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Washington accuse le Canada de "trahison" après le fiasco du G7

Lundi 11 juin 2018
Washington accuse le Canada de "trahison" après le fiasco du G7
Le sommet du G7 s'est achevé le 9 juin sur une passe d'armes à distance entre Donald Trump et Justin Trudeau - (AFP)

Les Etats-Unis ont accusé dimanche le Canada de "trahison" au cours du sommet du G7 qui s'est terminé sur un fiasco après la volte-face du président américain Donald Trump qui a menacé ses alliés de droits de douane alourdis.

Face à ce brusque revirement, la France a dénoncé l'"incohérence" de la délégation américaine tandis que l'Allemagne a accusé M. Trump de "détruire" la confiance des alliés à coups de tweets, même si, a insisté dans la soirée à la télévision la chancelière Angela Merkel, "ça n'est pas la fin" du G7.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau, cible des virulentes critiques américaines, a quant à lui pour l'instant choisi de ne pas répondre, mais sa ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland a dénoncé devant la presse les "attaques ad hominem" qui ne sont, a-t-elle martelé, ni "utiles", ni "productives".

Samedi, dans l'avion qui l'emmenait à Singapour pour son sommet avec Kim Jong Un, Donald Trump a brusquement retiré son soutien au communiqué final du sommet de deux jours à La Malbaie (Québec, est du Canada), malgré le compromis forgé de haute lutte sur les questions commerciales quelques heures auparavant.

Le président, un habitué des réactions épidermiques, réagissait à des déclarations de Justin Trudeau. Celui-ci avait répété que les nouveaux droits de douane imposés par les Etats-Unis au Canada sur l'acier et l'aluminium étaient "insultants", au regard de l'histoire entre les deux pays. Comme l'Union européenne, il a confirmé des représailles pour juillet.

Auparavant, le Premier ministre canadien avait salué le consensus trouvé par les sept (Etats-Unis, Canada, Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie, Japon). Un texte qui ne réglait pas le conflit en cours, mais qui était considéré comme un pas vers la désescalade et le dialogue.

"C'est une trahison, il nous a doublés, pas seulement le président Trump mais aussi les autres membres du G7", a tonné dimanche Larry Kudlow, le principal conseiller économique de Donald Trump, qui a concentré ses attaques sur M. Trudeau.

"Il y a un siège réservé en enfer à tout dirigeant étranger qui s'engage dans une diplomatie de la mauvaise foi avec Donald Trump et tente de le poignarder dans le dos quand il s'en va", a renchéri le conseiller présidentiel pour le commerce, Peter Navarro.

- "Incohérence" et "inconsistance" -

Selon Larry Kudlow, la réaction du président américain était également destinée à ne pas "montrer de faiblesse" avant son sommet avec Kim Jong Un sur la dénucléarisation de la Corée du Nord.

Donald Trump est arrivé dimanche à Singapour, deux jours avant sa rencontre historique avec le dirigeant nord-coréen.

Le Premier ministre canadien, qualifié par M. Trump de personne "malhonnête et faible", s'est contenté de saluer sur Twitter un accord "historique" qui favorisera, notamment, "la prospérité des citoyens et l'économie".

"C'est ce qui compte", a-t-il conclu.

La décision de Donald Trump de retirer par tweet son soutien au communiqué final a été une expérience "dégrisante et un peu déprimante", a commenté dimanche soir Angela Merkel, tandis que le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, a accusé le président américain de "détruire très rapidement une quantité incroyable de confiance dans un tweet".

"La coopération internationale ne peut dépendre de colères ou de petits mots", a pour sa part réagi la présidence française, dénonçant "l'incohérence" et "l'inconsistance" de la délégation américaine.

Le président russe Vladimir Poutine a quant à lui ironisé sur le "babillage inventif" des pays du G7, qu'il a invités à "se tourner vers les sujets concrets relevant d'une vraie coopération".

A La Malbaie, le G7 a rejeté la proposition de Donald Trump de réintégrer dans le club la Russie, exclue en 2014 en raison de l'annexion de la Crimée, appelant Moscou à cesser de "saper les systèmes démocratiques".

Surtout, le locataire de la Maison Blanche a réitéré sa menace de droits de douane accrus sur les voitures étrangères, notamment européennes, importées aux Etats-Unis. Un secteur qui pèse bien plus que les deux métaux jusqu'à présent frappés.

- Voitures allemandes -

Les Etats-Unis sont le premier marché étranger pour les marques européennes de voitures.

L'Allemagne est particulièrement inquiète : les automobiles représentent en valeur le quart de ce que ce pays exporte vers les Etats-Unis. La part de marché des marques allemandes sur le segment des voitures haut de gamme dépasse même les 40%, selon la fédération automobile allemande (VDA).

Les droits de douane actuels sont effectivement différents entre l'UE et les Etats-Unis. L'Europe taxe les importations de voitures hors-UE, donc en particulier américaines, de 10%.

Aux Etats-Unis, les Audi, Volkswagen et autres voitures étrangères sont frappées d'une taxe de 2,5%.

Donald Trump s'est souvent plaint, en privé, de voir trop de Mercedes à New York... mais pas assez de voitures américaines dans les rues européennes.

Pour évaluer l'équité des échanges commerciaux avec ses partenaires, le milliardaire se concentre sur une seule question : tel pays a-t-il un excédent ou un déficit commercial avec les Etats-Unis ?

Dans le cas de l'Allemagne, il s'agit d'un excédent.

Emmanuel Macron a fait allusion à cette façon de penser du milliardaire. Le président français a souligné que la France pratiquait le libre-échange avec l'Allemagne, mais qu'elle avait quand même un déficit commercial avec sa voisine.

Quant à Angela Merkel, elle a dit dimanche soir souhaiter un front commun européen - "J'espère que nous agirons ensemble comme nous l'avons fait jusqu'à présent" - face aux menaces américaines sur les importations de voitures.

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