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Au fin fond du Mozambique, la Coupe du monde sous les étoiles

Samedi 07 juillet 2018
Au fin fond du Mozambique, la Coupe du monde sous les étoiles
Des habitants du village Alua, dans le nord du Mozambique, s'apprêtent à regarder le quart de finale Uruguay-France, le 6 juillet 2018 - GIANLUIGI GUERCIA (AFP)

Dans la poussière ocre, des joueurs pieds nus se disputent un ballon fait de sacs plastique astucieusement ficelés. A quelques mètres de là se joue, sur un écran géant, le quart de finale de la Coupe du monde entre la France et l'Uruguay.

Le temps d'une retransmission télévisée, deux façons de vivre la passion du football ont cohabité dans un petit village perdu du nord du Mozambique.

Lorsque le coup d'envoi du match est donné en Russie, le soleil déjà rasant qui éclaire Alua obscurcit l'écran. Impossible d'y distinguer les joueurs ou le ballon. Alors les spectateurs se contentent d'écouter les commentaires grâce aux immenses enceintes posées au sol, reliées à un générateur.

Des écoliers se pressent autour dans leur uniforme élimé, cahiers poussiéreux et vieux stylos en main.

Quelques minutes plus tôt, les organisateurs de la soirée ont sillonné le village avec un mégaphone pour annoncer la retransmission gratuite et en direct des deux premiers quarts de finale du Mondial-2018 disputés vendredi.

Un cadeau inespéré pour les habitants de cette localité rurale et sans électricité de la province de Nampula.

"D'habitude, on doit payer pour voir le foot", explique Leonardo Joao Batista, aux premières loges.

Les fans de ballon rond se retrouvent d'ordinaire chez les rares particuliers équipés de groupes électrogènes et de télévisions. La séance est facturée 30 méticals (0,4 euro), beaucoup trop cher pour Leonardo, paysan et père de sept enfants.

- "Une fête rare" -

"Pas besoin de connaître les gens pour entrer chez eux et voir le match. Si tu paies tout s'arrange", glisse-t-il.

Leonardo ne sait pas qui s'est qualifié pour les quarts. Il n'a "aucune idée" non plus du pays où se joue la Coupe du monde, comme la plupart des autres spectateurs.

Dans cette localité reculée, les informations arrivent au compte-gouttes et les divertissements sont rares.

"Depuis mon mariage ici à Alua, je n'ai jamais vu une telle fête", assure, aux anges, Teresinia Antonio, son petit dernier enveloppé dans une écharpe sur son dos.

Premier but des Bleus. Une clameur s'élève. Les footballeurs en herbe interrompent leur partie et sautent de joie.

"Ici, ils soutiennent la France parce qu'elle compte beaucoup de joueurs de couleur", explique Fabrizio Falcone, de l'agence de coopération italienne.

"Tout le monde aime le foot, tout le monde veut voir les matches", ajoute le responsable au Mozambique du projet CinemArena, une caravane qui sillonne l'Afrique pour projeter des films et des matches le temps du Mondial.

Les Bleus s'imposent 2-0 face à la Céleste. Le temps de l'entracte, avant que le deuxième quart de finale Brésil-Belgique ne débute, musiciens et acteurs assurent l'animation pour sensibiliser la population... à la lutte contre le cancer.

"Le football est un moyen de toucher beaucoup de gens, alors on couple le sport et l'éducation à la santé", explique Bastos Azarias, représentant du ministère mozambicain de la Santé, partenaire du projet.

- Entracte santé -

"C'est un bon moyen de transmettre les informations", reconnaît Caetano Alberto, instituteur et spectateur d'un soir.

Le cancer, il n'en avait jamais entendu parler jusqu'à ce soir. Les habitants d'Alua sont plutôt familiers du paludisme et du sida.

Le message du jour est passé, en partie au moins. "Il faut aller à l'hôpital pour se faire examiner", tente-t-il de résumer, "le cancer du sein est une maladie transmissible, celui du col de l'utérus s'attrape la première fois qu'on a des relations sexuelles".

Lourdes Darin, mère de famille, promet d'aller au centre de santé dès "lundi" pour apprendre à se palper les seins et détecter elle-même toute anomalie. Même si, en cas de cancer déclaré, son parcours s'annonce compliqué. Seules trois villes au Mozambique proposent des chimiothérapies...

Mais place au foot. La vedette brésilienne Neymar apparaît à l'écran, l'audience s'enflamme.

Depuis que le Portugal, l'ancienne puissance coloniale, a été éliminé en huitièmes de finale, les amateurs de foot du Mozambique ont reporté tous leurs espoirs sur le Brésil.

"Ils parlent portugais comme nous", justifie comme une évidence Erasmus Anadani, 15 ans.

Au coup de sifflet final, la déception est immense. La Seleçao est tombée face à la Belgique (1-2). "La France va gagner le Mondial", prédit un jeune fan, Raphaël Francisco.

Le vrombissement du générateur cesse, l'écran s'éteint et les habitants s'enfoncent dans la nuit noire, la tête pleine d'images. Samedi, ce sera au tour des habitants de Namapa, à trente kilomètres plus au nord, de vibrer devant le grand écran.

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