Le préfet choisit la Chambre
Thomas FETROT
France-Guyane
18.12.2009
« Nous reprenons la main » , se réjouit Sophie Charles (TF)
Le préfet a décidé de suivre les préconisations de la Chambre régionale des comptes, qui recommande la réduction du déficit budgétaire de la commune de Saint-Laurent à hauteur de 16 millions d'euros. La mairie garde la main sur sa gestion, mais sous surveillance.
Lors du conseil municipal du mois de novembre, Léon Bertrand a estimé que la ville de Saint-Laurent était en mesure de combler ses dettes sans avoir à se plier aux recommandations de la Chambre régionale des comptes (CRC). Un avis que ne partage pas le préfet de Guyane, Daniel Ferey. En effet, le représentant de l'État, à qui la décision finale appartenait, a choisi de suivre les préconisations de la CRC. Un arrêté, rédigé en ce sens, a donc été transmis aux élus municipaux qui en ont pris connaissance lors d'une séance du conseil organisée lundi soir.
Léon Bertrand, toujours maintenu en détention à la maison d'arrêt de Ducos (Martinique) pour des chefs de mise en accusation de favoritisme et corruption passive, n'a donc pas remporté son bras de fer avec la CRC. « Ou bien le préfet suit ce que dit la Chambre et il faudra attendre qu'il coupe et qu'il tranche, lançait en novembre le maire de Saint-Laurent. Ou bien le préfet, qui connaît la situation et la réalité du terrain, laisse courir. » Daniel Ferey a choisi de freiner la course.
En mars, le conseil municipal a délibérément voté un budget primitif en déséquilibre, en creusant allègrement le déficit déjà existant (-14 millions d'euros) jusqu'à atteindre un gouffre prévisionnel de 29 millions d'euros. Dans ses deux avis successifs, rendus à trois mois d'intervalle, la CRC a invité la municipalité à réduire ce déficit à hauteur de 16 millions d'euros. Pour arguer de la faculté de la commune à assumer son déséquilibre budgétaire, Léon Bertrand a avancé la promesse d'une subvention exceptionnelle de l'État de 10 millions d'euros ainsi qu'un hypothétique prêt de 8, 5 millions de l'Agence française de développement.
« Nous sommes actuellement en réflexion avec le ministère de l'Outremer pour savoir à quelle hauteur l'État va nous aider, explique Sophie Charles, premier adjoint du maire incarcéré. La négociation porte sur cette somme de 10 millions. » Il sera ensuite temps de négocier un prêt avec l'AFD.
Pour Sophie Charles, qui assume donc la fonction de maire, l'essentiel est que « la mairie n'est pas mise sous tutelle » . En effet, l'arrêté préfectoral stipule : « La ventilation des dépenses et recettes par sous-chapitres et articles pour chaque budget sera assurée par l'ordonnateur de la commune dans la limite des crédits ouverts par chapitres budgétaires. » La mairie garde donc la main sur la gestion de ses comptes, qu'elle doit équilibrer d'ici à 2013. Mais sous haute surveillance.