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Athlétisme: trois Français briguent le podium de la perche

REUTERS 29.07.2010

Photo prise le 29 juillet 2010 / Dominic Ebenbichler

par Sophie Greuil

BARCELONE (Reuters) - Le saut à la perche français enfante depuis 40 ans une lignée de champions dont les derniers représentants, Renaud Lavillenie, Romain Mesnil et Damiel Dossevi, briguent le podium des championnats d'Europe.

Tous trois se sont qualifiés jeudi pour la finale, avec maîtrise dans le cas de Lavillenie et Mesnil, qui ont franchi la barre de 5m65, plus difficilement pour Dossevi, repêché à 5m60.

Romain Mesnil et Renaud Lavillenie, respectivement médaillés d'argent et de bronze aux championnats du monde à Berlin en août 2009, ont ainsi confirmé qu'ils seraient de solides candidats au podium, voire à la victoire et au doublé samedi.

Les deux porte-drapeaux de la perche française s'inscrivent dans la lignée d'Hervé d'Encausse, dans les années 60, François Tracanelli, dans les années 70, puis dans les années 80, Thierry Vigneron et Pierre Quinon, champion olympique en 1984 et, plus récemment, Jean Galfione, médaille d'or aux JO de 1996.

"Dans l'athlétisme français, la perche est la discipline où l'héritage est le plus cultivé, une vraie tradition", explique Jean Galfione, qui fut aussi le premier Français à franchir six mètres en plein air.

Une des forces de cette école française modelée par Maurice Houvion et Jean-Pierre Perrin est d'avoir toujours inculqué "qu'un "perchiste ne réussira jamais seul dans son coin".

Au fil de quatre décennies, "la perche française est restée une famille dotée d'un savoir-faire se transmettant de génération en génération", explique Galfione. "La perche est ma grande famille à vie."

ZÉBULONS

Jean Galfione chapeaute aujourd'hui la réorganisation fédérale de la discipline, avec notamment pour mission de "ne pas laisser tomber notre french touch dans un confort qui contribuerait à sa perte".

Leur carrière sportive terminée, les anciens comme lui "s'accrochent aux basques des jeunes autour desquels se forme, finalement, une union sacrée", dit-il. "Tous ont envie de redonner à leur discipline".

Galfione n'a pas fait le déplacement à Barcelone parce qu'il est engagé dans une régate, car la voile et en particulier la Coupe de l'America sont ses nouvelles passions.

Il lui arrive cependant de revenir sur le sautoir et, à 39 ans, de "s'amuser à taquiner" ses héritiers perche en mains.

Les Vigneron, Houvion, Abada, D'Encausse, Quinon, Collet et Galfione passent mais les valeurs restent "autour de la rigueur et de la prise de risques, de l'écoute et de la modestie, de l'échange et de l'amitié", comme le dit Gérald Baudouin, ancien perchiste devenu entraîneur national.

"Comme disait le légendaire entraîneur Maurice Houvion, chez nous, c'est du compagnonnage où les grosses têtes n'ont pas leur place", ajoute-t-il.

Les succès n'ont jamais fait la richesse d'un perchiste ni même de la discipline qui, comme le rappelle Georges Martin, entraîneur de Mesnil, est "seulement équipée de deux ou trois salles adéquates alors qu'en Allemagne, il y en a une par ville."

Autre spécificité de l'école française, ses représentants ont souvent eu, comme Lavillenie aujourd'hui avec sa taille d'1m76 et ses 69 kilos, des allures de zébulons bien loin des colosses russes, ukrainiens ou allemands mais dotés de ressorts renforcés et d'un grain de folie.

"La perche française sait aussi transmettre ce grain de folie nécessaire pour violemment passer d'une vitesse horizontale à finir vite à la verticale", reconnaît Gérald Baudouin.

Edité par Jean-Paul Couret

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09 septembre 2010