Une Guyane qui dit non
Kerwin ALCIDE
France-Guyane
11.01.2010
Dans la quasi-totalité des villes, le non l'a emporté. (GA)
Une large majorité des électeurs guyanais a signifié, hier, qu'elle ne voulait pas une collectivité régie par l'article 74 de la Constitution. Une première victoire pour les pro-73 qui doivent confirmer le 24 janvier prochain.
Le désintérêt des Guyanais
Un Guyanais sur deux. Avec une participation de 48,16%, les Guyanais se sont rendus timidement aux urnes alors qu'on attendait une population guyanaise en masse. Après tout, la question posée concernait la population au premier chef. On s'attendait donc à mieux. Il est vrai qu'en Guyane, les référendums n'ont jamais connu des participations record : le Traité établissant une Constitution européenne organisé le 29 mai 2005 (23,11% ), le Traité de Maastricht du 20 septembre 1992 (18,77% ) et la durée du mandat du président de la République en septembre 2000 (12% ). Où faut-il aller chercher les raisons de ce désintérêt guyanais ? Comme l'attestent les résultats des trois référendums précédents, la chose « institutionnelle » n'est guère la tasse de thé des Guyanais ou du moins souvent, elle est incomprise. Si beaucoup semblaient favorables à une évolution, il leur manquait toutefois la confiance en la classe politique. D'où le recours au non. Ce non traduit aussi la volonté d'une certaine population de conserver leur avantage dans le département, de « préserver » la Guyane en l'état.
Les Guyanais prennent leurs responsabilités
Le moins que l'on puisse dire est que les Guyanais ont pris leurs responsabilités en votant non à l'article 74. Un choix certes précipité, peut-être teinté d'incompréhension mais un choix sorti des urnes. Un choix qui devrait, à regarder plus loin, dessiner les contours de la Guyane de demain. Car en se privant de plus d'autonomie, les Guyanais renoncent-ils à certains droits fondamentaux ? En effet, profitant de ce plébiscite en faveur du non, l'État peut, en cas de critiques sévères à son adresse, rappeler aux Guyanais qu'ils n'ont pas saisi l'occasion d'être... responsables d'eux-mêmes.
Un désaveu des politiciens
Ce grand non lancé au visage des politiciens peut être considéré comme un échec cinglant pour l'actuelle classe poli- tique. En tout cas celle qui avait invité à voter en faveur du oui. Si en Martinique, le président de Région Alfred Marie- Jeanne avait mis son mandat dans la balance, aucun politicien en Guyane n'avait pris un tel pari. Heureusement... À Mana, Georges Patient, élu au premier tour lors des municipales de 2008, n'a pas réussi à rassurer et à convaincre sa population. Un cas parmi tant d'autres dans cette Guyane qui dit non. Certes, ce n'est pas le bilan des politiciens que les électeurs ont jugé hier, mais l'échec démontre leur faiblesse à convaincre, à effacer les peurs et surtout l'incompréhension implantées dans la population. Dès que les bureaux de vote ont fermé hier soir, l'avenir de quelques politiciens a été scellé. Car cet échec, cette défaite fera tache sur un CV surtout à la veille des régionales de mars, d'autant que certains auront à présenter leur bilan au sein des collectivités. Il est donc clair que les pro-73 partent avec un sérieux avantage : il sera difficile aux autres de prétendre vouloir présider, diriger une collectivité qu'ils ne voulaient pas.
Et maintenant...
Les pro-73 ont remporté une bataille mais pas la guerre. Si le non l'a emporté hier, il doit être confirmé dans 15 jours. Et le coup de pouce du Conseil d'État qui a éloigné les deux consultations populaires de deux semaines peut être favorable à l'un comme à l'autre camp. En d'autres termes, les pro-73 ont 15 jours de campagne supplémentaire, notamment pour expliquer le bien-fondé de l'article 73 « rénové » alors que les pro-74 ont le même délai pour jouer les trouble-fête. Les jeunes qui n'ont pas participé massivement à ce scrutin pourraient avoir la clé de cette consultation entre leurs mains. En cas d'un deuxième non le 24 janvier prochain, la Guyane s'engagerait sur le chemin du statu quo. Ou, peut-être, elle goûtera à la réforme des collectivités préparée par Édouard Balladur. Et là, nul besoin de consultation...
cassandre — 11.01.2010
le vote du 24/01 aura une autre teneur. Avoir une assemblée unique 73 sera un bienfait, ce qui n'aurait pas été le cas à mon sens avec l'article 74... Le raccourci: les partisans du non le 10/01 seraient les même que les partisans du non le 24 (et vice et versa) me parait usurpé. Les perdants d'hier ne seront pas les vainqueurs de demain. Nos élus actuels devraient déjà tirer des conclusions et se faire plus humbles...et être plus à l'écoute de leurs administrés...CQFD