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Syrie: la détresse d'une famille revenue à Raqa pour enterrer ses morts

Samedi 15 juillet 2017
Syrie: la détresse d'une famille revenue à Raqa pour enterrer ses morts
Des membres de la famille Cheikh Ways supplient des combattants kurdes de retrouver les corps de leurs proches dans les décombres des maisons à Raqa, le 12 juillet 2017 - BULENT KILIC (AFP)

Si les civils fuient par milliers le fief jihadiste de Raqa en Syrie, Amal Cheikh Ways a elle décidé de faire le trajet inverse pour enterrer, au péril de sa vie, les corps de ses proches.

En revenant avec sa mère et un de ses frères dans le quartier d'al-Dariya, théâtre de combats entre le groupe Etat islamique (EI) et les forces antijihadistes, la scène que découvre Amal la pétrifie.

"Nous avons trouvé la moitié d'un corps, des membres, un peu de cheveux", raconte l'adolescente de 17 ans, dans ce quartier de l'ouest de la ville.

"J'ai reconnu ma soeur Zahra seulement grâce à sa chaîne en or qu'elle portait autour du cou", affirme nerveusement l'adolescente à une journaliste de l'AFP qui l'a rencontrée quelques minutes après sa découverte macabre.

Les combats qui font rage à Raqa ont coûté la vie à Zahra, à un autre frère, Abdallah, à son épouse enceinte Nour et à la fille du couple âgée de 18 mois.

"Nous n'avons même pas retrouvé le corps du bébé", se lamente Amal, en essuyant son visage baigné de larmes.

- 'Plus rien d'eux' -

"Il ne reste plus rien d'eux", ajoute lentement son frère, la tête ceinte d'un foulard blanc brodé de petites fleurs.

A leurs côtés, des combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS) tentent de calmer en vain leur mère effondrée, dont les pleurs brisent le silence de la rue déserte, bordée de maisons dévastées.

"Abdallah! Abdallah! Abdallah!", hurle cette femme vêtue de noir qui porte un voile blanc sur la tête.

Les Cheikh Ways est l'une des rares familles kurdes à être restée à Raqa sous l'EI, la plupart de cette communauté qui représentait 20% de Raqa ayant fui la ville dès 2014, après la prise de contrôle des jihadistes.

"Abdallah était souvent flagellé car il voulait fumer des cigarettes", se rappelle Amal, qui raconte comment la famille a été divisée.

A mesure que les FDS progressaient dans la ville après leur entrée le 6 juin, les combats se rapprochaient du quartier de la famille à Rmeila, dans l'est de Raqa.

Elle fuit alors vers al-Dariya, dans l'ouest de la cité.

Ensuite, la famille se sépare: Amal et sa mère partent pour Tabqa, ville dans la province de Raqa reprise à l'EI par les FDS deux mois plus tôt, tandis que Zahra, Abdallah et sa famille choisissent de rester à al-Dariya.

"Ils se sont réfugiés dans une boulangerie où ils travaillaient dans le passé mais l'EI les en a chassés. Ils ont fini sur un petit lopin de terre" dans le même quartier, explique Amal.

- Corps dans les rues -

A Tabqa, Amal a vent de rumeurs faisant état de la mort de ses proches.

En Turquie, où s'est réfugié son autre frère, ce dernier apprend la même nouvelle tragique et rentre précipitamment au pays.

Alors que le frère et la soeur se retrouvent dans un camp de déplacés à Aïn Issa, à plus de 50 km au nord de Raqa, leurs pires craintes sont confirmées par le beau-père d'Abdallah, qui vient d'échapper à l'EI.

"Un jour, il est allé prendre de leurs nouvelles et il a retrouvé les corps", affirme Amal.

"Il les a alors recouverts d'une couverture et a marqué avec de la terre l'endroit où ils se trouvaient", indique l'adolescente.

En revenant sur place, Amal et son frère pensaient découvrir des corps qu'ils pourraient enterrer mais leur état était tel, et le choc de la famille si grand, qu'ils en ont abandonné l'idée.

Mélangeant des phrases en arabe et en kurde, Amal affirme que les circonstances de la mort de ses proches ne sont toujours pas claires.

Certains rescapés ont dit qu'ils avaient été tués par des frappes aériennes de la coalition internationale alliée aux forces antijihadistes au moment où ils se préparaient à fuir. D'autres ont mis en cause des obus de mortier tirés par l'EI.

L'ONU a mis en garde contre les grands risques encourus par les civils qui tentent de fuir les combats à Raqa impliquant les frappes aériennes de la coalition et l'arsenal de l'EI.

Dans la rue, des corps sans vie gisent encore dans les zones capturées par les FDS. Certains semblent appartenir à des jihadistes, mais d'autres appartiennent clairement à des civils, dont des bébés.

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