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« La Montagne d'Or ou le mirage économique d'El Dorado ? »

Bernard DORDONNE Samedi 21 avril 2018
« La Montagne d'Or ou le mirage économique d'El Dorado ? »
Patrick Lecante : « Une expertise environnementale indépendante sur ce projet est plus que jamais nécessaire » (photo d'archives)

Le débat public sur le projet minier de la Montagne d'or qui vise à extraire 85 tonnes d'or au coeur de la forêt amazonienne a débuté. Patrick Lecante, maire de Montsinéry-Tonnégrande, entre avec fracas dans la discussion.

Faut-il confier à un consortium russo-canadien l'extraction industrielle de 85 tonnes d'or et lui laisser également conserver toute la valeur ajoutée de la transformation ?
Si nous l'acceptons, notre capital aurifère sera irrémédiablement perdu. Non seulement avec notre approbation, mais également avec nos impôts. Le système fiscal français applicable en Guyane subventionne directement le projet par divers dispositifs de défiscalisation et de subventions indirectes. Alors que la redevance des mines qui sera versée aux collectivités locales représente moins de 0,36% de la valeur de l'or déclaré. Je m'interroge pour savoir s'il s'agit d'une Montagne d'Or ou du mirage économique d'El Dorado.
Le chiffre annoncé de 750 emplois directs tient-il compte des capacités locales et des formations initiales ? Et qu'adviendra-t-il à la fin de l'exploitation au bout de 12 années ?
Cette mine ne résoudra aucun problème d'emploi. Il faut créer 2 500 emplois par an pendant au moins 10 ans dans l'Ouest guyanais, 4 000 par an dans toute la Guyane. Il faudrait plusieurs projets miniers de cette ampleur tous les ans, ce qui est impensable.
Que dire du processus prévu d'extraction de l'or, par l'utilisation du cyanure en pleine forêt amazonienne ?
La lecture du rapport du BRGM1 consacré à ce sujet fait frémir : les risques sont inouïs. L'État doit interdire cette pratique. Le rapport parlementaire de Mme Christiane Taubira écrit en 2002 pointait déjà les risques, énumérait les pollutions et l'absence de connaissances des impacts sur la santé. Et ne parlons pas de l'aberration économique et écologique qui consisterait à construire une centrale électrique thermique alimentée par l'importation de centaines de millions de litres de gasoil pour permettre cette exploitation. Une expertise environnementale indépendante sur ce projet est plus que jamais nécessaire, doublée d'une analyse des risques.
Ce projet ferait reculer l'orpaillage illégal. Pourquoi ?
Cela n'a aucun rapport. Seul l'État en a les moyens et s'est engagé à mener la lutte, ce qu'a confirmé le président de la République en octobre 2017 en Guyane.
Dans le pays qui a organisé la COP 21 et qui oeuvre pour la réussite d'une diplomatie climatique, il n'est pas acceptable d'entailler notre faune et notre flore, à coup de milliers de tonnes d'explosifs pendant 12 ans sur 2, 5 km de long, 400 mètres de large et 220 mètres de profondeur. Nous ne pouvons envoyer ce message de destruction et de pollution au monde.
Parce que la crise économique et sociale de notre territoire est chaque jour plus grande, devrions-nous foncer sur la première « opportunité » venue ?
La littérature économique regorge des « mines des centres-villes » qui disposent de plus de ressources que la Montagne d'or dans le recyclage. Regardons les jeunes Ultramarins à Paris qui créent un nouvel univers économique fondé sur les bio-ressources, le bio-mimétisme, l'énergie propre. C'est cette industrie de pointe qu'il faut mettre en oeuvre : elle sera pourvoyeuse d'emplois pérennes, et formera nos jeunes.
Après l'esclavage, après le bagne, allons-nous encore présenter notre territoire à rebours de l'Histoire ?
La Guyane a tant à offrir : ne la réduisons pas à quelques cailloux dorés. Ouvrons-la au monde et reprenons notre destin en main!
Regardons l'avenir avec sérénité : nous sommes riches et forts de notre jeunesse et de notre biodiversité. Il faut nous retrousser les manches : allons chercher les créateurs, les entrepreneurs, les investisseurs. Soyons de notre temps, au service de notre jeunesse.

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6 commentaires

Vos commentaires

Féfé973 23.04.2018

Une position lucide qui tranche avec la pensée presque unique d'une certaine nomenklatura guyanaise

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jess 22.04.2018

faut être retardé pour accepter ce projet qui ne va enrichir que les russes et les canadiens
la GUYANE n'aura rien
bravo TAUBIRA
bravo LECANTE

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interrogation 22.04.2018

Madame TAUBIRA avait déjà donner le ton.

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Paassy 21.04.2018
Bravo !!

Il a absolument raison ! quel plaisir de lire autant de lucidité et d'intelligence, c'est si rare dans cet océan de médiocrité et populisme dans lequel nous pataugeons.

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Taïra 21.04.2018
Est ce que la Guyane d'or...?


...non la Guyane ne dort pas,la Guyane fait le mort, elle regarde ailleurs, elle n'a rien entendu...il est 12h30 et aucune réaction, ni anodine ni politique à la prise de position argumentée et sans détour de Patrick Lecante contre Montagne d'or.
France Guyane en retient seulement qu'« une expertise environnementale indépendante sur ce projet est plus que jamais nécessaire ».
C'est pathétique.
PATRICK LECANTE VOUS DERANGEZ MAIS VOUS AVEZ FICHTREMENT RAISON.MERCI.

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jml973 21.04.2018
Un homme qui pense de façon indépendante

Enfin un élu de Guyane qui respecte son territoire et sa population, qui réfléchit à l'avenir et n'est pas esclave du présent. Enfin un élu qui n'est pas à ma botte des riches entreprises aurifères russes et canadiennes. Bravo ! Les électeurs de Montsinéry-Tonnegrande peuvent être fiers.

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