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Larmes et incantations à Rochambeau

Thomas FETROT France-Guyane 16.03.2010

Léon Bertrand s'est refait une teinture. (TF)

Léon Bertrand a retrouvé la Guyane. L'avion qui le ramenait de Martinique après quatre mois passés en détention provisoire a atterri en fin de matinée à Rochambeau où un comité d'accueil attendait le maire de Saint-Laurent du Maroni.

Une petite femme amérindienne s'avance et prend Léon Bertrand dans ses bras. Elle a effectué le trajet depuis Saint-Laurent pour venir embrasser « son » maire. Mais pas seulement. Quand son étreinte se relâche, elle se recule d'un pas, lève les bras au ciel et psalmodie des incantations. Brusquement, le silence se fait parmi la trentaine de personnes venues accueillir le président de la Communauté de communes de l'ouest guyanais (CCOG) à l'aéroport de Rochambeau. Après quatre mois passés en détention provisoire dans la maison d'arrêt de Ducos, en Martinique, Léon Bertrand est de retour en Guyane. L'avion qui l'a ramené des Antilles a atterri à 11 h 30. Une demi-heure plus tard, poussant un chariot alourdi de bagages, l'édile est apparu à ses proches.
Des baisers, des étreintes, des sourires et quelques larmes, évidemment. « C'est un grand bonheur pour moi, témoigne Sophie Charles, première adjointe de Léon Bertrand en mairie de Saint-Laurent. Je crois qu'il n'y avait pas de raison pour qu'il reste aussi longtemps en préventive. J'ai hâte qu'il soit dans notre commune, parmi nous. On l'a toujours soutenu et on continuera. » La conseillère générale Marie-Thérèse Morel, le conseiller municipal et ami Jocelyn Madeleine et bien d'autres fidèles sont venus à Rochambeau. Et si la présence de la presse ne plaît guère à quelques proches de Léon Bertrand, caméras et appareils photos sont toutefois vite oubliés.
Candidat déchu des régionales, Roger Arel reçoit une accolade de Léon Bertrand. L'ancien ministre délégué au Tourisme figurait en troisième position sur sa liste. Une brève discussion s'engage entre les deux hommes. Mais le bilan de l'échec ne se fera pas dans le hall de l'aéroport. « C'est un plaisir de le voir à nouveau parmi nous, lance Roger Arel. Je regrette qu'il n'ait pas été là vendredi et samedi. Nous aurions certainement passé la barre des 5% avec lui et nous serions en train de négocier une fusion aujourd'hui. Il vient de faire quatre mois de détention pour des délits qui ne sont pas vraiment sérieux. »
Une preuve supplémentaire du soutien aveugle dont bénéficie Léon Bertrand à l'ouest d'Iracoubo. Et quand le maire affirme qu'il mènera « jusqu'au bout » son combat pour que soit prouvée son innocence dans l'affaire de la CCOG, un homme s'exclame : « Et tu ne seras pas seul! » Hier soir, Léon Bertrand a retrouvé sa ville, sa demeure, sa famille. Et une montagne de problèmes.
« Je suis dans une situation financière catastrophique, a-t-il assuré. Je vais passer les prochains jours à réfléchir avec mon épouse afin de trouver une solution. » Sans oublier les suites de l'enquête instruite par le juge Thierry Rolland, une municipalité dont les finances ont été placées sous haute surveillance, et la CCOG... Quelques incantations et autres bénédictions supplémentaires ne seront peut-être pas de trop pour accompagner le maire de Saint-Laurent.
- 3 questions à Léon Bertrand, Maire de Saint-Laurent et président de la CCOG
Dans quel état d'esprit effectuez-vous votre retour en Guyane ?
Je suis heureux, simplement. C'est une joie de me trouver sur ma terre natale, de voir tous les proches qui sont venus de Saint-Laurent pour m'accueillir ici. Ça montre les liens affectifs qu'il existe entre ces personnes et moi. Sans leur soutien, celui de mon épouse et de Dieu, peut-être ne serais-je pas ici aujourd'hui. Quand on se trouve dans ces conditions (la détention, ndlr), on communique avec soi-même. Et puis Saint-Laurent ne m'a jamais lâché, pas une seconde. Mais le problème n'est pas terminé. Je vais me battre jusqu'au bout pour prouver mon innocence.
Comment se sont déroulés vos quatre mois de détention ?
J'étais dans un quartier d'isolement avec une heure de sortie par jour, en promenade. Mais comme ça ne se passait pas forcément très bien, je ne sortais que rarement. J'entendais d'autres détenus, des jeunes à côté de moi qui criaient, gueulaient. C'est très dur... Nous avons beaucoup de progrès à faire en matière d'incarcération. J'ai reçu énormément de courrier, de partout. Beaucoup de personnes se sont étonnées de la situation dans laquelle je suis. Je sors d'une détention provisoire particulière, et j'ai bien l'intention de profiter de ma liberté. Quand on est en isolement aussi longtemps, ce n'est pas facile. Mais comme je suis robuste et que j'ai des ressources, ça va déjà beaucoup mieux. Ça change des quatre mois que j'ai passés là-bas... J'ai l'impression que ça revient à vitesse grande-V.
Vous figuriez sur la liste de Roger Arel, qui n'ira pas au second tour des régionales. Un commentaire ?
Je suis très déçu par le résultat de l'élection. Mais cela peut se comprendre car les conditions n'étaient pas réunies pour le combat. Nous sommes aussi dans une période de trouble où chacun ne sait plus où se situer. Mais je suis très heureux du résultat à Saint-Laurent. La population a voté comme un seul homme pour Roger Arel. Nous n'avons pas à rougir de ce résultat, car nous avons perdu en respectant nos convictions. Nous rencontrons dès ce soir nos amis politiques à Saint-Laurent, parce que le combat n'est pas terminé.
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