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JO-2018: la Russie suspendue pour un dopage d'État, ses sportifs sous drapeau olympique

Mardi 05 décembre 2017
JO-2018: la Russie suspendue pour un dopage d'État, ses sportifs sous drapeau olympique
Les membres du comité exécutif du CIO, réunis à Lausanne, ont décidé de suspendre la Russie, le 5 décembre 2017 - LAURENT GILLIERON (POOL/AFP)

Persona non grata: accusée d'avoir organisé un dopage d'État, la Russie a été suspendue des jeux Olympiques d'hiver 2018 à Pyeongchang (9-25 février), le Comité international olympique (CIO) proposant néanmoins aux sportifs russes "propres" de participer sous drapeau olympique.

"Il s'agit d'une attaque sans précédent contre l'intégrité des jeux Olympiques et du sport", a commenté le président du CIO Thomas Bach, à propos du système de dopage mis en place en Russie. "La commission exécutive du CIO a pris des sanctions proportionnées au regard de la manipulation systémique, tout en protégeant les athlètes propres", a ajouté le dirigeant allemand.

Le Comité olympique américain a salué une décision "forte et de principe", tandis que l'Agence mondiale antidopage s'est félicitée de la mise en place d'un "panel pour déterminer les critères pour l'intégration des sportifs russes sous drapeau neutre".

Grigory Rodchenkov, ancien patron du laboratoire antidopage de Moscou devenu lanceur d'alerte à l'origine des révélations, a loué "un message fort qui montre que le CIO a rejoint la communauté internationale pour affirmer que les tricheries de la Russie doivent être sévèrement sanctionnées".

Le CIO a pris sa décision "par consensus", a précisé M. Bach. L'instance suit ainsi, deux ans plus tard, la voie tracée par la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF), qui avait suspendu la Fédération russe le 13 novembre 2015 après les révélations d'un dopage systématique couvert par les autorités russes dans la première discipline olympique, et offert la possibilité aux athlètes russes pouvant montrer patte blanche de participer sous la bannière olympique aux JO-2016 de Rio.

Cette décision fera date dans l'histoire de l'olympisme: la commission exécutive du CIO a décidé pour la première fois de sanctionner tout un pays pour dopage, et de lui interdire l'accès à sa compétition de référence.

Par le passé, l'instance olympique avait déjà exclu des pays, mais uniquement pour des raisons politiques ou de conflits (apartheid en Afrique du Sud, guerre dans les Balkans...).

- Joukov "a présenté ses excuses" -

Mardi, le Comité olympique russe a pu prendre la parole et son président Alexander Joukov "a présenté ses excuses", a insisté M. Bach. Mais l'instance olympique a également personnalisé la faute, en bannissant à vie Vitali Moutko, vice-Premier ministre russe et longtemps figure du sport russe en tant que ministre, organisateur en chef de Sotchi-2014 ou encore grand ordonnateur de la prochaine Coupe du monde de football 2018.

L'hymne russe, tube de l'hiver 2014 à Sotchi (13 titres), ne retentira donc pas en Corée du Sud, et le drapeau aux bandes blanche, bleue et rouge, hissé à 33 reprises sur les podiums aux bords de la Mer Noire, restera dans les cartons.

Toutefois, afin de préserver la possibilité pour les sportifs russes propres de prendre part aux JO-2018, le CIO leur propose, sous de strictes conditions, de se rendre en Corée du Sud sous drapeau olympique.

Cette porte est ouverte "aux athlètes propres dans les sports individuels et collectifs", sous la bannière "Athlète olympique de Russie" (OAR), a encore souligné le patron du mouvement olympique.

"Nous nous attendons à ce que ça soit discuté avec les sportifs lors de la prochaine réunion du Comité olympique russe" prévue le 12 décembre, a déclaré Joukov au micro de la chaîne Pervy Kanal.

- Pour Poutine, l'humiliation ou le boycott -

Près de 17 mois après les révélations en juillet 2016 du rapport McLaren, établissant un dopage institutionnalisé dans le sport russe entre 2011 et 2015, avec l'implication de Moscou et des services secrets (FSB), le CIO a donc décidé de prendre ses responsabilités.

Avant les JO-2016 à Rio, l'instance suprême de l'olympisme avait renoncé à suspendre la superpuissance sportive, renvoyant aux fédérations internationales le rôle de faire le tri au sein des sportifs russes, un procédé qui avait été vivement critiqué à l'époque. Au final, seul l'athlétisme avait durement sanctionné la Russie, et le pays avait présenté une délégation de 276 sportifs à Rio, contre 387 envisagés initialement.

Mais après un an et demi d'enquête de deux commissions, mises sur pied par le CIO et présidées par les Suisses Denis Oswald et Samuel Schmid, les preuves amassées étaient bien trop importantes.

Les conclusions présentées mardi après-midi à Lausanne devant les 14 membres de la commission exécutive et le président Bach sont accablantes pour la Russie.

Les premiers signaux d'un durcissement de ton du CIO avaient été envoyés tout au long du mois de novembre par la Commission Schmid, qui a disqualifié 25 sportifs russes des JO-2014, retirant ainsi un tiers des médailles russes remportées à Sotchi, dont quatre titres sur treize.

Cette décision met le président russe Vladimir Poutine devant ses responsabilités, avec le choix, à un peu plus de trois mois de l'élection présidentielle, de l'humiliation ou du boycott.

"Un boycott olympique n'a jamais rien résolu", a d'ores et déjà déminé Thomas Bach, mardi soir, qui a assuré qu'il n'avait "pas discuté" avec M. Poutine de la question de l'éventuelle suspension de son pays.

Le 19 octobre, Poutine avait pourtant prévenu: obliger les athlètes russes à évoluer sous bannière neutre constituerait une "humiliation pour la Russie".

Les sportifs russes auront été particulièrement contrôlés: sur les 7.000 contrôles antidopage réalisés depuis plusieurs mois concernant 4.000 athlètes, les Russes ont été "de loin les sportifs les plus contrôlés", a souligné jeudi Richard Budgett, le directeur médical du CIO.

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