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« Changer de modèle économique »

propos recueillis par Karin SCHERHAG Jeudi 8 Juin 2017 - 09h07
« Changer de modèle économique »
Ancien maire de Kourou et ancien sénateur, Jean-Étienne Antoinette brigue désormais un mandat de député/photo KS

 Jean-Étienne Antoinette se présente dans la deuxième circonscription, quinze ans après une première candidature infructueuse. Investi par Walwari et soutenu par Guyane Écologie, l’ancien maire de Kourou défend « un nouveau projet de développement ».

Vous êtes très connu des Kourouciens puisque vous avez été maire de la ville pendant dix-huit ans. Pour ceux qui vous connaissent moins, comment vous décririez-vous ?

Je suis constant dans mes convictions politiques. Je suis un homme de gauche défendant un projet de société où s’exprime une certaine solidarité intergénérationnelle. L’action politique consiste à aider les plus faibles. Et à mobiliser les moyens de l’État en ce sens. La Guyane, compte tenu de ses indicateurs sociaux-économiques, est frappée par la précarité. Mon rôle c’est d’être à côté de cette population pour que le développement économique bénéficie à l’être humain.
Pour cette élection, vous êtes soutenu par Walwari et Guyane Écologie…
Tout à fait. Walwari qui est reconnu pour sa constance dans un autre modèle de société. Un autre modèle de développement. Et Guyane Écologie qui rappelle qu’il faut préserver la nature. Ce sont ces deux piliers qui me donnent un cadre.

Aux régionales de 2010, vous étiez directeur de campagne de Christiane Taubira et vous avez œuvré à rassembler la gauche. Ne craigniez-vous pas qu’il y ait trop de candidats de gauche à cette élection ?
Il y a des personnes qui se disent de gauche mais qui, dans les faits, ne se sont pas prononcées très clairement sur les ordonnances. Je suis opposé à ce principe qui prive les parlementaires d’un débat. Et sur la Montagne d’or par exemple, nous ne sommes que deux avec les Insoumis (Paul Persdam) à exprimer très précisément notre opposition à ce projet.

Pourquoi y être opposé ?
Pour trois raisons. La première, parce que les éléments dont nous disposons ne nous donnent aucune garantie sur les impacts sur l’environnement. Nous savons en revanche qu’avec le principe de bassins contenant le cyanure, il y a eu vingt accidents recensés au niveau mondial. Ensuite parce que les retombées fiscales et économiques ne sont pas en faveur du territoire. La fiscalité ne va pas au-delà de 2 %. Sur un kilo d’or commercialisé au marché de Londres à 36 000 euros, la Guyane ne perçoit que 762 euros pour une ressource qui n’est pas renouvelable. Enfin, en terme de formation et d’emploi. On parle de 800 emplois mais on retient des critères du Nigeria. Et quelle strate d’emplois ? On va embaucher des Guyanais pour retourner la terre alors qu’on aurait pu former des techniciens, des ingénieurs, des géologues… Je fais une proposition, qui est le fondement même de ma candidature, c’est de créer une société d’économie mixte. C’est un projet que j’avais initié quand j’étais parlementaire (en 2013, ndlr). Les collectivités territoriales en seraient majoritaires à 51 %. Elles entreraient dans le projet de Colombus Gold en apportant 400 millions d’euros et on n’attendrait pas seulement les retombées fiscales. On attendrait le partage des bénéfices qui sont évalués entre 4 et 8 milliards d’euros.
C’est paradoxal puisque vous êtes opposé à ce projet ?
En étant acteur, on porte une garantie sur les impacts au niveau de l’environnement, sur les questions de la formation, sur l’aménagement du territoire. Actuellement, le code minier ne permet pas de négocier. Je ne suis pas opposé au principe de l’exploitation. Je dis qu’il est hors de question que les multinationales en profitent seules.
Si vous êtes élu, vous engagez-vous à défendre l’Accord de Guyane ?
L’Accord de Guyane est important mais il faut aller au-delà. Ce sont des mesures de rattrapage structurel qu’on aurait pu obtenir avec le Pacte d’avenir. Oui je prends l’engagement d’être vigilant mais la Guyane n’est pas hors contexte : la France connaît une crise budgétaire, il faut en être conscient. Macron a dit que c’est un milliard d’euros qui serait alloué aux Outre-mer sur les cinq ans du quinquennat. La Guyane doit se tenir prête à changer de modèle économique. Il faut trouver d’autres moyens pour financer notre développement économique. Comme la taxe carbone par exemple.

