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Aucune sanction contre Létchimy

FXG (agence de presse GHM) franceguyane.fr 14.02.2012

Les militants attendaient dans la ferveur Letchimy hier soir. Sur leurs tee-shirts une citation d'Aimé Césaire (FAM)
« Je salue la décision qui a été prise », ainsi Serge Letchimy a conclu la séquence qui s’était ouverte avec sa question à Claude Guéant, mercredi 7 février, lors de la séance de questions au gouvernement de l’Assemblée nationale.

Le président de Région et député de la Martinique avait déclaré, provoquant la sortie des ministres de l’hémicycle : « M. Guéant vous privilégiez l'ombre, vous nous ramenez jour après jour à ces idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration. »

Le bureau de l’Assemblée nationale s’est réuni hier pour décider de la sanction qu’il conviendrait de prendre à l’encontre de Serge Létchimy. François Fillon avait estimé son propos « insupportable » avant de relativiser dans une interview accordée au Monde qu’il n’aurait « sans doute pas » parlé d'inégalité des civilisations.

Première surprise, hier matin, lors de la réunion du bureau, la droite et le centre qui détiennent 12 sièges sur 22 n’était pas majoritaire.

« Le bureau n’est pas une instance majoritaire », s’est défendu le président du groupe UMP, Christian Jacob. La réunion a duré plus d’une heure trente pour aboutir, seconde surprise, à ce qu’aucune sanction ne soit prise.

« Serge Létchimy s’est expliqué avec dignité devant le bureau, a indiqué le président du groupe PS, Jean-Marc Ayrault. Il y avait une volonté de calmer les esprits. » Le sénateur martiniquais Maurice Antiste avait adressé une lettre à Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale pour le mettre en garde contre toute sanction qui serait vécue « comme une rupture avec les valeurs républicaines », particulièrement en outre-mer.

Le spectre du scandale causé par l’adoption d’un article relatif à la « colonisation positive » dans la loi du 23 février 2005, a plané cette dernière semaine même si Claude Guéant n’a pas vécu de week-end mouvementé lors de son déplacement aux Antilles.

C’est à cause de « cette « loi de la honte » qu’Aimé Césaire avait refusé de recevoir le ministre de l’Intérieur et candidat Nicolas Sarkozy en décembre 2005… Il avait fallu que Jacques Chirac ne promulgue pas cette loi pour qu’Aimé Césaire reçoive, finalement en mars 2006, le futur président de la République.

À l’issue de la réunion du bureau, Christian Jacob a déclaré : « Je souhaitais une sanction forte, le président souhaitait un consensus… » Serge Létchimy a conclu : « J’ai parlé en toute conscience, l’Assemblée nationale est faite pour ça. » 
 
 
Communiqué de Jean-Etienne Antoinette, sénateur de Guyane

" La convocation du Député Letchimy devant le bureau de l'Assemblée Nationale interpelle fortement en raison de la rupture manifeste qu'elle semble révéler des principes démocratiques si chèrement acquis par notre société toute entière.

En effet, le Président de l’Assemblée Nationale se fait le zélateur, par une procédure disciplinaire d'urgence, de la posture d'une majorité préférant la politique de la chaise vide, là où le débat de fond aurait demandé bien plus d'approfondissement s'agissant tout de même de cette cause essentielle que sont la défense de la liberté et celle des valeurs humanistes pour lesquelles des millions de femmes et d'hommes se sont sacrifiés.

Dans la forme encore, il est même légitime de s'interroger sur une collusion de fait entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, au moment où la contribution de Monsieur Letchimy, dans laquelle tout démocrate se reconnaîtra, nous alerte sur des signes manifestes exprimés au plus haut niveau de l'Etat susceptibles de nous ramener aux heures les plus sombres de notre histoire".
 
 
Une manif de soutien à Serge Létchimy samedi à Paris
 
Les associations Collectif Dom, Collectif anti-négrophobie (CAN) et Tjenbé red appellent à un rassemblement de soutien à Serge Létchimy, samedi 18 février à 14 heures sur le parvis des droits de l’Homme au Trocadéro (Paris).

Les trois associations se félicitent de la réussite de deux pétitions en ligne qui ont recueilli 17.972 signatures, de la « pression médiatique » et la « mobilisation associative et populaire d’une rare intensité », grâce à quoi « le bureau de l’Assemblée nationale a renoncé, de justesse, à sanctionner Serge Letchimy pour sa question sur l’inégalité des civilisations ».

Malgré ce succès, elles appellent à poursuivre la mobilisation car elles jugent « inacceptable qu’un député de la République fasse l’objet de poursuites disciplinaires pour avoir questionné le gouvernement sur les déclarations litigieuses de l’un de ses membres ».

Une marche est appelée, samedi 18 février, sur le parvis des libertés et des droits de l’Homme à Paris, métro Trocadéro, à 14 heures.

Les pétitions sont sur les liens suivants :

. http://www.soutenirsergeletchimy.fr/ ;
http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2012N20529
 
 

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23 mai 2012