les jeunes délinquants. On manque de moyens humains et surtout de structures. S'il n'y a pas de social, vous aurez tous les maux de la société, raison pour laquelle il faut oeuvrer pour les structures de base, les besoins fondamentaux.
(DN)
COMMENT S'ARTICULE LE TRAVAIL DE LA PRÉVENTION EN GUYANE ?
Kristel Thomas, chef de service de Ti'Kaz
Aujourd'hui, il y a un gros manque au sein de la parentalité. Beaucoup de jeunes délinquants manquent de cadre parental. Nous essayons qu'ils retournent le plus souvent dans leurs familles, mais celles-ci ont besoin d'être accompagnées par des professionnels pour acquérir leurs compétences parentales. C'est pour cela qu'il faut engager davantage de professionnels tels que les éducateurs de rue.
Raphaël Essers, éducateur spécialisé
La prévention spécialisée est un dispositif dans la protection de l'enfance qui existe depuis plus de cinquante ans en France hexagonale. Elle n'est présente en Guyane que depuis 2008, et uniquement à Kourou (Akati'j). On a la jeunesse la plus délinquante de France, d'où l'urgence de créer urgemment des associations de prévention spécialisée sur l'île de Cayenne et Saint-Laurent. C'est très important puisque l'un des leitmotivs du mouvement, c'est la délinquance. La prévention spécialisée est le premier maillon de la chaîne puisque nous allons chercher les jeunes sur leur lieu de vie, pour les accompagner collectivement puis individuellement sur la scolarité, la formation, les problèmes d'addiction, de justice, etc. Les éducateurs de rue permettent ainsi de rediriger les jeunes en voie de marginalisation vers les structures de droit commun.
EN QUOI LA PROTECTION JUDICIAIRE DE LA JEUNESSE DOIT-ELLE ÉVOLUER ?
Philippe Anselin, représentant du syndicat national des personnels de l'éducation et du social et de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ)
Nous ne sommes qu'une soixantaine d'agents à travailler auprès des mineurs délinquants sur tout le territoire, on manque de moyens humains. De plus, la Guyane est le seul département d'Outre-mer à ne pas avoir de foyer public, c'est-à-dire un établissement de placement éducatif (EPE). Actuellement, les mineurs ayant commis des délits sont placés à des centaines de kilomètres de chez eux. Le seul foyer existant en Guyane habilité à en recevoir est le foyer Ti'Kaz à la Chaumière à Cayenne, qui a douze places. S'ajoute à cela une vingtaine de familles d'accueil. Un autre foyer devrait être créé dans l'Ouest si possible car c'est une région encore plus sinistrée que l'Est. La Guyane compte énormément de primodélinquants qui se retrouvent en détention car la justice tape fort avec eux, par faute d'autres solutions. Mais il y a pourtant d'autres choses à tenter avant la prison.
VOUS SENTEZ-VOUS REPRÉSENTÉS DANS LE COLLECTIF ?
Raphaël Essers, éducateur spécialisé, Francisca Depina, responsable d'une structure en addictologie, et Karine Bichara, du collectif pour la personne en situation de handicap
On est autour de toutes les tables, mais beaucoup de nos collègues du collectif ne comprennent pas ce qu'est le social. Les 500 Frères par exemple ne se rendent pas compte qu'ils sont déjà un peu dans l'éducation spécialisée, avec leur idée des grands frères notamment. Les gens ont une vision du social relative aux enfants handicapés, à la Caf, aux assistants sociaux, etc. Mais ce que tout le monde oublie, c'est que nous sommes tous touchés un jour ou l'autre dans nos familles, via une dépression, un accident, une maladie. On nous qualifie souvent de travailleurs de l'ombre. Pourtant, même si la délinquance ne peut être éradiquée, il y en aura moins grâce à nous.
QU'ESPÉREZ-VOUS À L'ISSUE DE LA MOBILISATION ?
Raphaël Essers, Francisca Depina et Karine Bichara
L'ensemble de nos revendications urgentes s'élève à 130 millions d'euros pour tout le secteur social afin d'arriver à quelque chose de décent, comme dans n'importe quelle commune de Métropole. Rien ne nous est réservé dans le milliard accordé par le gouvernement, plusieurs pôles n'y figurent pas. C'est dans les deux milliards supplémentaires que nous serons peut-être représentés. Nous sommes dans un retard structurel et donc dans de l'urgence, c'est pour ça que nous nous battons afin d'être intégrés au plan d'urgence.
Les revendications du pôle social sont consultables sur le site www.nougonkesa.fr

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