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Marie-Luce Penchard : « Je n'ai pas le droit de décevoir »

Propos recueillis par F.-X.G. France-Guyane 16.07.2009

La Sara est en droit, au regard des liens qui la lient à l'État, de faire valoir une indemnisation. (FXG)

La nouvelle secrétaire d'État, qui arrive demain en Guyane, a donné sa première conférence de presse mardi à Paris, peu avant la traditionnelle garden-party de l'Élysée.

Comment considérez-vous votre nouvelle mission ?
J'ai très vite compris que cette nomination avait un caractère plus qu'historique et que de ce fait, je portais en moi une responsabilité forte. Cette nomination n'est pas simplement la mienne, mais celle de tous les Ultramarins qui se reconnaissent en moi et à ce titre, je n'ai pas le droit de décevoir.
Vous vous rendez en Guyane en fin de semaine. Quelles seront vos préoccupations sur place ?
Je me rends en Guyane pour deux jours. D'abord pour la question des carburants. Il faut que j'aie des échanges avec les élus et les membres de l'observatoire des prix pour restituer les travaux de l'autorité de la concurrence et examiner avec eux les conditions de sortie de ce blocage. Je vais aussi en Guyane pour la conclusion des États généraux. Dans le calendrier de ces États généraux, il était prévu qu'un membre du gouvernement se rende dans chacun des territoires qui y participent avant la restitution nationale qui aura lieu au mois de septembre.
La question des carburants doit passer par un dégel des prix, mais cela sous-entend une augmentation de ces prix. Comment allez-vous gérer cette difficulté ?
Les prix ont été gelés depuis le mois de mars pour permettre notamment aux deux inspections qui ont été missionnées d'étudier la structuration des prix. Aujourd'hui, il faut prendre des décisions. Elles doivent viser d'une part la transparence sur la fixation de ces prix, et d'autre part poser la question de l'organisation de la distribution des carburants. La fixation des prix, qui devra intervenir assez rapidement sur la base d'une nouvelle grille, doit se faire dans un climat consensuel où chacun comprend l'intérêt de fixer ces prix, à la fois dans la transparence, mais au regard des coûts réels.
Est-ce que vous aurez le courage de réduire le nombre de pompistes ? Est-ce que vous aurez le courage de mettre fin à l'arrêt de l'activité de la raffinerie de la Martinique ? Et comptez-vous rééquilibrer les prix des différents combustibles ?
Ces trois questions ne seront pas réglées uniquement par l'État.
La Sara, c'est une vraie question de choix. Est-ce qu'on veut maintenir son activité alors qu'on sait qu'il y a un vrai problème entre le fait qu'elle récupère des produits raffinés et le fait qu'elle raffine sur place avec la question du coût de ce raffinage ? Si on fait le choix de la Sara pour maintenir une activité industrielle qu'on a soutenue fortement, qui a bénéficié des fonds européens, il faut qu'on puisse dire que ça correspond à un coût. Mais ce n'est pas à l'État de le dire ; il le dira en lien avec les collectivités locales. Cette question est trop sensible pour considérer qu'à un moment donné, il y en a qui feront de bons choix et d'autres de mauvais. Arrêtons de chercher des boucs émissaires et trouvons plutôt les solutions adaptées sur chaque territoire. Et en fonction de la solution choisie, expliquons aux consommateurs à quoi ça correspond.
Je ne désire nullement mettre fin à l'activité des pompistes, bien au contraire. Si on fait ce choix, il faut savoir que ça a un coût.
Le gouvernement a signé un décret d'avance de 44 millions d'euros pour la Sara. En faudra-t-il un autre d'ici la fin de l'année ?
Je n'ai pas signé ce décret. Vous savez mieux que moi que le prix des carburants a été bloqué. Nous sommes dans un pays de droit. Compte tenu du fait que les cours mondiaux du baril ont beaucoup évolué et qu'il y a une augmentation forte du prix du pétrole, la Sara est en droit, au regard des liens qui la lient à l'État, de faire valoir une indemnisation. Ce qui m'importe, c'est de moraliser notre relation avec Total. D'autre part, si une indemnisation devait être versée, il faut qu'elle soit justifiée totalement.
Yves Jégo avait proposé d'anticiper le RSA au moment de la crise, mais il a été transformé en RSTA, bien moins avantageux. Avez-vous l'intention d'appliquer rapidement le RSA dans les quatre Dom ?
Aujourd'hui, c'est le RSTA, dans l'attente du RSA. Mais ce qui a été toujours dit, c'est qu'il y aura un point qui sera fait par rapport au RSTA pour s'assurer effectivement que ce complément de rémunération, qui a permis d'augmenter le pouvoir d'achat, se fasse en sifflet et qu'on ne soit pas dans une rupture. Il faut donc faire une évaluation de ce RSTA, et après on verra dans quelle mesure on peut appliquer le RSA.
Les sénateurs ont présenté cent propositions pour les Outre-mers, et parmi elles la remise en cause des 40% de surrémunération du traitement des fonctionnaires (53% à la Réunion). Quel est votre point de vue là-dessus ?
Le Premier ministre a été très clair à la Réunion. Il a dit que si cette question ne remonte pas des États généraux, il n'y a pas de raison pour que le gouvernement en parle! Ce n'est pas sa priorité aujourd'hui. Maintenant, s'il y a un consensus local sur un territoire, que les élus nous disent qu'ils veulent en parler parce qu'ils en connaissent les conséquences sur les recettes des collectivités, l'État a toujours considéré qu'il n'y avait pas de sujet tabou! Mais ça ne viendra pas d'une initiative de l'État qui considère que ça n'est pas une question prioritaire.
Si les chiffres de l'Insee en 2010 font apparaître que l'écart des prix entre l'Hexagone et l'Outremer n'est pas de 40% ou 53% mais de 25%, vous conserverez les mêmes taux ?
Je considère que si, à un moment donné, cette question remonte, il y aura forcément nécessité de discuter avec les acteurs locaux et nous verrons à ce moment-là dans quelles conditions on peut être sur une réforme. Pour le moment, les observatoires des prix viennent d'être mis en place ; il est prématuré aujourd'hui de déterminer quelle est la différence de coûts entre la métropole et l'Outre-mer.
Où en est le dossier des congés bonifiés ?
Ce dossier avait été repris des mains de Patrick Karam à la demande de mon prédécesseur. Maintenant, s'agissant d'un sujet qui concerne les Ultramarins de métropole, je serai bien évidemment amenée à associer Patrick Karam à cette réflexion car je crois qu'il peut être utile et nous aider à faire en sorte que ce dossier aboutisse. C'est un dossier particulièrement sensible.
Où en est le calendrier de cette réforme ?
Aujourd'hui, la réforme n'a pas été engagée dans les délais qu'on pouvait escompter, compte tenu des problèmes que ça a soulevés. Il y avait plusieurs options qui avaient été envisagées. Donnez-moi au moins le temps de faire le point sur ce qui a pu être fait par mon prédécesseur et je verrais si on peut y aboutir dans les délais. En tout cas, il y a une volonté d'y aboutir avant l'échéance de 2012 parce que ça faisait partie du programme présidentiel.

