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L'OIAC va enquêter sur l'attaque chimique présumée en Syrie

Mardi 10 avril 2018
L'OIAC va enquêter sur l'attaque chimique présumée en Syrie
Donald Trump lors d'une réunion de cabinet à la Maison Blanche, à Washington, le 9 avril 2018 - NICHOLAS KAMM (AFP)

L'Organisation internationale sur les armes chimiques (OIAC) a annoncé mardi l'envoi "sous peu" en Syrie d'une équipe pour enquêter sur une attaque chimique présumée imputée au régime de Bachar al-Assad qui se trouve en "état d'alerte" après les menaces d'une riposte militaire occidentale.

Les mises en garde de Donald Trump affirmant que les responsables de l'attaque présumée devraient "payer le prix fort" ont ravivé le spectre de frappes américaines en Syrie, qui pourraient donner lieu à une confrontation avec Moscou, l'allié indéfectible de Bachar al-Assad.

La Russie, dont les troupes sont sur le sol syrien, a d'ores et déjà prévenu qu'une intervention militaire américaine serait "très, très dangereuse".

L'ambassadeur syrien à l'ONU, Bachar al-Jaafari, avait accusé lundi les Etats-Unis, la France et d'autres pays occidentaux de professer de fausses accusations contre Damas pour "ouvrir la voie à une attaque en Syrie".

Mardi, Damas a invité l'OIAC pour enquêter à Douma, dernier bastion rebelle dans la Ghouta orientale aux portes de Damas, où l'attaque chimique présumée aurait fait des dizaines de morts samedi.

"L'équipe se prépare à se déployer en Syrie sous peu", a répondu l'OIAC, un organisme dont le mandat est d'enquêter sur une attaque présumée mais qui n'a pas la responsabilité d'en identifier les responsables.

Selon des diplomates, l'envoi d'experts de l'OIAC en Syrie pourrait permettre à Damas de retarder d'éventuelles frappes.

- "Etat d'alerte" -

Ces derniers jours ont été marqués par une frénésie diplomatique et mardi, Donald Trump a échangé avec la Première ministre britannique Theresa May.

Les deux dirigeants "sont tombés d'accord pour ne pas laisser l'usage d'armes chimiques se poursuivre", a indiqué la Maison Blanche. Le président américain avait déjà promis de répondre "avec force", prévoyant des décisions majeures "très bientôt".

La Maison Blanche a estimé que Damas ne pouvait mener à bien une telle attaque sans l'aide de ses alliés russe et iranien. Ces derniers accusent Washington de chercher un "prétexte" pour frapper le régime syrien.

En avril 2017, Donald Trump avait déjà fait bombarder une base militaire syrienne, en riposte à une attaque au gaz sarin imputée au régime, qui avait tué plus de 80 civils à Khan Cheikhoun (nord-ouest).

Lundi, le destroyer lance-missile USS Donald Cook a quitté le port chypriote de Larnaca, où il faisait escale, et se trouve dans une zone d'où il peut facilement frapper la Syrie.

C'est donc dans un contexte tendu que le Conseil de sécurité de l'ONU doit voter à 19H00 GMT sur deux projets rivaux de résolution.

Le premier, à l'initiative des Etats-Unis, est un texte créant un mécanisme d'enquête sur l'emploi d'armes chimiques en Syrie, mais il est fort probable qu'il se heurte à un véto russe. Le deuxième est un document évoqué plus tôt par le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, qui soutiendrait un déploiement de l'OIAC.

Face au risque d'attaques, l'armée syrienne a placé ses forces "en état d'alerte" pour les trois jours à venir dans les aéroports et les bases militaires du pays, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Cette mesure est généralement adoptée "en réaction à des menaces extérieures", a précisé le directeur de l'Observatoire, Rami Abdel Rahmane.

- "Personne n'a peur" -

Dans les rues de la capitale, des Syriens semblaient rester de marbre face aux menaces de frappes.

"Personne n'a peur d'une frappe", lance sur un ton de défi Amal, ingénieure de 27 ans. "On sait que tout ce qu'ils font, c'est pour miner (...) l'engagement de l'armée qui libère les régions" tenues par la rébellion.

Selon les Casques Blancs, les secouristes en zones rebelles, et l'ONG médicale Syrian American Medical Society, plus de 40 personnes ont été tuées samedi à Douma, tandis que plus de 500 blessés ont été soignés, souffrant notamment de "difficultés respiratoires".

Une vidéo postée par les Casques blancs sur Twitter et présentée comme tournée après l'attaque chimique présumée montre un enchevêtrement de corps sans vie, dont ceux de femmes et d'enfants, allongés à même le sol, les yeux parfois écarquillés et de la mousse blanche s'échappant de leur bouche. L'AFP n'a pas pu authentifier ces images.

Les forces du régime empêchant tout accès à Douma, les journalistes ne peuvent pas vérifier de manière indépendante ces accusations. Joindre par ailleurs des gens sur place est rendu difficile par les mauvaises communications. L'AFP n'a plus de correspondants à Douma, toujours sous le contrôle des rebelles.

Le dernier groupe insurgé Jaich al-Islam est en train de quitter la ville après plusieurs semaines de bombardements intensifs du régime, qui ont fait plus de 1.700 morts dans les secteurs rebelles de la Ghouta orientale.

Des dizaines de milliers de personnes, combattants de deux autres groupes insurgés et leurs familles, ont déjà été évacués.

Les évacuations ont débuté à Douma. Mohamed, un médecin qui a traité les patients de l'attaque chimique présumée, se prépare lui aussi à partir.

"C'est bien que l'OIAC vienne", confie-t-il à l'AFP. "Mais je ne les attendrai pas. Si je témoigne, mes proches seront peut-être victimes de la vengeance" du régime.

Le conflit qui déchire la Syrie depuis 2011 a fait plus de 350.000 morts et s'est complexifié au fil des années avec l'implication de puissances étrangères sur un territoire morcelé.

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