Vous étiez candidat en 2002. Vous l’êtes à nouveau en 2017. Pourquoi ?
Les législatives sont des élections de partis. En 2002, je venais d’entrer à Walwari et j’avais perdu en finale contre Léon Bertrand, mais après avoir battu Chantal Berthelot. Après j’ai fait un autre parcours, je n’étais pas accroché à ce poste. Je me représente cette année car les partis politiques m’ont désigné.
Mais on ne vous a pas forcé ?
Personne n’est obligé d’y aller, c’est clair. Ce sont des engagements. C’est un espace démocratique où on va défendre nos convictions, des projets de société et sur cette question, je suis convaincu que nous avons raison. Nous sommes arrivés à la fin d’un système d’économie de comptoir qui créé des crises économiques, sociales et sanitaires.
Dans la deuxième circonscription, vous affrontez notamment Chantal Berthelot, députée sortante, Lénaïck Adam, soutenu par Guyane Rassemblement et investi par La République en marche, Paul Persdam, pour Guyane insoumise, donc fort du résultat de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, ou encore Davy Rimane, l’un des leaders du mouvement social. Le combat s’annonce difficile ?
Ils ont leur dynamique, j’ai la mienne. Je peux faire valoir mes compétences et mon expérience. On pourra dire ce qu’on veut : à Kourou, il y a un avant et un après Jean-Étienne Antoinette. Je sais ce que j’ai fait. A l’époque, on lançait des fusées sur fond de bidonville. On ne le dit plus pour Kourou. Pour la Guyane, mais plus pour Kourou. […] D’autres ont pour seul contenu de campagne d’appartenir à la majorité présidentielle. Seront-ils des députés godillots ? Vont-ils entrer en opposition avec Macron qui a dit qu’il ne va pas délivrer les permis offshore ? Seront-ils en contradiction sur les sujets importants ? Voilà pour Lénaïck Adam. Quant à M. Rimane, n’a-t-il pas utilisé ce mouvement populaire pour profiter de cette vague ? Tout le monde savait que le calendrier n’était pas bon. N’était-ce pas une stratégie politique ? […] Et Mme Berthelot, qu’a-t-elle fait pendant ces dix ans ?

Justement, quel bilan tirez-vous de la mandature de Chantal Berthelot ?
Soyons honnêtes, il y a eu des avancées. Mais c’est un problème de posture politique. On ne l’a pas entendue sur des sujets importants comme le mariage pour tous par exemple. Et si la population s’est mobilisée, si les parlementaires se sont fait huer, c’est qu’il y avait une vacuité politique.
Comment vous positionnerez-vous face à un président de la République qui se définit et gauche et droite ?
C’est faux de dire que c’est un gouvernement et gauche et droite. Regardez les postes clés : son Premier ministre et son ministre de l’Économie sont des hommes de droite. Ce sera une économie libérale, dans une stratégie budgétaire libérale.
Vous serez donc dans l’opposition ?
Oui, mais je continue à dire que nous avons tout intérêt à créer un groupe des Outre-mer pour imposer un rapport de force. Nous avons des problématiques communes mais aussi des potentialités communes.
Êtes-vous pour ou contre la réforme statutaire évoquée lors du conflit social ?
Le statut de la Guyane doit évoluer. Nous sommes dans un carcan administratif qui nous empêche par exemple d’échanger avec nos voisins. Mais il faut tenir compte de ce que veut la population, au travers d’une consultation. Si elle n’est pas prête à basculer, il faudra inventer des modalités autres pour que la Guyane puisse avoir la gestion de certaines compétences.
 
Bio express
À 51 ans, Jean-Étienne Antoinette est candidat aux législatives pour la deuxième fois. En 2002, investi par Walwari, il avait été battu au second tour par Léon Bertrand. Maire de Kourou de 1996 à 2014, il a aussi été élu sénateur de Guyane (divers gauche) de 2008 à 2014.
 
 

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1 commentaire

Vos commentaires

joko973 08.06.2017
Montagne de cyanure et de dynamite

Son analyse du projet de la montagne d'or est juste. La Guyane va ramasser des miettes. Je suis surpris qu'il soit seul sur ce coup-là. Les autres y ont des intérêts ???

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