La nouvelle secrétaie d'État a donné sa première conférence de presse mardi.<br />La nouvelle secrétaie d'État a donné sa première conférence de presse mardi.

- Fin du gel des prix des carburants ?
Lors de sa visite, la secrétaire d'État rencontrera les élus et abordera trois sujets en particulier : l'habitat, le logement et les prix des carburants qui avaient atteint un record de 1,77 euro pour le sans-plomb au mois de novembre dernier, provoquant onze jours de barrages et une baisse de 50 centimes.
L'État a dû prendre récemment un décret d'avance de 44 millions d'euros en faveur de la Sara, filiale de Total qui approvisionne les Antilles et la Guyane, pour éviter que les prix remontent. Selon le député PS Jérôme Cahuzac, co-rapporteur de la mission d'information sur les carburants dans les départements d'Outre-mer, le coût en année pleine de cette mesure dépasse les 100 millions d'euros. Le rapport de la mission ne sera prêt qu'en septembre.
La semaine dernière, Marie-Luce Penchard avait fait part de sa volonté de sortir rapidement du gel des prix des carburants qui risque de se transformer « en gouffre financier » pour l'État, selon Gilles Carrez, rapporteur du budget (UMP) à l'Assemblée nationale. Selon l'inspectrice générale des Finances Anne Bolliet, qui a mené une mission administrative sur ce sujet, « le fait de faire marcher (la raffinerie) de la Sara coûte 17 centimes de plus au litre que si on importait d'Europe du Nord » . Mais la raffinerie de la Sara emploie directement 190 personnes en Martinique.
- Programme
VENDREDI
- Arrivée de la secrétaire d'État à Rochambeau (14h45).
- Rencontre avec Chantal Berthelot, première vice-présidente du Conseil régional et Fabien Canavy, premier vice-président du Conseil général (15h30).
- Rencontre avec le maire de Cayenne (16h15).
- Cérémonie de dépôt de gerbe, place du Coq à Cayenne (16h45).
- Réunion des États généraux à la Chambre de commerce et d'industrie (17 heures).
- Participation au journal télévisé de RFO (19h30).
- Dîner avec les élus à la résidence préfectorale de Bourda (20h30).
SAMEDI
- Petit-déjeuner avec Alain Tien-Liong, président du Conseil général (7h30).
- Visite au marché de Cayenne (9 heures).
- Réunion rénovation de l'habitat insalubre (RHI) à la mairie de Cayenne (9h30).
- Visite d'un site RHI , quartierde La Mâtine à Cayenne (10h30).
- Déjeuner avec les acteurs du monde économique à Bourda (12h30).
- Réunion de l'Observatoire des prix (carburants) à l'hôtel préfectoral (14h30).
- Décollage de l'avion à destination d'Orly (17h55).
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10 février 2012